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Nous y voici enfin. Le grand débat sur la réforme des retraites vient de s’ouvrir, et d’entrée de jeu je crains que l’on n’aille pas très loin, car la pensée unique est déjà l’œuvre. Ce n’est pas nouveau. Comme
j’ai commis mes premières études sur les retraites de On aurait pu s’attendre à un débat sérieux, mais c’est à mon sens très mal parti, et on ne semble pas vouloir s’écarter du politiquement correct dans ces négociations. Il y a plusieurs façons de plomber la réforme. Pour ne reprendre que les principales : - ce n’est pas si grave - cela va s’arranger - ne rien toucher à ce qui existe -
prendre l’argent là où il est Ce n’est pas si grave. Les
chiffres du Centre d’Orientation des Retraites (COR) n’étaient pas plus
tôt connus qu’ils étaient déjà contestés. Martine Aubry a accusé le gouvernement
d’apeurer le grand public pour mieux faire passer ses solutions (quelles
sont-elles ?). Pourquoi 110 milliards au lieu de 70 voire 50 ?
De nombreux syndicalistes ont fait une distinction subtile entre les prévisions
et les projections. D’accord pour les prévisions, qui nous fournissent
des données pour les trois ou cinq ans à venir, mais pas d’accord pour
les projections, qui ne sont qu’extrapolations à long terme d’une tendance
purement conjoncturelle, celle que nous vaut la crise. Le président du
COR lui-même leur donne en partie raison, en affirmant que les scénarios
les plus sombres, qui nous mènent à des déficits abyssaux, reposent sur
des hypothèses de croissance et d’emploi qui seraient « insoutenables
pour la nation ». Oui, mais cela va s’arranger. Il y a le mythe de la sortie de crise. En politique, on voit toujours le « bout du tunnel ». On aura pris, entre temps, « des mesures pour améliorer l’emploi ». Quelles mesures ? Qui accepte aujourd’hui les réformes indispensables pour approcher le plein emploi, à savoir la flexibilité totale du marché du travail, la suppression du SMIC, la baisse des charges sociales, la fin de la traque fiscale et du matraquage de l’épargne ? Faute de reconnaître que le
mal français est structurel, on se complaît dans un optimisme béat, alors
que tous les autres pays font des efforts pour réduire les dépenses publiques,
pour privatiser tout ce qui peut l’être, pour libérer et rémunérer l’initiative
et le travail. C’est qu’il ne faut rien toucher
à ce qui existe. En matière de retraites, comme ailleurs, des « droits
acquis » se sont accumulés. Ils sont surtout acquis par une minorité
de Français. Ils ont bénéficié d’un statut privilégié qui leur a pour
l’instant permis d’échapper à la crise et au chômage. Ils n’ont aucune
inquiétude ni pour leurs emplois ni pour leurs retraites. Tous ces avantages
sont obtenus au prix de sacrifices pour le reste des Français. Les retraites
de Pour résoudre toutes les difficultés,
artificiellement gonflées par l’Etat et le patronat, comme on le voit,
n’y a-t-il pas une recette infaillible : prendre l’argent là où il
est ? Il est dans les profits gigantesques des sociétés du CAC 40,
il est dans le salaire des grands patrons, il est dans les riches qui
s’en vont à l’étranger, il est dans les banques, les traders, il est abrité
par le bouclier fiscal. Il n’y a qu’à fiscaliser les déficits. Là-dessus,
du moins en apparence, Eric Woerth semble ferme ; il ne faudrait
pas perdre les tout derniers électeurs de l’UMP.
Mais on va mesurer cette résistance au fil des négociations. Donc, avec ce genre de discours, on ne peut déboucher sur autre chose que le statu quo, tandis que les marxistes maintiendront le pays sous la menace des grèves et des manifestations. Mais je m’emporte, peut-être inutilement. Quelques lueurs d’espoir ne sont-elles pas perceptibles ? Certains syndicalistes ont une vraie conscience du vrai danger. Beaucoup ont suivi de près le travail du COR, et ils savent peut-être que les « projections » pourraient être plus graves encore. D’autres ont compris que la répartition était un tonneau des Danaïdes. Du côté patronal, Madame Parisot soutient que le recul de l’âge de la retraite, même à 75 ans, ne suffira pas à plus long terme, et qu’il faut trouver un accord entre tous les partenaires sociaux pour libérer l’épargne des salariés qui veulent recourir à la capitalisation. Capitalisation : ne pas utiliser ce gros mot, il n’est pas dans le vocabulaire de la pensée unique. Jacques Garello Le
19 avril 2010
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