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![]() | C’est avec emphase et contentement de soi que
notre Président a rendu compte des débats du G20 et de la déclaration qui les
concluait. A plusieurs reprises, il s’est émerveillé des progrès réalisés en un
jour, il a ponctué chacune des mesures projetées d’un « c’est du jamais vu »,
laissant bien entendre que grâce au couple franco-allemand un tournant historique
venait d’être pris. Voilà le capitalisme vraiment « refondé ». Je ne suis pas sûr que le capitalisme ait été refondé, il a simplement été un peu plus entravé qu’il n’était. Si je déplore les entraves nouvelles, je me réjouis de constater que rien dans le sommet de Londres ne peut passer pour révolutionnaire, ni même pour constructif (à la différence de la conférence de Bretton Woods dominée par les projets de système monétaire présentés par Keynes et White). | |||||||||||||||
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Les entraves concernent la réglementation financière.
Elles partent d’un constat erroné : ce serait l’absence de réglementation
qui aurait conduit aux débordements financiers qui eux-mêmes ont créé la crise
économique. Or, les responsabilités de la crise financière, telles que les relèvent
la plupart des économistes, sont à chercher principalement dans deux directions :
d’une part les subprimes, c'est-à-dire la démagogie des politiciens américains
qui ont obligé les banques à accorder des prêts immobiliers à des emprunteurs
sans ressource, au nom d’un « droit au crédit immobilier », d’autre
part le laxisme monétaire de la FED qui depuis des années ne cesse d’abaisser
les taux d’intérêt, incitant n’importe qui à investir dans n’importe quoi, et
permettant à ceux qui se sont trompés de persévérer dans leurs erreurs en reportant
toujours l’heure de vérité. Autre constat erroné : la finance ne connaîtrait
aucune réglementation. C’est faux, il n’existe aucun autre secteur économique
aussi réglementé que le secteur financier. Que les réglementations soient mal
conçues, ou mal venues, cela ne fait pas de doute. Mais en rajouter une couche
ne changera rien à l’affaire, la seule réglementation efficace étant celle de
la concurrence et de la responsabilité des financiers qui font de mauvaises affaires. La réglementation bancaire est également appelée
à se renforcer. Il y aura une « supervisation » (sic) plus efficace,
et des règles comptables plus strictes (mais les « ratios prudentiels »
des accords de Bâle II ont été plus néfastes qu’utiles). Le « jamais vu » est surtout la chasse
aux paradis fiscaux. « Le temps du secret bancaire est révolu », a-t-on
dit dans l’unanimité au G 20. Madame Primarolo et ses amis de l’OCDE doivent en
effet jubiler : le combat qu’ils mènent depuis des années semble triompher,
et ils donnent la liste des mauvais élèves. Maintenant, il reste à savoir ce qu’en
droit cette chasse peut bien valoir, et il sera difficile d’effacer d’un revers
de main la concurrence fiscale, puisque tout pays appliquant une fiscalité moins
lourde que son voisin est supposé être un paradis fiscal. Le G20 n’a pas prévu
une harmonisation fiscale forcée. La mondialisation des entreprises
et des finances permettra aux bons gestionnaires d’échapper aux réglementations,
et le secret bancaire se reconstruira d’une manière ou d’une autre. Je ne dirai rien de la dotation de 1.000 milliards
donnée au Fonds Monétaire International pour « relancer » : qui
va donner cet argent (les Américains vont-ils perdre la maîtrise du FMI ?)
et à qui va-t-on le donner et pour quoi faire ? Le bon côté des choses, c’est que l’on a évité les
catastrophes majeures. Et le G20 est plus important par ce qui ne s’y est pas
dit ou pas décidé que par les mesures qu’il a prises. Le libre-échange mondial n’a pas été remis en cause,
et la tentation protectionniste a été écartée. Il est vrai que la concurrence
est faussée par les mesures de soutien apportées par les Etats à leurs nationaux
dans le cadre de la lutte contre la crise. Mais au niveau des principes le cœur
du capitalisme mondial n’a pas été atteint. On n’a pas évoqué non plus les perspectives d’un
super Kyoto, où les besoins de la planète et le réchauffement climatique auraient
eu priorité sur la productivité et la croissance. Le G20 n’a pas été le Grenelle
mondial. Le vice-président Al Gore ne doit pas être content. Enfin, on n’a pas créé un nouveau système monétaire
international, ni inventé une « unité de compte mondiale » comme le
souhaite le président russe Medvedev. Pas de Bretton Woods. Au passage, l’idée
que nous serions actuellement régis par le système « anglo-saxon » de
Bretton Woods et que le G 20 aurait rompu avec ce modèle est purement grotesque,
puisque le système de Bretton Woods n’existe plus depuis 1971 ! Certes le
FMI a été créé par les mêmes accords, mais son rôle de régulateur monétaire ou
financier est réduit à néant (ou presque, pour tenir compte des « droits
de tirage spéciaux » qui viennent de lui être alloués). Ainsi l’ordre économique mondial n’a-t-il pas été
ni repensé, ni reconstruit à Londres, et c’est tant mieux. Les seuls ordres qui
garantissent la liberté et la prospérité sont ceux qui jaillissent spontanément
de l’action humaine, des initiatives prises par des hommes libres et responsables
coordonnés par le processus de marché. La présomption des hommes politiques aurait
pu être « fatale » comme disait Hayek, elle a été simplement médiatique.
Jacques Garello
Le 6 avril 2009
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