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REFORMES : MODE D’EMPLOI |
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Comme bien
d’autres, je ne cesse d’encourager le Président et le Gouvernement à se
lancer enfin dans les réformes que réclame la nation en péril. Les prochaines
échéances électorales (régionales, européennes) sont relativement lointaines,
et nos dirigeants ont quelques mois devant eux pour réaliser avec audace
ce qu’ils ont tenté jusqu’ici avec timidité. Reçu dans
les salles de l’Assemblée par Jean Michel FOURGOUS, dans le cadre des
rencontres de Contribuables Associés avec les Parlementaires, j’ai eu
l’occasion de rencontrer quelques uns des députés qui professent une foi
libérale, et qui gardent l’espoir d’une accélération des réformes ;
ils s’emploient à presser le gouvernement d’engager les mesures attendues
de leurs électeurs. En réponse, l’annonce d’un plan d’économies et de
révision des politiques publiques, doublé d’une loi de modernisation de
l’activité économique, donne les apparences d’une volonté réformatrice.
De quoi se plaindrait-on ? |
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Mon tempérament
optimiste me porte à me réjouir quand j’écoute quelques discours qui sentent
bon la rupture : on ne parle plus de relance de la croissance mais
de réduction des dépenses publiques, on ose évoquer le transfert au privé
de missions aujourd’hui confisquées par l’administration publique, et
le partenariat public-privé est fréquemment évoqué. Cependant,
mon esprit chagrin et négatif ne se satisfait guère d’une simple rupture
de ton, d’un vocabulaire nouveau : les actes doivent suivre la parole.
Or, à ce jour, on récite chaque jour une nouvelle liste de mesures, une
litanie qui ne peut passer pour un projet de société. Il y a de plus un
contraste entre la politique des petits pas et l’écho médiatique qu’elle
reçoit. Parler de 7 milliards d’économies en 5 ans alors que le déficit
budgétaire est supérieur à 45 milliards pour la seule année 2007 est évidemment
assez décevant. On m’objectera que l’intention vaut l’action, et que l’on
va dans la bonne direction. Mais cela ne me paraît pas suffisant, surtout
quand j’observe comment les grands réformateurs, de Reagan à Aznar, en
passant par Klaus et Thatcher, ont opéré. Nous avions
la chance, au cours de cette même rencontre à l’Assemblée, de recevoir
deux réformateurs qui sans doute n’ont pas eu la dimension et la célébrité
des grandes vedettes que je viens d’évoquer, mais qui ont réellement changé
la vie de leurs concitoyens en les libérant du poids de l’Etat : Sir Roger
DOUGLAS a été Ministre de l’Economie de la Nouvelle Zélande, et Mart LAAR
a été premier ministre de l’Estonie. Ils nous ont rappelé qu’il n’y avait
pas cinquante manières différentes de réussir les réformes, et qu’il fallait
simplement respecter trois grands principes, qui pourraient passer pour
des évidences mais que les apprentis réformateurs ne respectent pas facilement :
une détermination sans faille, une thérapie de choc, une vision globale. Inutile de
songer à réformer si l’on n’a pas au départ la volonté et le courage voulus.
Il n’est jamais facile d’échapper à la tyrannie du statu quo. La réforme
doit être claire, le réformateur doit être crédible. Il faut savoir résister
aux sondages d’opinion, aux pressions corporatistes et syndicales. Un
gouvernement qui recule à la première occasion, ou qui se multiplie en
manœuvres et négociations, n’a aucune chance de réussir. Voilà pourquoi la thérapie de choc est préférable au gradualisme. Par habileté, on peut être tenté par la politique des petits pas. Certains aiment bien « ouvrir des brèches » par lesquelles les vraies réformes feraient ensuite irruption. Ils y perdent beaucoup de temps, réduisant l’efficacité des mesures à prendre ; ils y perdent surtout en lisibilité, les gens ne voyant pas vraiment où on les mène. J’ai apprécié que les deux orateurs, sans se concerter, aient fait référence à l’histoire du paysan et du chien inventée par Bastiat : « Je dois te couper la queue, mais pour que tu souffres un peu moins, je t’en couperai un petit bout chaque jour »… La leçon de la transition des pays d’Europe du communisme au marché est nette : succès assuré pour les thérapies de choc, comme la République Tchèque, les pays baltes, la Hongrie, voire la Pologne, échec prolongé ailleurs. Enfin, rien
de pire que les réformes ponctuelles, prenant les problèmes les uns après
les autres. D’une part, il y a quelque incohérence à vouloir « libérer »
certains secteurs d’activité en laissant les autres entre les mains des
administrations – c’est une source de blocage et une perte d’efficacité
de la réforme. D’autre part comme la réforme aboutit toujours à faire
disparaître les privilèges et les facilités offertes jusque là par l’Etat
Providence, il faut que chacun ait le sentiment qu’il n’est pas le seul
à faire les frais de la réforme, et qu’il tirera aussi quelque avantage
nouveau de la disparition des privilèges des autres. Certains perdent
leurs subventions, mais ils bénéficient désormais des moindres coûts d’activités
désormais soumises à la concurrence. La réforme
n’est donc pas quelque chose qui se gère au fur et à mesure, en fonction
des résistances et des aléas – que l’on ne peut éliminer de toutes façons. Reste à savoir
comment la réforme peut être voulue et acceptée par le peuple. Certains
députés ont marqué leur scepticisme en rappelant « l’exception française ».
Lionel LUCA, à juste titre, a dénoncé « la règle des trois i »
qui gouverne la France : ignorance, idéologie, impuissance. Olivier
DASSAULT s’est interrogé sur l’attractivité du changement dans un pays
vieillissant, il a souligné l’importance de mobiliser les jeunes, de conjuguer
enseignement, recherche et entreprise. Il est certain qu’une pédagogie
de la réforme est à diffuser. Comme sont à diffuser une pédagogie du marché,
et une pédagogie de la liberté. Pour ma part,
j’ajouterai que la réforme ne peut être reçue dans un pays où les idées
de la liberté ne sont ni enseignées, ni reconnues dans les cercles dirigeants.
La mondialisation et les contraintes externes peuvent rendre les réformes
indispensables pour les Français. Mais elles ne seront souhaitées par
les Français que du jour où la reconquête intellectuelle aura été amorcée.
La réforme c’est aussi un problème de culture et de connaissance. Jacques
Garello
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