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Dans le temps
je payais le café au comptoir 5,50 francs, aujourd’hui c’est 1,20 € soit
7,40 frs. Où est passée la différence de 1,90
Frs ?
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Moi je laissais
50 centimes de pourboire, maintenant je laisse 10 cents, car pour respecter
les proportions je devrais donner 7 cents et demi. Il n’y a pas de demi
cent, et les pièces de 2 sont des confettis insaisissables.
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Oui, mais c’est
bien pratique de pouvoir circuler dans toute l’Europe sans avoir à changer.
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Et si vous
allez à Londres ou à Genève, comment faites-vous ?
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Le non au referendum a relancé les attaques
contre l’euro. Sur le marché des devises, la monnaie européenne a perdu
plus de 10% en une semaine par rapport au dollar américain (qui, il est
vrai, s’est également apprécié par rapport à la livre, au yen ou au franc
suisse).
Les discussions de café du commerce vont bon
train. Elles sont alimentées par la nostalgie du bon vieux franc, par
les propos de certains ministres italiens désireux de revenir à leur lire,
mais aussi par le fort sentiment qu’en dépit de la commodité qu’il offre
au touriste européen, l’euro n’a pas arrangé le pouvoir d’achat quotidien
et exige de la part des gens un calcul savant –une peine que n’ont pas
les allemands qui n’ont qu’à diviser les prix en euros par deux pour avoir
l’équivalent dans feu leur deutsche mark.
En réalité, le débat sur l’euro est plus sérieux
qu’il n’y paraît, et ce n’est pas pour rien que le dossier est aujourd’hui
réouvert. Le rejet du referendum n’a peut-être
pas provoqué un « dégât collatéral », ses retombées sont inattendues
et dommageables sur le futur de la monnaie et de la Banque centrale européenne !
On se pose réellement la question au niveau des instances européennes,
et elle pourrait être abordée au cours du sommet qui se tiendra à la fin
de la semaine.
Il y a une logique à cela : c’est celle
des dominos. En présentant le traité de Maastricht, Jacques Delors avait
bien précisé que l’Union monétaire n’était qu’une
étape et un instrument de l’Union politique.
Puisque l’Union politique a du plomb dans l’aile, qu’en sera-t-il de
l’Union monétaire ? L’incertitude est d’autant
plus grande que les frontières de l’Euroland
ne coïncident pas avec celles de l’Union. D’une
part l’Angleterre et le Danemark ont dit non à l’Euro
(et ne s’en portent pas plus mal), d’autre part tous les dix nouveaux
entrants ne sont pas décidés à dire oui, certains ayant arrimé leur monnaie
nationale au dollar américain.
En fait, entre le domino de la Constitution
et celui de l’euro, il y a deux dominos intermédiaires : Amsterdam
et Maastricht.
Le domino d’Amsterdam est chancelant depuis
plusieurs mois, depuis qu’Allemagne et France se sont unilatéralement
affranchies des disciplines financières qu’elles avaient elles-mêmes inventées
et imposées aux autres. Le pacte de stabilité est violé sans arrêt, comme
l’avait été jadis le système monétaire européen au temps de l’écu et du
serpent. Or, toute la crédibilité de l’euro a été fondée sur la promesse
des Etats membres de s’aligner sur une même politique budgétaire, en éliminant
les déficits budgétaires et la façon la plus commode de les couvrir :
l’endettement. Mais comme les gouvernements Allemands et Français ont
été incapables de réduire la dépense publique, ils sont retournés au laxisme,
comptant bien se protéger contre l’inflation grâce au bouclier de l’euro tenu
par la BCE. Mais si l’on a un bouclier, il ne faut pas le percer ou le
cabosser ! Il y a donc ici conflit entre deux choix stratégiques
concernant l’Europe politique : la livrer au caprice de l’axe Paris-Berlin ou lui donner un tel pouvoir qu’elle dépouillera
totalement les Etats réels de toute souveraineté budgétaire et financière.
C’est ici que se dresse le domino de Maastricht :
pour Jacques Delors et les constructivistes européens, c’est le renforcement
du pouvoir européen au détriment de celui des Etats membres. N’est-il
pas nécessaire d’avoir une vraie politique financière commune pour lancer
de grands emprunts européens capables de doper la croissance et de vaincre
le chômage ? Ne faut-il pas une politique des revenus et des transferts
massifs d’une région à une autre ? Comment soutenir certaines activités
sans une masse de subventions et un front commun dans les négociations
sur le commerce international ? Tout cela, c’est Maastricht. Et c’est
bien ce traité qui est en cause, puisque le projet constitutionnel n’avait
d’autre but que de le consolider et de le compléter en créant les instances
politiques nécessaires à l’exercice du pouvoir supra national ? Socialistes
et protectionnistes étaient logiques en votant oui. Avec le vote non,
les dominos peuvent tomber : dominos de l’Europe politique, dominos
d’Amsterdam, dominos de Maastricht, dominos de l’Europe monétaire. Je
dis bien « peuvent » tomber. Car je fais confiance aux hommes
politiques pour s’accrocher à « leur » Europe, au m’épris des
peuples qu’ils prétendent représenter et des lois incontournables de l’économie.
A long terme je n’ai pas d’inquiétude : l’Europe sera ouverte, marchande
et concurrentielle ou ne sera pas.
Jacques Garello
Le 11 Juin 2005
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