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![]() | Monsieur
le Président de la République, Je ne comprends
pas les attaques permanentes dont je suis l’objet de la part de la gauche et de
François BAYROU. Ces gens s’imaginent qu’il y a eu un montage abracadabrantesque
pour me propulser à la tête de la nouvelle entité créée par la fusion des Caisses
d’Espagne et des Banques Populaires. La réalité est bien autre, et je vous en
fais témoin : je ne voulais absolument pas assumer cette mission, et je ne
m’y suis résolu car nul autre n’en voulait et parce que le service public l’exigeait.
Je m’étais
fortement impliqué, il est vrai, dans la préparation de cette fusion. C’est dans
mon bureau à l’Elysée que j’avais convoqué les deux PDG Bernard Comolet (Caisses
d’Epargne) et Philippe Dupont (Banques Populaires), en présence de représentants
du ministère de l’économie, du Trésor, de la Banque de France. Vous-même et Madame
Lagarde aviez exercé d’amicales pressions sur ces interlocuteurs pour accepter
les modalités d’une opération qu’ils n’appréciaient pas nécessairement. Ils sont
en effet animés des sentiments mutualistes propres à ce genre de banque, à la
différence des financiers privés – notamment anglo-saxons – qui ne cherchent que
les profits et la satisfaction des capitalistes actionnaires. | ||||||||||||
| Nous avions
misé sur François Villeroy de Galhau, la presse l’avait même annoncé. Il avait
toutes les compétences voulues : il a été directeur de cabinet de Dominique
Strauss-Khan à Bercy – ce qui n’aurait
pas manqué de renforcer les liens déjà très amicaux que nous entretenons avec
le FMI, d’où la France a progressivement évincé les Etats-Unis. Cela ne s’est
pas fait, et nous avons cherché alors d’autres personnalités pour assumer cette
mission. Nous n’avons pas eu les candidatures attendues, et les gens pressentis
ont décliné l’offre sous des prétextes plus ou moins fallacieux. Certains, d’un
esprit mesquin et comptable, ont refusé de prendre la tête de deux établissements
et de leur filiale commune ayant eu des résultats si mauvais en 2008, et qui auraient
même pu disparaître sans le secours des fonds publics. D’autres, pénétrés de l’idéologie
ultra-libérale qui règne en France (parmi les énarques en particulier) ont été
choqués par le fait que l’Etat se mêle de ce qui ne le regarde pas, et prenne
de lourdes participations dans le capital de ces banques, réalisant ainsi une
nationalisation de fait, comme le réclament d’ailleurs depuis longtemps les socialistes.
Quelques-uns, enfin, ont confessé envisager plutôt de se délocaliser, et d’aller
exercer leurs compétences dans l’un de ces paradis fiscaux qui sont la honte du
capitalisme mondialisé. J’ai été
surpris et déçu par ces rejets successifs, et ces arguments inadmissibles. C’est
alors, Monsieur le Président, que vous m’avez demandé le lourd sacrifice de combler
ce vide dommageable pour les épargnants et les entreprises françaises. Je n’en avais
aucune envie. En effet, je préférais de beaucoup la position que j’occupais, puisque
avec mes deux comparses, Stéphane Richard à Bercy et Antoine Gosset-Gainvielle
à Matignon , nous étions les vrais décideurs de la politique économique française
(sauf votre respect, mais rassurez-vous : l’Elysée gardait toujours la prééminence).
Or c’est une
aventure exaltante que de
faire et défaire les budgets, de jouer avec les
impôts, les prestations sociales, de gérer des fonds souverains, de recevoir les
doléances de ceux qui cherchent la manne publique, d’accompagner Jean Louis Borloo
dans la voie de la fiscalité et de la réglementation de nature à sauver la planète.
Vouliez-vous que j’abandonne ma baguette magique alors que la féérique relance
n’en était qu’à ses premiers instants ? Ce n’est
donc qu’avec les plus grandes réticences que j’ai cédé à votre amicale pression.
Je m’y suis résolu parce que nul autre n’avait voulu occuper un fauteuil que j’avais
pourtant soigneusement capitonné pour son futur occupant. J’ai accepté pour ne
pas compromettre un changement décisif pour notre économie : remettre entre
les mains de l’Etat le pouvoir financier imprudemment rendu aux spéculateurs privés
avec les privatisations. Vous avez déjà nommé l’un de mes éminents collègues énarques
Augustin de Romanet à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations. Comme
les fonds recueillis par les Caisses d’Epargne (qui disposaient naguère du monopole
de l’épargne populaire défiscalisée) vont à la Caisse des Dépôts la création d’un
pôle financier étatique est un effort qu’il faut couronner. A une finance scandaleusement
soumise au marché mondial, nous allons substituer une finance animée par des banquiers
qui, à l’image des préfets, devront obéir au pouvoir central. Pour me convaincre
définitivement, vous m’avez assuré qu’il n’y aurait aucun problème avec le Comité
de Déontologie au sujet de la compatibilité de ma position actuelle avec cette
fonction future. Il faut en effet compter avec tous les gens mal intentionnés
dans ce pays : l’opposition de gauche et du centre, les syndicats, le MEDEF.
Je vous serais reconnaissant de me mettre à l’abri de ces attaques qui nuisent
à la transparence de cette nomination. Je préfère
garder l’anonymat, et ne pas signer cette lettre – François Bayrou ou quelque
autre ultra-libéral de sa sorte pourrait s’en servir. ppc.
Jacques Garello
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