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J’écris cet éditorial à la veille du premier tour des élections régionales. Mes fidèles lecteurs auront sans doute remarqué qu’en la circonstance je suis resté d’une discrétion exemplaire – certains auront peut-être regretté que je n’aie pas affiché plus ouvertement mon soutien au NPA, ce nouveau parti anticapitaliste de Monsieur Besancenot qui a toute ma sympathie. C’est que je respecte la liberté
de choix des lecteurs électeurs, et c’est aussi parce que je pense que
ce premier tour est réellement un tour pour rien. Sa signification politique
est triviale. S’agit-il de plébisciter ou de pénaliser le président et
son gouvernement ? Il me surprendrait que les foules se mobilisent
pour soutenir la majorité actuelle ou pour la condamner. Le taux d’abstention
confirmera sans doute que la plupart des Français nourrissent quelque
désenchantement à l’égard de la classe politique, les uns étant déçus
dans leurs attentes, les autres n’attendant rien mais ne voyant pas pourquoi
ils iraient voter, d’autres enfin lassés d’émettre des votes négatifs
puisqu’ils ne servent à rien de positif. S’agit-il de mieux connaître
la cote des partis ? Le taux d’abstention prive la consultation de
toute signification. Mais je me risquerai à un pronostic sans originalité :
on observera sans doute la poussée des Verts, l’effondrement du Modem,
ainsi que de l’extrême gauche, le retour du Front National, et la quasi
stabilité de l’UMP et du PS. S’agit-il maintenant de modifier le paysage politique des régions actuellement dominées par la gauche ? Tous les pronostics concordent pour conclure au statu quo, parce que la gauche peut facilement se regrouper au deuxième tour, tandis que la droite ne voudra pas s’allier avec le Front National, suivant une tradition qui n’a réussi qu’à radicaliser les positions des exclus et à offrir les régions à la gauche sur un plateau. Seules deux ou trois régions seraient susceptibles de mener à un affrontement serré au deuxième tour, où la gauche sera malgré tout à nouveau favorite. Comment d’ailleurs les régions pourraient-elles changer de politique quand on ne sait même pas quelles sont leurs compétences, et quand l’heure de la vraie décentralisation a été sans cesse retardée ? Jean Philippe Feldman
rappelle que les vrais principes de la décentralisation sont le fédéralisme
fiscal (les instances locales perçoivent l’impôt, et en reversent éventuellement
une part à l’Etat – c’est ce qui se passe entre les Etats membres de l’Union
européenne vis-à-vis du budget européen), le principe de subsidiarité
(les affaires se règlent au niveau local, l’instance supérieure n’intervenant
qu’à titre subsidiaire), et une participation démocratique avec des procédures
référendaires (comme les « votations » des cantons helvétiques). C’est précisément cette démocratie locale que les citoyens français cherchent en vain aujourd’hui. Elle est la grande absente de cette consultation, pour laquelle les candidats ont été choisis par les états-majors nationaux de chaque parti - et souvent totalement inconnus sur place, pour laquelle les programmes sont opaques, utopiques et sans signification sur le terrain, pour laquelle l’enjeu est inconnu puisqu’on ne sait pas où se situe la région. Les agences de communication
ont bien compris que la seule chance d’intéresser les électeurs au scrutin
était de le personnaliser : c’est pour ou contre Pécresse,
Frêche, Vauzel ou
Royal. Visiblement, à l’heure présente, la mobilisation est insuffisante. Le danger de la situation, c’est que les affaires de la démocratie française n’avancent pas beaucoup. Notre démocratie souffre déjà d’un trop plein médiatique, syndical, idéologique. La politique est devenue l’art d’empêcher les Français de comprendre ce qui se passe et d’exprimer de vrais choix. C’est « la démocratie réduite aux urnes », dit Yves Cannac. C’en est au point que les urnes elles-mêmes éloignent les électeurs, et que l’on fait des premiers tours pour rien. Je me trompe peut-être, rendez-vous
est pris au lendemain du deuxième tour. Pour rien ? Jacques Garello Le
15 mars 2010
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