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![]() | Deux ans à l’Elysée : tout le monde a dressé
son bilan à sa manière. Le Président a tellement d’énergie et prend tellement
d’initiatives que les commentaires ont été naturellement divers et contrastés.
Nul ne conclut à l’échec complet, et nul ne croit à un total succès. Pour ma part, j’évoquerai rapidement le Président
politicien, le Président réformateur, le Président diplomate, pour m’arrêter plus
longuement au Président européen. C’est le Président politicien qui a incontestablement
obtenu les meilleures performances, et cela se transcrit dans les sondages. Il
a pulvérisé la gauche – il est vrai en implosion chez les socialistes. Mais n’est-ce
pas l’extrême gauche qui en profitera ? | |||||||||||||||
| Comme le relève l’OCDE dans son très récent rapport,
la dérive des finances publiques est totale. Vous lirez la notice qui accompagne
votre feuille d’impôts et vous verrez que pour un budget de 300 milliards il y
a 100 milliards de déficit. La sortie est évidemment dans la dette publique. Elle
a grimpé de 20 points d’un seul coup (passant de 65 à 85% du PIB) et un calcul
plus rigoureux la situe autour de 200% du PIB. La dette sociale vient s’y ajouter.
L’OCDE pense que le déficit budgétaire atteindra 8% du PIB (nous en somme à 6
pour l’instant). Autre non-réforme : celle du droit du travail, les conditions
d’embauche et de licenciement sont toujours aussi pénalisantes pour ceux qui cherchent
un emploi, et pour les entrepreneurs aussi. D’autre part rien n’a été fait dans
le domaine de la Sécurité Sociale, qu’il s’agisse des retraites ou de l’assurance
maladie. Quant à l‘Education Nationale et aux Universités, elles sont dans la
rue, la jeunesse est gaspillée. Faut-il saluer, comme le font les socialistes,
la réussite du Grenelle de l’environnement ? C’est surtout une victoire pour
les Verts-rouges. Quid du Président diplomate ? L’élection d’Obama
a permis un rapprochement avec les Etats-Unis – mais autour d’une philosophie
de New Deal. La réintégration de l’OTAN n’a pas grande signification. Les positions
au Moyen Orient ont été marquées du sceau de l’ambiguïté, tout comme les relations
avec la Russie de Poutine. Reste l’Europe, et Nicolas Sarkozy a tiré gloire
de son passage à la tête de l’Union Européenne, estimant qu’il avait fait faire
un grand pas en avant à l’Europe de son choix. L’Europe de son choix, c’est celle du traité de Lisbonne,
corrigé par l’axe Paris-Berlin et, dit-on depuis quelques jours, Paris-Berlin-Madrid.
La Président rêve d’un Directoire dont il serait le Premier Consul. Il a certes
dépensé beaucoup d’énergie, et les gens de Bruxelles ou Strasbourg, les autorités
de la Commission ou du Conseil ont été surpris par tant de discours et d’initiatives.
Il y a eu sommets sur sommets, au niveau de l’Euroland, ou au niveau de l’Union
entière. Mais qu’en est-il au juste, ne s’agit-il pas d’activisme plutôt que de
progrès ? En dépit de la complicité apparente d’Angela Merkel,
il n’y a pas eu de plan européen de relance. A mes yeux, c’est tant mieux :
on a assez fait de sottises au niveau national pour en rajouter au niveau européen.
En revanche, l’axe Paris-Berlin a apparemment remporté une victoire au G20, à
la suite de l’ultimatum lancé par notre Président en ce qui concerne la réforme
du système monétaire international. Mais qu’en reste-t-il au juste ? Une
remise en selle du Fonds Monétaire International, dont on se demande bien ce qu’il
peut faire pour résorber la crise. La fameuse liste des paradis fiscaux a été
raccourcie drastiquement parce que Chinois, Anglais et Américains n’en voulaient
pas. Tant mieux. En fait l’Europe n’a jamais pu parler « d’une
seule voix », et la mise en place d’une diplomatie unique n’est pas pour
demain. Les nouveaux venus dans l’Union, qu’il s’agisse des Tchèques ou des Polonais,
n’ont pas du tout la même approche de l’Europe que celle des Français. Les Anglais
sont également très réticents à l’égard d’un pouvoir fort à Bruxelles. Italiens
et Espagnols ont assez à faire avec leurs problèmes nationaux. Le traité de Lisbonne lui-même, en dépit de ce qui
se dit en France dans les discours officiels, bat sérieusement de l’aile. Sans
doute le Sénat Tchèque vient-il d’approuver le traité, mais le Président Vaclav
Klaus ne veut pas contresigner le texte parlementaire – pas du moins avant que
les Irlandais ne se soient prononcés. La situation est exactement la même en Pologne,
où le Président Lech Kaczynski reçoit un soutien populaire pour son « souverainisme ».
En Belgique, le Conseil Constitutionnel a été saisi d’une plainte et ne s’est
pas encore prononcé. De même pour l’Allemagne : la Cour de Karlsruhe doit
se prononcer sur la constitutionnalité du traité de Lisbonne, et le président
Horst Köhler n’a pas ratifié le traité. Enfin l’Irlande mène la fronde, les difficultés
économiques vont-elles influencer les Irlandais ? Il serait donc hasardeux de croire que l’affaire
de l’Europe est dans le sac, et que Nicolas Sarkozy a aplani toutes les difficultés.
Le tollé déclanché par son discours sur la Turquie montre bien que rien n’est
définitivement joué. Personnellement, comme je n’ai aucune sympathie pour le traité
de Lisbonne et de façon générale pour l’Europe politique, je ne m’en désespère
pas. Mais le fait est que le vrai choix européen, trop souvent caché aux électeurs,
reste encore à faire : entre l’Europe puissance et l’Europe espace, entre
un gouvernement continental et un marché ouvert, entre l’Europe de la centralisation
et celle de la concurrence, entre l’Europe des politiciens et celle des Européens.
Peut-être ce choix apparaîtra-t-il en toute clarté d’ici le 7 juin. Nous y reviendrons.
Jacques Garello
Le 11 mai 2009
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