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L’EUROPE EST MORTE, VIVE L’EUROPE ! |
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Je ne suis pas l’inventeur de la formule – j’aurais
aimé – mais elle exprime si bien la situation actuelle après le sommet
de Bruxelles qu’elle a été utilisée par de très nombreux commentateurs,
notamment dans la presse américaine. |
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Certes chacun
voit midi à sa pendule. Les optimistes et européistes inconditionnels
veulent nous faire croire que les chefs d’Etat
ont adopté un compromis qui préserve l’essentiel. Les autres descendent
d’un ton et soutiennent la thèse de « la pause » : pourquoi
régler aujourd’hui les problèmes que l’on ne règlera pas davantage demain ?
Je crois, plus fondamentalement, que le résultat des referendums et les
réactions qu’il a engendrées ont permis de poser enfin la vraie question :
vers quelle Europe va-t-on aller ? Jusqu’à présent
l’ambiguïté et la longueur du texte, plein d’incohérences et de silences,
ont pu masquer sa nature profonde. Aujourd’hui les choses sont bien plus
claires, et on ose enfin dire la vérité – qui aurait mérité d’être connue
des électeurs avant qu’ils ne se prononcent : le projet de traité
constitutionnel tirait l’Europe vers un Etat jacobin, un Etat Providence
et pour tout dire un Etat totalitaire. Je me flatte,
ainsi que quelques amis libéraux, d’avoir proclamé cette vérité alors
que nos élites politiciennes disaient aux uns que le texte était anti-libéral
(pour plaire à la gauche) et aux autres que le texte ne mettait en péril
ni la souveraineté des Etats membres
ni l’exception française (pour plaire à la droite cocardière). Les masques sont tombés, ils auraient pu l’être auparavant, si l’on s’était tant soit peu interrogé sur l’histoire de cinquante ans de pratique européenne. Cinquante ans pendant lesquels les étatistes et les socialistes n’ont cessé de freiner des quatre fers pour éviter que l’Europe ne verse en un libre espace de circulation, ouvert à la concurrence et réuni autour des valeurs de la liberté, de la responsabilité. Pendant cinquante ans les constructivistes n’ont cessé d’opposer l’harmonisation à la diversité, l’organisation à l’innovation, la politique à l’économique. Malgré tous leurs efforts, les Européens ont été emportés dans le tourbillon de la mondialisation, et cette tendance a été renforcée quand sont apparus sur la scène les pays de l’Europe centrale et de l’Est, qui avaient plus de sympathie pour le capitalisme sauvage que pour le dirigisme bureaucratique. Ils voulaient passer de la barbarie à la civilisation, et ils avaient l’audace d’associer civilisation et liberté. Plus têtus
que les faits têtus, les tenants de la « vieille Europe », axe
Paris-Berlin en tête, ont donc voulu frapper un grand coup
pour arrêter cette dérive libérale imposée par le contexte mondialisé
et la diplomatie unilatérale. Maastricht avait amorcé le tournant en indiquant
le chemin qui menait de l’Union monétaire à
l’Union politique, passant par la généralisation des politiques
européennes dans tous les domaines : l’économique, le social, le
commercial, le culturel, le diplomatique. Mais il manquait à ce traité
d’avoir prévu les indispensables organes de pouvoir nécessaires à mener
ces politiques. Il fallait donc combler ce vide constitutionnel, et cela
explique le contenu du texte qui était soumis à la ratification des vingt
cinq peuples concernés. Maintenant on peut croire que le rêve constructiviste
est envolé, et que les gouvernants vont être obligés de se rendre à l’évidence :
l’Europe sera libérale ou ne sera pas. Je conviens volontiers que la conversion
des esprits en haut lieu sera difficile, et que ceux qui ont investi dans
l’étatisme et le socialisme européens ne renonceront pas sans quelque
résistance. Il faut gagner
ces combats d’arrière garde en informant l’opinion publique, qui commence
à s’interroger et à prêter l’oreille à une nouvelle musique. Il est révélateur
que plusieurs grands articles aient été publiés dans la grande presse
pour condamner le « modèle français » ! Les Français, comme
les autres, peuvent aujourd’hui se demander si une réorientation de l’Europe
vers le libre échange, la libre entreprise, la diminution du pouvoir des
Etats membres comme des instances européennes (Parlement compris, évidemment),
ne serait pas la seule solution à l’Eurosclérose
et à l’Eurochômage ni la meilleure manière de
préserver leur avenir, en acceptant de s’adapter aux réalités contemporaines.
Une étude de l’OCDE vient à point nommé démontrer que les obstacles divers
que les Etats mettent au libre échange des deux côtés de l’Atlantique
nous coûtent entre un et demi et deux points de croissance annuelle !
Ceux qui rêvent d’une guerre économique pendant laquelle nous nous abriterions
dans la forteresse Europe devraient y renoncer ! Devraient
s’interroger aussi ceux qui à juste titre craignent pour les libertés
individuelles dans une Europe sur-réglementée
et sur-administrée. La propriété privée et les patrimoines confisqués
au nom de la justice sociale, l’ingérence de l’Etat
dans la vie privée et familiale, l’harmonie sociale brisée par les syndicats
et les groupes de pression ; n’est-ce pas
ce qui a été heureusement rejeté avec le projet de traité constitutionnel ?
J’ai souvent
entendu dire par des gens sincères que l’Europe est capable de briser
le conservatisme, le corporatisme et l’immobilisme français, et que sans
l’Europe Renault et France Télécom n’auraient
pas été privatisées. Mais c’est bien cette Europe de la concurrence et
du retrait du secteur public qui était appelée à disparaître avec la Constitution,
conçue pour en finir avec les diktats des commissaires libéraux, pour
bloquer la directive Bolkestein. C’est la vieille
Europe qui voulait se pérenniser face à l’évidente, l’inéluctable et bienfaisante
montée de la nouvelle Europe. Voilà comment
la crise que traverse aujourd’hui l’Europe peut être salutaire. Elle peut
faire apparaître aux Européens, une fois les masques tombés, que le vrai
choix est entre totalitarisme et liberté. Jacques
Garello
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