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![]() | L’affaire
des bonus, stock options et autres parachutes dorés a suscité à son origine un
appel à la modération. Cet appel, lancé aux dirigeants des grandes sociétés concernées,
se voulait une simple recommandation, le MEDEF lui-même avait défini une charte
éthique concernant ces rémunérations exceptionnelles
– tout en laissant aux actionnaires et aux conseils d’administration la liberté
de décider en dernier ressort. Puis, pour
apaiser la colère (spontanée ou provoquée) de l’opinion publique, le Président
et son équipe sont passés de la recommandation à la menace. Monsieur GUAINO, conseiller
particulier de Nicolas SARKOZY, a parlé d’ultimatum. L’ultimatum, comme son nom l’indique, est la
dernière étape avant une mesure de rétorsion, avant le recours à la force. Quelle
mesure ? quel recours ? C’est à la loi que l’on pense immédiatement.
De la sorte
le grand débat qui s’est ouvert est celui-ci : le gouvernement doit-il demander
au parlement de légiférer ? Si oui, quel contenu pourrait avoir cette nouvelle
loi ? Ce débat
ne concerne pas seulement le cas d’espèce des rémunérations des dirigeants de
sociétés. Il vise le cadre institutionnel de notre économie, mais aussi de notre
droit. | |||||||||||||||
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Depuis vingt
ans, les institutions économiques françaises sont à peu près à l’heure de la liberté.
On y a mis le temps : il a fallu quarante ans pour secouer l’enveloppe collectiviste
et étatiste héritée du régime de Vichy et du programme économique de la Résistance.
La planification s’est peu à peu effacée – bien que le Commissariat au Plan n’ait
jamais disparu – les grandes entreprises industrielles, les banques et les assurances
ont été rendues au secteur privé – bien que les entreprises publiques subsistent
et que l’administration se soit développée. Demeurent encore quelques bastions,
comme la Sécurité Sociale ou l’Education Nationale, toujours tenus à l’écart de
la concurrence et des lois du marché. La crise
est le prétexte d’un retour de l’Etat dans l’économie, d’une véritable rupture
(pas précisément celle que Nicolas SARKOZY avait promise à ses électeurs). La logique
marchande repose sur la libre entreprise et le droit de propriété. Les entrepreneurs
individuels et les actionnaires des sociétés sont propriétaires et responsables
de la gestion de leur affaire. Ils ont compris depuis bien longtemps que la vraie
richesse dont ils disposent est la qualité des hommes, et ils ont réussi à constituer
et former un personnel de plus en plus qualifié, de plus en plus motivé. Voilà
la véritable source de la croissance, en France comme ailleurs. La réussite a
été d’autant plus spectaculaire que l’Etat l’a entravée avec des impôts, des charges
sociales et des réglementations sans équivalent en Europe. Aujourd’hui
l’Etat veut se substituer aux propriétaires pour décider ce qu’ils doivent faire
de leurs profits, et comment ils doivent se comporter avec leurs salariés. L’Etat
s’est mis en tête de contrôler ceux qui réussissent et de soutenir ceux qui ont
des difficultés. L’affaire de la rémunération n’aurait jamais été évoquée si l’Etat
s’était abstenu d’intervention. L’évolution des marchés aurait conduit à remodeler
sans cesse les structures productives en fonction de ce que désirent les consommateurs.
On a préféré « réorganiser » ces structures par voie de commandement
et de soutiens publics. Voilà donc l’Etat à nouveau présent, par ses finances,
par ses hommes, par ses décisions, dans la vie des entreprises. La renationalisation
est en cours. Il fallait bien s’attendre, tôt ou tard, à ce qu’il neutralise,
parfois même qu’il supprime, le pouvoir des propriétaires. « Le droit social
passe avant le droit de propriété ». Parlons justement
du droit. L’entreprise se présente juridiquement comme un nœud de contrats. En
particulier un contrat règle les relations de travail. D’abord individuel, le
contrat de travail s’est mué en sous-produit des négociations collectives, réduisant
progressivement la liberté des clauses, des conditions d’exercice et des rémunérations.
Le contrat appartient, lui aussi, à la tradition libérale, et il avait fait une
timide réapparition quand on s’est aperçu que les négociations collectives faisaient
fi des comportements et des talents individuels. Les « augmentations individuelles »
sont venues corriger et compléter les augmentations générales, de nouvelles formes
de rémunération sont apparues. Aujourd’hui,
voilà que l’on veut remplacer le contrat par la loi. C’est l’inverse de la subsidiarité,
cela revient à faire régler par en haut ce qui peut très bien s’organiser en bas.
C’est surtout une dénaturation du droit, qui doit avoir pour caractéristiques
d’être intemporel, certain, général. La plupart des lois votées depuis des décennies
sont des lois de circonstance, elles changent sans arrêt et sont conçues pour
des cas particuliers. A ce jeu, les « principes généraux du droit »
ayant disparu, on a une accumulation de textes, une législation variable, opaque
et incohérente. Le résultat
en est l’arbitraire le plus complet, et la disparition des droits individuels
que la loi est sensée protéger « La loi n’est plus le refuge de l’opprimé,
mais l’arme de l’oppresseur. La loi n’est plus un bouclier mais une épée »,
constatait déjà Bastiat au milieu du XIX° siècle. Ainsi naît la violence sociale,
la force de la loi mise au service des idéologies, des intérêts personnels ou
catégoriels. Trop de lois tue la loi. Ces considérations
générales devraient inciter les princes qui nous gouvernent à la plus extrême
prudence. Elles devraient inviter les parlementaires à la modération et leur rappeler
que leur rôle est de veiller aux débordements de l’Etat et de ses finances, au
lieu de lui donner de nouvelles armes. Quant à ceux qui se révoltent au nom de
l’éthique, ils devraient fuir de la tentation de légiférer, car nul ne devient
meilleur par obligation légale. La sagesse, dit-on, commence avec la peur du gendarme.
Mais quand il y a un gendarme à tous les coins de rue, on est déjà en Union Soviétique.
Certains, il est vrai, ont la nostalgie du grand soir. Jacques Garello
Le 30 mars 2009
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