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Heureusement pour notre pays il y a les Bleus. Ils occupent les esprits dès maintenant, et ce sera encore plus intense dès que la Coupe du Monde aura commencé. Apparemment, les Bleus sont la clé de la réforme des retraites. Cela s’est vu au cours de ces derniers jours. L’attention de nos médias a été partagée entre d’une part les projets du gouvernement et des partenaires sociaux pour sauver de la faillite les régimes de retraite et d’autre part la liste des 30 proposée par Raymond Domenech. Par bonheur, les 30 sont devenus 24, et c’est le genou de William Gallas qui perturbe les agences de notation sportives, qui spéculent sur la forme de notre défenseur central. D’ailleurs, en ce qui me concerne, vous pouvez constater que j’ai cessé de m’intéresser aux choses futiles comme l’avenir de la répartition pour me passionner pour la seule chose qui devra compter au cours des prochains mois : l’Afrique du Sud. Allez les Bleus. C’est que l’équipe de France de football est plus amusante que le « débat » sur les retraites, qui a fini de m’intéresser. Il y a pourtant de franches parties de rigolade du côté de Woerth & Cie. La dernière blague en date est bien bonne : la taxation de l’épargne et des hauts revenus. C’est une idée qui a le mérite de rallier gouvernement et opposition. Une fois acquis le consensus pour saigner les riches de quelque 10 milliards d’euros, il n’y aura plus rien à dire – si ce n’est à se demander comment trouver les 100 milliards manquants. Réellement drôle. Désopilante aussi la rhétorique
sur la rigueur. J’ai bien compris qu’une contribution n’est pas un impôt.
C’est très différent : si l’on modifie les tranches et les taux de
l’impôt sur le revenu (IRPP) il s’agit bien d’un impôt, a priori non affecté
à une dépense précise mais dont on comprend ici qu’il servira aux retraites.
Mais si c’est une contribution « exceptionnelle » sur le revenu
ou la fortune pour réduire le déficit des régimes de retraites, ce n’est
plus un impôt et ce sera hors bouclier. D’ailleurs, pour faire bonne mesure,
on va aussi augmenter Eh bien, malgré tout, je préfère encore m’intéresser au foot. D’ailleurs Madame Aubry a
percé mon secret, comme celui de millions de Français. Fine stratège,
elle a tout de suite dénoncé la manœuvre Sarkozy : faire traîner
la réforme pour annoncer un bouleversement total en plein milieu du Mondial,
quand Il est vrai que Rue de Solférino vous avez pris votre temps pour accoucher d’une souris : taxer les riches (très original, et nettement plus audacieux que le projet gouvernemental), permettre aux retraités de poursuivre une activité pour bénéficier d’une surcote (idem), tout en restant attaché à un âge légal de 60 ans (le seul point de discordance avec la « droite »), enfin une très créative taxe sur les banques (marxisme oblige). Non, en réalité, je crois
que les Bleus ne peuvent être un recours dans cette affaire que s’ils
accèdent au moins au podium, sinon au titre. Ce sera la seule façon pour
les Français d’avoir quelque joie estivale, et d’oublier les vilaines
affaires de retraites. Tout est donc dans les mains (peut-être aussi dans
les pieds) de Thierry Henry et de ses copains. Allez les Bleus… Panem et Circenses : les empereurs romains avaient déjà trouvé la formule qui rend un peuple heureux. Le pain, c’est le pouvoir d’achat, on peut tenir encore quelques mois avant l’instauration des tickets de ravitaillement. Le gouvernement n’a-t-il pas envisagé des prix maximums pour des produits de première nécessité ? En route pour le marché noir et les « crimes économiques » ! En tous cas, une bonne dose d’inflation se présente devant nous. Quant aux jeux les médias nous offrent ceux du ballon rond. Allez les Bleus. Il faut en arriver à un certain niveau de conditionnement et d’abrutissement collectifs pour voir un peuple vivre à l’heure de matches de football. Opium du peuple : c’était jadis la religion, si l’on en croyait Marx. C’est aujourd’hui n’importe quoi : le foot, le loto, les apéros géants, les raves parties, l’intifada urbaine, et autres amusements de la saine jeunesse. Mais cela peut-il durer ? Je
ne suis pas déclinologue, et me défends de l’être. Car, tout en mesurant
les dangers qui pèsent sur la démocratie et la liberté, je continue à
faire confiance aux vertus d’êtres humains libérés du joug de l’Etat.
Les Français sont loin d’être dupes des farces politiques. La crise qui
atteint aujourd’hui cet Etat providence, l’échec généralisé des gouvernants
et des politiciens, la paralysie de notre économie : tout cela peut
amener la majorité aujourd’hui silencieuse à réagir, à refuser le pain
rationné, et à voir plus loin que
Jacques
Garello Le
24 mai 2010
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