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| « Keynes est mort », avait constaté Milton
FRIEDMAN en 1975. La crédibilité scientifique de « La Théorie Générale »
(1936) avait en effet été totalement ruinée par les analyses des adversaires du
keynésianisme, mais aussi par les échecs de toutes les politiques qu’il avait
inspirées. Aujourd’hui, avec la crise, et la façon dont y répondent les politiciens,
c’est le retour de l’Etat, c’est le retour de Keynes. Mais la démonstration de
Keynes aurait-elle retrouvé quelque valeur explicative ? Certainement pas :
elle est toujours aussi fallacieuse. Cela mérite d’être dit, car il faut démasquer
une supercherie aujourd’hui fatale. Keynes veut prouver qu’une économie de marché laissée
à elle-même débouche mécaniquement sur le chômage massif. Une intervention de
l’Etat est donc indispensable pour retrouver le « plein emploi ». Reste
à le démontrer. Pour y parvenir Keynes introduira pas moins de huit hypothèses,
qui sont huit raccourcis sans aucun fondement. Pour expliquer ces tours de passe-passe
je dois d’abord résumer le cheminement de la théorie Générale. Écoutons Lord Keynes. Dans une économie, en un moment donné, le niveau
de l’emploi global dépend du niveau de la demande globale anticipé par les entrepreneurs :
ils n’embaucheront que s’ils ont la perspective de vendre leur production. La
demande globale a deux composantes, la consommation et l’investissement. La consommation
privée manque de dynamisme, à cause d’une « loi psychologique fondamentale » :
plus de revenu conduit à plus d’épargne (la « propension marginale à consommer »
son revenu excédentaire est inférieure à un). La léthargie de la consommation
peut-elle être compensée par le dynamisme de l’investissement ? L’investisseur
regarde ce que lui rapporte sa dépense en équipement (« efficacité marginale
du capital ») et ce que lui coûte l’emprunt nécessaire pour la financer (taux
d’intérêt). Or, l’efficacité marginale ne cessant de diminuer au fur et à mesure
de l’accumulation du capital, il faudrait que le taux d’intérêt s’abaisse également. Le taux d’intérêt dépend d’un choix de l’épargnant :
veut-il placer son épargne ou la conserver sous forme liquide ? La demande
de liquidité est faite de trois composantes : encaisses de transaction (avoir
toujours un volant de trésorerie), de précaution (faire face à des dépenses inattendues),
de spéculation. Les encaisses de transaction et de précaution sont stables, tandis
que les encaisses de spéculation augmentent avec la baisse des taux d’intérêt.
Donc, en dessous d’un taux d’intérêt critique, la préférence pour la liquidité
devient totale, l’épargnant ne veut plus engager son argent, trop mal rémunéré.
Si les banques mettent des liquidités sur le marché en créant de la monnaie, celle-ci
ne fait plus retour sous forme d’investissement, elle grossira une encaisse devenue
stérile : c’est la « trappe monétaire ». L’investissement ne peut donc pas davantage relancer
l’économie que la consommation. La « demande globale spontanée » est
insuffisante. Faute de débouchés suffisants, les entrepreneurs n’ont donc aucune
raison d’embaucher. Aussi l’insuffisance de la demande globale spontanée doit-elle
être compensée par une demande de la part des pouvoirs publics : les dépenses
de l’Etat vont prendre le relais pour assurer un plein emploi qui sans cela ne
sera jamais atteint. CQFD. Magistral, magique, irréfutable. Voici maintenant
les huit hypothèses sous-jacentes.
3° La consommation n’augmente pas aussi vite que
le revenu. Cette « loi psychologique » a été démentie par la mise en
évidence (par Friedman) d’un « revenu permanent » : les consommateurs
ne changent pas leurs habitudes à la moindre variation de leurs gains.
Quand va-t-on en finir avec la magie, et avec le
magicien ? Jacques Garello
Le 9 mars 2009
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