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Carton rouge
pour l’Union européenne. Les Verts ont dit
non. L’issue du
scrutin a été incertaine jusqu’au dernier moment, mais le verdict est
maintenant sans appel, puisqu’il était convenu qu’un refus du « traité
allégé » par l’un des pays membres remettait en cause la procédure
prévue dans le projet vaillamment soutenu par la France. La France et Nicolas Sarkozy ont été d’ailleurs au cœur de la campagne.
Il fallait s’y attendre puisque c’est le Président français qui a eu
l’initiative de cette relance européenne, et que les Français s’étaient
illustrés en 2006 en rejetant le « projet constitutionnel »
rédigé par un autre Français, Valéry Giscard d’Estaing. On a donc vu
les portraits de notre Président affichés sur les panneaux électoraux,
la plupart du temps ceux de l’opposition, qui a invité les électeurs
à « voter non à Sarkozy », et « oui au peuple de France ».
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Les Irlandais
ne voulaient donc ni devenir dépendants de l’Union,
ni rompre avec leur passé récent. Ils voulaient garder leur spécificité
en Europe. Cette spécificité
se ramène à quelques points forts : la fiscalité la plus avantageuse
des pays européens, qui n’a cessé d’attirer des investisseurs étrangers.
L’impôt sur les sociétés est le plus faible d’Europe (12,5%) Le marché
du travail est libre, la règle est celle du libre contrat, ce qui assure
flexibilité et plein emploi. 400.000 étrangers ont immigré depuis dix
ans. La réglementation est légère, et les entreprises peuvent se créer
sans aucune formalité : plus de 1.200 (dont 120 françaises) sont
venues s’installer. Les finances publiques sont saines, le budget en excédent
et la dette inexistante. La protection sociale a été presque totalement
privatisée, et le taux des charges sociales est de 12% des salaires. Au
total, les prélèvements obligatoires sont de 29% du PIB, la moyenne européenne
étant de 42% ! Dans ces
conditions, pourquoi aller s’embarrasser avec des autorités européennes
qui ne songent qu’à harmoniser, à réglementer. Harmoniser la fiscalité ?
L’Irlande a souvent été accusée de faire du « dumping fiscal »
et n’a aucune envie de se voir imposer des bases et des taux décidés par
un Parlement Européen dominé par les dirigistes de tous pays. Réglementer
le travail ? Les Irlandais ne veulent pas de la « Charte Sociale
européenne » qui impose aux entrepreneurs des contraintes arbitraires
et ruineuses. Dans ces
conditions, on comprend pourquoi les tenants du non ont été si dynamiques,
au point d’emporter la consultation. La balle
est maintenant dans le camp des « bâtisseurs » de l’Europe.
Vont-ils tenir compte du coup de semonce donné par les Irlandais ?
Vont-ils trouver une habileté de procédure pour continuer dans leur voie,
sans rien changer à leur calendrier ? La présidence de Nicolas Sarkozy, à la tête de l’Union jusqu’au 31 décembre, va donc avoir un relief nouveau. Il a le choix entre le passage en force et la recherche d’un compromis. Son goût pour les missions impossibles le conduirait sans doute à persévérer et à oublier l’avertissement irlandais. Mais il n’a
pas que des alliés au sein des 27. Celui qui lui succèdera le 1er
janvier 2009, le président tchèque Vaclav Klaus, a une approche des
problèmes européens très différente de celle de la classe politique
française ; il souhaite une Europe des libertés, un espace européen
de libre échange et de libre entreprise, et non pas une Europe des Etats,
qui mettrait en place un pouvoir européen présent sur le terrain diplomatique
et militaire. Ils sont nombreux, parmi les nouveaux membres de l’Union, mais aussi parmi quelques « anciens » comme
les Anglais, les Suédois ou les Danois, à rejeter des institutions supra-nationales et des politiques économiques communes (à
commencer par la fameuse et coûteuse PAC). Après le scrutin irlandais,
Nicolas SARKOZY va-t-il imaginer une Europe à deux vitesses, vieux stratagème
dont les Anglais ne veulent pas, ni peut-être les Allemands. Va-t-il
installer dans la précipitation des institutions européennes, et s’assurer
les grâces du Parlement européen en lui promettant des compétences élargies ?
L’opinion
publique européenne est certainement plus difficile à impressionner
que les bons Français, qui réagissent bien au style élyséen – avec lequel
ils sont maintenant familiarisés. D’autre part le crédit de Nicolas
Sarkozy au niveau européen peut être altéré par les difficultés qu’il
rencontre au niveau national. La grande bataille sur les retraites n’est
pas encore engagée, et le bilan des réformes depuis un an n’est pas
très brillant. Au fond,
c’est bien à cela que se mesure la vacuité du projet européen actuel.
Comme l’idée d’un Etat européen unitaire n’est
admise nulle part, comme la solution confédérale a été éliminée, toute
institution et toute règle européenne nouvelle paraîtra à juste titre
comme purement artificielle, fruit de la volonté de quelques hommes
politiques qui cherchent à élargir et pérenniser le pouvoir qu’ils sont
en train de perdre au niveau national sous les coups de boutoir de la
mondialisation, c'est-à-dire de l’ouverture des frontières et de la
concurrence généralisée. En rejetant
le traité allégé, les Irlandais ont donné une leçon de réalisme économique
et politique à ceux qui poursuivent la chimère d’un Etat
européen souverain. Merci les Verts. Jacques
Garello
Le 16 juin 2008
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