![]() | ||||||||||||||||
![]() | « Je n’ai
pas été élu pour augmenter les impôts. Moi, j'ai été élu pour réconcilier la France
avec l'entreprise et avec l'usine. S'il y en a que ça démange d'augmenter les
impôts, ils oublient qu'on est dans une compétition. Mon but, c'est de faire venir
en France, faire investir en France des gens qui ont de l'argent dans nos usines
et dans nos entreprises, ce n'est pas de les faire partir… S'il suffisait
d'augmenter les impôts pour qu'il y ait de la justice sociale, depuis des années
qu'on augmente les impôts, gauche et droite confondues, on devrait être le pays
le plus juste au monde ! ». Bravo, président
SARKOZY : ces fortes paroles, prononcées jeudi dernier à Ornans, ont les
accents d’un ultra-libéralisme sincère, et ramèneront sans doute quelques électeurs
au bercail en juin prochain. En effet, il
est bon de se remettre en mémoire les promesses électorales, surtout quand les
électeurs ont le sentiment (bien sûr irraisonné) qu’elles n’ont pas été tenues
depuis deux ans. | |||||||||||||||
|
Il est vrai que
cette déclaration se comprend à la lumière de l’offensive menée depuis quelques
jours par des membres éminents de l’UMP, comme l’ancien premier ministre Dominique
de VILLEPIN et l’actuel Président de la Commission des Finances de l’Assemblée
Nationale Pierre MEHAIGNERIE. Au nom de la « justice sociale » ces personnalités,
soutenues par une cohorte importante de parlementaires du même bord, remettent
en cause le bouclier fiscal, et proposent même une super-tranche d’impôt sur le
revenu pour les contribuables gagnant plus de 300.000 euros par an. Le bouclier fiscal
était déjà un bémol apporté à la promesse de suppression de l’Impôt de Solidarité
sur la Fortune (ISF). Cette demie mesure, qui est banale dans un grand nombre
de pays européens (en Allemagne, c’est la constitution qui limite le prélèvement
fiscal à la moitié du revenu), est la cible de la gauche, qui trouve ainsi des
alliés inattendus au sein de la majorité parlementaire. Nicolas SARKOZY mène donc
le combat sur deux fronts : celui de ses ennemis et celui de ses « amis ».
Sans aucun doute
le Président a-t-il raison sur le fond. La première grande réforme introduite
par Ronald Reagan a été la baisse des taux d’impôts sur le revenu, la réduction
à deux du nombre de tranches d’imposition. Ainsi la progressivité de l’impôt a-t-elle
été fortement atténuée, et les Américains n’ont plus eu peur d’abandonner au fisc
le fruit de leurs efforts supplémentaires et de leurs initiatives nouvelles. « L’effet
Laffer » a entraîné une vague d’investissements, de créations d’entreprises,
de profits supplémentaires, et le fisc américain en a été le premier bénéficiaire :
la croissance de la « matière fiscale » a plus que compensé la baisse
des taux. La croissance a évidemment permis la résorption rapide du chômage. On devrait donc
s’attendre à ce que notre Président, ayant fait son chemin de Damas, en vienne
empiriquement à adopter les principes de la « Reaganomics ». Mais ne
rêvons pas. Les allègements fiscaux pour les hauts revenus ne sont pas encore
là. Pour l’instant les dispositions prises par Bercy concernent les revenus des
classes modestes, qui ne payent pas beaucoup d’impôts. D’autre part,
le Président est le plus grand pourfendeur des paradis fiscaux sur la scène internationale,
et il y a quelque contradiction à faire l’éloge des titulaires des hauts revenus
et dans le même temps à traquer l’évasion fiscale qui est bien provoquée, que
je sache, par les taux aberrants pratiqués en France. Si l’on accepte la « compétition »,
il faut admettre aussi le « dumping fiscal » ; dans une course
certains vont plus vite que les autres. Ainsi, de mon
point de vue, il en faudra davantage pour réconcilier le Président avec une large
part de son électorat. Les discours récents sur le partage du profit, l’accusation
implicite des dirigeants d’entreprises, l’obsession d’un consensus avec les « partenaires
sociaux », la volonté de réglementer la finance mondiale (déjà sur-réglementée),
voire de refonder le capitalisme : tout cela s’adresse plutôt aux électeurs
de Besancenot ou de Martine Aubry qu’à ceux de la majorité. Une hirondelle
ne fait pas le printemps. Se battre pour le bouclier fiscal, c’est une attitude
honorable. Le seul commentaire de Martine Aubry à l’issue des manifestations était
pour s’en prendre une nouvelle fois aux « cadeaux faits aux riches ».
Peut-être les outrances de la gauche et les intrigues de la droite finiront-elles
par ramener nos dirigeants dans la bonne voie. Mais il y faudra sans doute d’autres
hirondelles…
Jacques Garello
Le 23 mars 2009
| ||||||||||||||||