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![]() | Je viens
de mettre la dernière main au dernier volume de la trilogie que j’ai consacrée
au lancinant, récurrent et dramatique problème des retraites en France, intitulée
"Retraites du futur et futur des retraites. La Transition". Je
l’ai commis en compagnie de mon ami Georges Lane, qui a lui-même beaucoup publié
sur la Sécurité Sociale. Dans une
trilogie la qualité n’est pas toujours homogène. Si l’on s’en réfère à Pagnol,
Marius et Fanny sont certainement de meilleure facture que César. Notre Marius
(premier tome) c’était le diagnostic du système actuel, fondé exclusivement sur
la répartition. Aucun futur pour ces retraites, les cotisations ne cesseront d’augmenter
et les pensions de diminuer pour une raison élémentaire : un système où les
actifs payent pour les retraités ne peut survivre au vieillissement de la population.
Ce diagnostic fait d’ailleurs l’unanimité des observateurs, mais appelle des réactions
différentes : les uns croient que l’on peut « bricoler » le système
pour assurer la survie, mais les autres (dont nous sommes) savent que l’explosion
peut être retardée de quelques mois, mais se produira de toutes façons. | |||||||||||||||
| Notre Fanny
(deuxième tome) portait sur la capitalisation, et la façon dont elle s’invite
dans les systèmes de retraites d’un très grand nombre de pays, allant parfois,
comme au Chili, jusqu’à la disparition complète de la répartition. Notre étude
a porté sur 37 pays, et a décrit les modalités diverses d’une transition tantôt
progressive, tantôt brutale vers la capitalisation. En même temps nous nous étions
astreints à une pédagogie de la capitalisation, car en cette période de crise
financière, l’argument massue veut que les fonds de pensions soient ruinés et
les futurs retraités avec eux – ce qui est totalement faux. Avec notre
César nous nous sommes posés deux questions plus précises : pourquoi pas
en France ? Comment devraient s’y prendre des réformateurs enfin lucides
et décidés ? Nous avons examiné toutes les spécificités françaises :
un vieillissement prononcé (mais nous ne sommes pas les seuls), un niveau de pensions
relativement élevé en valeur absolue (d’autres pays comme la Grande Bretagne ont
amorcé la transition à partir de retraites minimales), un endettement très lourd.
Mais rien pour autant ne justifie le statu quo. Pour nous les deux raisons pour
lesquelles on ne fait rien de significatif en France (en dépit des discours lénifiants)
sont la pression politique et l’ignorance économique. La pression
politique est celle de groupes qui n’ont aucun intérêt à changer parce qu’ils
échappent (du moins le croient-ils) aux perspectives du régime général, bénéficiant
de privilèges rassurants : salariés du secteur public et fonctionnaires.
Les hommes politiques ne veulent pas courir le risque de compromettre la « paix
sociale » (très relative en ce moment !) ni leurs chances dans les prochaines
consultations électorales (et il y en a toujours une). En d’autres termes, il
n’y a pas de stimulant politique, il n’y a pas de courage politique. L’ignorance
économique vient de ce que ni les salariés ni les dirigeants ne connaissent les
coûts du système actuel, et la nullité des performances de la répartition. De
même ils ne savent rien des perspectives de la capitalisation, de nature à relancer
l’économie plus sûrement que tous les plans gouvernementaux. Car la capitalisation
signifie le retour au travail, le retour à l’épargne, le retour à la responsabilité.
C’est un vrai changement de société, de nature à accélérer la croissance. Ces vérités
apparaissent à l’évidence quand on observe les expériences étrangères. Avec l’IREF
et Contribuables Associés, j’ai invité à Paris José Piñera, le « sorcier
chilien », qui est sans doute l’expert mondial numéro un des problèmes de
la transition. A la différence d’autres économistes, mais tout comme nous, il
est persuadé que la transition n’est pas un problème technique, mais un problème
politique. Lui a eu le courage de « prendre le taureau par les cornes »
et aujourd’hui le Chili, et tous ceux qui ont réalisé la transition, se trouvent
dans une situation économique remarquable mais, plus encore, ont permis à leurs
citoyens de se libérer de la bureaucratie administrative, syndicale ou patronale.
La transition rend aux hommes leur indépendance et leur dignité : ils travaillent
pour leur futur, pour leur famille, parce qu’ils ont la liberté de choix et de
gestion. J’espère
qu’à la différence de Pagnol, j’aurai mieux réussi mon César.
Jacques
Garello Le
18 mai 2009
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