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En ce Thermidor de l’an II, dans la charrette qui le menait à l’échafaud, Maximilien de ROBESPIERRE entendait les huées de la foule et le cri « Foutu maximum ! ». C’est en effet la loi sur le maximum, c'est-à-dire sur le contrôle des prix, la répression des fraudeurs, agioteurs et spéculateurs, qui a causé la chute du tyran et la fin de la Terreur. Je suis frappé par la terreur médiatique entretenue
aujourd’hui autour de la hausse des prix, et je crains qu’on aille chercher
la même solution que celle de ROBESPIERRE : contrôles, délations,
accusations, haines et révoltes. La France n’a jamais rompu avec l’étatisme,
elle dérive peut-être vers le dirigisme et la planification, en attendant
pire encore. Les prix
de la salade, du jambon, du lait, de l’eau de Javel et des produits
de beauté ont augmenté. Soit. Et après ? Est-ce une affaire d’Etat ? |
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Première
victime désignée : le gouvernement, l’opposition en fait ses choux
gras. Il faut dire qu’en proclamant à tous propos qu’ils allaient améliorer
le pouvoir d’achat, le Président et les ministres se sont inutilement
exposés à la critique. Ils auraient mieux fait d’aller aux sources du
fléau : les charges sociales qui amputent les salaires, les rigidités
du droit du travail qui jouent contre la qualification et la flexibilité. Mais le gouvernement
a vite refilé la patate chaude, il s’est mis à hurler avec les loups et
à désigner des victimes toutes trouvées : les distributeurs. Les
voilà ces pelés, ces galeux d’où venaient tous les maux : ces infâmes
exploiteurs du peuple, comparables aux affameurs de 1792, qui se remplissent
les poches avec des marges immorales expliquées par de grossiers mensonges
comme la hausse des céréales ou du pétrole. Bref, des capitalistes n’obéissant
qu’à la loi du profit. On va donc les inspecter, les contrôler, les rançonner
et peut-être un jour les guillotiner après une rapide et juste condamnation
par les accusateurs public : associations de consommateurs, apôtres
du commerce équitable, planteurs de salades et
marchands de salades, syndicalistes, élus, candidats, journalistes,
etc… Si on laissait
de côté le côté partisan, passionnel, romantique et corporatiste de ces
approches, on pourrait se rendre à quelques évidences. 1° Le budget
alimentation représente en moyenne 13% de la dépense d’un ménage français.
Si les Français ont le sentiment de s’appauvrir, ils pourraient peut-être
chercher ailleurs. 2° Un indice
des prix est une moyenne pondérée, il est conçu à partir de relevés effectués
dans plus de 100.000 points de vente, et portant sur des produits dont
la liste est variable en fonction de la consommation observée au cours
des années précédentes. Aucune association de consommateurs n’est capable
de faire un tel travail. 3° Si le
prix de certains produits alimentaires augmente, d’autres diminuent.
Le consommateur n’en est pas conscient parce que les achats alimentaires
sont quasi quotidiens, tandis que d’autres dépenses sont moins fréquentes :
on est sensible au plein d’essence, mais pas à l’achat d’un fer à repasser,
d’un tee-shirt, d’un billet de train ou d’une voiture. 4° Dans un
marché libre, la hausse des prix excite la concurrence et réoriente
les choix des clients : de nouveaux fournisseurs font leur entrée
sur le marché, et les clients vont acheter ce qui est moins cher. Il
est vrai que lorsque les deux conjoints travaillent il n’y a guère de
temps pour « faire son marché » et bénéficier des bonnes affaires,
mais il y a aussi deux salaires qui rentrent… Fréquenter le commerce
de détail de proximité est souvent plus avantageux, mais paradoxalement
on préfère aller dans les grandes surfaces. 5° Contrairement
à ce qu’on peut penser, le marché sur lequel opèrent les grands distributeurs
n’est pas libre. Les distributeurs se plaignent des pressions que les
cartels de fournisseurs leur font subir, et demandent l’abrogation d’une
législation qui d’une part leur interdit de négocier les prix d’achat
(un même produit doit être vendu partout au même prix) et d’autre part
leur défend de faire profiter leurs clients des « marges arrière »
qu’ils obtiennent des fournisseurs (et qui ne bénéficieront pas au consommateur).
A quand la suppression des lois Royer, Raffarin, Galland, etc ? 6° Dans une
économie de liberté, les prix sont les seuls guides de la production.
Des prix en hausse décèlent des besoins insatisfaits, en baisse ils
traduisent des excédents. Le niveau des prix et la concurrence influent
sur les coûts de production, et orientent les efforts productifs organisés
par les entreprises vers les produits souhaités par la clientèle. Contrôlez
les prix, fixez des prix artificiellement bas ou haut, et tout le système
d’information du marché se boruillera. Quand donc nos énarques et politiciens
apprendront-ils le ba ba du marché et réfléchiront-ils aux
dramatiques échecs du dirigisme et de la planification ?
7° Revenir
au contrôle et à la manipulation des prix, c’est promettre à l’économie
française encore plus de pénuries et de gaspillages, c’est livrer notre
marché aux fournisseurs et commerçants étrangers, en même temps que
c’est encourager la tricherie, la corruption, et l’argent sale vite
gagné. La chasse aux spéculateurs permettra d’installer des guillotines.
Jacques
Garello
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