![]() | |||||||||||||
![]() | Je voudrais
prolonger la réflexion que j’ai menée dans mon récent éditorial sur la société
de violence, qui m’a valu des commentaires encourageants, me conduisant à une
nouvelle interrogation, plus politique celle-ci : comment rétablir la confiance
et l’harmonie ? Vous connaissez
déjà ma réponse : par le retour aux sains principes de la liberté et de la
responsabilité, qui se traduisent par le choix individuel, la coordination des
choix par le marché, l’état de droit. La solution, c’est le libéralisme.
Ce n’est
un secret pour personne : en France le libéralisme n’a pour l’instant aucune
expression politique significative. Il a connu son apogée à la veille des élections
de 1986, mais desservi par Jacques Chirac et une classe politique dite « de
droite » mais fondamentalement étatiste et dirigiste, il n’a cessé depuis
de décliner. Naturellement, la pensée unique cherche à nous persuader que notre
pays est aujourd’hui soumis à la dictature de l’ultra-libéralisme, alors qu’il est en réalité victime du socialisme
extrême. | ||||||||||||
|
Le populisme
n’est ni de droite, ni de gauche, il est la radicalisation des réactions sociales.
C’est le réflexe primitif de gens désespérés qui en viennent à désirer n’importe
quoi, pourvu qu’on en finisse une bonne fois pour toutes – du moins le croient-ils.
Sans doute y a-t-il des meneurs, des professionnels de la révolution et du jusqu’au-boutisme.
Mais le populisme apparaît quand le peuple (d’où son nom) est prêt à suivre n’importe
quel meneur.
Après un
demi-siècle ininterrompu de socialisme, les Français attendaient une rupture.
Ils ne l’avaient pas eu en 1974, ni en 1986, ni en 1995 – autant d’espoirs déçus.
Ils ont cru enfin y accéder en 2007 à l’issue d’une campagne sur « la rupture ».
Mais depuis deux ans, ils ne voient que désordres, contradictions, équivoques,
demi-mesures. Là-dessus, la crise et le catastrophisme médiatique font naître
l’angoisse et la peur. C’en est
assez pour pousser le peuple vers des sentiments extrêmes, jusqu’à en oublier
la moindre prudence, la moindre raison.
Les résultats
du populisme ont toujours été l’effondrement de la nation, la misère et l’esclavage
du peuple. Le populisme a porté au pouvoir Hitler et Mussolini (par opposition
le totalitarisme communiste s’est instauré sans mobilisation des masses populaires
– Lénine les méprisait et ne comptait que sur le parti). Le populisme a eu ses
héros argentins avec Peron, puis Evita.
Aujourd’hui il fait un retour en force en Amérique Latine. Dictatures populaires,
militaires, collectivistes : la perte des libertés est au bout du populisme.
Vous trouverez
que je cède à mon tour à la peur, et que je flatte indirectement le populisme,
et vous ne croirez pas au danger d’un populisme français. Je soumets cependant
trois remarques à votre réflexion.
1° Olivier
Besancenot incarne parfaitement le meneur aventurier
qui sème la violence et récolte le pouvoir. S’il réalise aux élections européennes
le score que lui prêtent les sondages (entre 10 et 15% des voix), c’est que le
populisme est en marche, et vous verrez l’opinion française et la classe politique
glisser irrésistible vers les discours
et les politiques extrémistes. Si ce n’est pas le cas, je veux bien admettre que
je vous ai alertés pour rien. 2° Le populisme
étant l’apanage des peuples désorientés, il faut redonner une boussole aux Français
avant qu’ils ne la perdent. Ce peuple a besoin de doctrine, et la seule doctrine
qui fasse rupture avec la société de violence est celle du libéralisme. Tant que
le libéralisme ne renaîtra pas de ses cendres françaises, tant qu’il n’aura aucune
expression publique et politique, le populisme nous guettera. Aujourd’hui, à quelques
exceptions près, les libéraux naguère affirmés comme tels sont devenus des supplétifs
de l’UMP, des alibis électoraux qui pipent les voix libérales pour
les apporter à des gouvernements qui n’ont « rien à faire de Thatcher et
de Hayek ».
3° Le populisme
n’existe que parce qu’il y a un peuple, c'est-à-dire une masse compacte et inorganisée,
un troupeau de Panurge, capable de se jeter à l’eau de peur de se noyer. Mon souhait,
et ce à quoi je m’emploie avec mes amis libéraux, c’est de redonner espoir et
efficacité à la société civile. « Le peuple », c’est la négation de
la société civile. La seule issue est dans le remembrement, la réorganisation,
la motivation de la société civile, à travers un réseau d’associations, d’instituts,
de cercles, de clubs. Idées Action fut, à l’initiative d’Alain Madelin, une réalisation
exemplaire. De leur côté, les socialistes avaient multiplié les clubs, les conventions,
avant de se diluer dans la politique politicienne et les querelles de personnes.
Dans cette
oeuvre de salut public, la seule de nature à barrer durablement la route au populisme,
vous êtes concernés au même titre que moi. Les élans du populisme ne sont possibles
que par la trahison des clercs, par l’indifférence et le scepticisme de gens qui
ont perdu la foi. Si nous voulons tous barrer la route au populisme, il nous faut
remettre sur le métier l’ouvrage libéral. On n’est pas obligé d’être libéral,
mais être libéral oblige. Jacques Garello
Le 4 mai 2009
| |||||||||||||