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L’UNIVERSITE, LE TROISIEME POUVOIR |
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Au Moyen Age, l’Université était considérée, après l’Eglise et le Souverain, comme le troisième pouvoir. La connaissance avait donc le même statut que la religion et la politique. L’Université bénéficiait de privilèges et de franchises, elle accueillait des étudiants venus de différentes « nations ». La Sorbonne était organisée en huit nations. Les grands intellectuels et les grands saints de l’époque ont presque tous fréquenté les Universités. |
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Avec Saint
Thomas d’Aquin, tout le savoir accumulé par des peuples, des traditions et des cultures différentes
se trouve résumé en une Somme qui embrasse théologie, philosophie, droit,
arts et lettres, géographie. Le premier développement de l’Europe est
né dans les Universités, avec l’humanisme chrétien : « Savoir
pour croire, croire pour savoir ». Ce sont évidemment
de vieilles histoires, et Guillaume de Sorbon a dû se retourner dans sa
tombe après l’émeute barbare qui a souillé et dégradé la Sorbonne. Mais,
il avait déjà vécu de telles scènes, un peu moins violentes il est vrai,
en mai 68. C’est dire toute la distance qui sépare l’Université
française actuelle et l’Université Européenne
des XIIème et XIIIème siècles. Aujourd’hui
le savoir n’a plus sa place dans les Universités françaises. Faute de
vrais étudiants, faute de vrais maîtres, grâce à l’Etat,
grâce à la barbarie intellectuelle. Les étudiants ?
La plupart d’entre eux sont dépassés et désorientés. Dépassés parce qu’ils
traînent l’ignorance lentement acquise depuis leur entrée à l’école. Il
n’y a pas de sélection, tout titulaire du baccalauréat (et ils sont légion !)
a librement accès à l’Université, devenue parking
en attente de chômage. Voilà pourquoi les meilleurs vont dans les classes
préparatoires puis les grandes écoles. Il n’y a pas davantage d’orientation,
parce que les diplômes sont sans valeur, et que les études n’apprennent
rien des choses importantes de la vie en société : le travail, l’honnêteté,
le respect des autres. Comme le droit du travail et la politique « sociale »
leur ferment la première embauche, l’angoisse de l’emploi étreint ces
jeunes gens et jeunes filles qui ont confusément le sentiment d’avoir
manqué leur entrée dans leur vie. On débute par un échec. Les maîtres ?
Voilà bien longtemps qu’en majorité ils n’ont plus rien à apprendre, parce
qu’íls ne savent plus rien. Eux-mêmes sous-produits
de l’Université de 1968, ils savent que leur
carrière dépend non de la qualité de leurs cours mais de leurs accointances
avec les nouveaux seigneurs. La loi Edgar Faure (1969) a introduit la
« démocratie » et « l’auto-gestion »
dans les structures universitaires. Conseils d’administration, commissions
scientifiques, Conseil National des Universités, sont donc devenus des
instances politisées, où le jeu des alliances, le népotisme, le syndicalisme,
portent au sommet des carriéristes médiocres. En atteste la
position des Présidents d’Université dans la
crise actuelle. Les vrais maîtres, depuis longtemps, ont renoncé ou fui.
Les nouveaux seigneurs sont experts en tenues d’assemblées, en tractation
de couloirs, ils passent plus d’heures dans les salles de réunions que
dans les amphithéâtres. Le statut de la fonction publique les met à l’abri
de toute concurrence, donc de toute compétence ; professeurs à vie,
maîtres de conférence à vie, chercheurs à vie. La séparation entre enseignement
et recherche est maintenant consommée, comme naguère en Union Soviétique :
les enseignants ne font pas de recherche, les chercheurs n’enseignent
pas, et ne trouvent pas. L’Etat ? Il en fait tant pour les universités ! Les
budgets alloués sont astronomiques, l’étudiant français est un de ceux
qui coûtent le plus cher au monde. Mais l’argent va à des bureaucrates
en surnombre, à des installations somptuaires ou inutiles, au fonctionnement
de structures parallèles, d’instituts et de centres incontrôlés. L’Etat offre la gratuité, de sorte que le diplôme devient un
« droit social » dans l’esprit des étudiants, dont certains
voudraient aussi un salaire (revendication permanente de l’UNEF depuis
cinquante ans). Inutile de rendre l’usager du service public responsable
de ses études et de ses résultats : tout est dû. Il est hors de question
que l’Etat laisse place à des initiatives privées, voire même à
une concurrence entre facultés publiques : l’Etat
conserve le « monopole de la collation des grades », les diplômes
sont donc nationaux, aucune discrimination n’est possible, ni aucune comparaison.
Une Université privée n’a aucune chance de se développer, même s’il est
légal d’en créer : comment attirerait-elle des chalands obligés de
payer leurs études alors que dans le public tout est gratuit ? Il
y a pourtant une vraie demande pour la diversité et l’excellence, comme
en atteste le succès de quelques instituts supérieurs à vocation commerciale
ou technique. La barbarie
intellectuelle ? Elle est omniprésente, plus facile à diffuser dans
un public affaibli par l’ignorance et la peur du lendemain. Les marchands
de peur s’en donnent à coeur joie : demain le chômage, demain la
précarité, demain l’exploitation. Inutile de dire que l’idéologie barbare
est celle de la lutte des classes : l’emploi est désiré, mais pas
l’employeur, ce patron tyrannique ; l’emploi
est souhaité, mais pas le travail et la productivité qu’il suppose.
Tout cela est évidemment provoqué, accompagné, organisé par la gauche,
depuis la gauche socialiste qui veut affaiblir le gouvernement et faire
partager son utopie, jusqu’à la gauche trotskyste qui est toujours en
quête de révolution globale, en passant par la gauche communiste, qui
prend dans les universités la revanche de ses mécomptes électoraux. Les
syndicats sont évidemment là pour accompagner l’émeute. Dans ces
conditions, on finit par s’émouvoir du sort de la masse des étudiants,
qui ont le choix entre perdre leur temps, subir la manipulation, se préparer
au chômage ou fuir le système – à l’étranger. Qui se proposera de les
libérer, de leur donner leur vraie chance – comme celle qu’ont eue leurs
aînés avant 1968 ? Les remèdes sont pourtant simples, ici comme ailleurs :
privatisation, concurrence, ouverture, adaptation, responsabilité. Il
est temps de redonner à l’Université sinon son
pouvoir au moins sa dignité, qui est celle de dispenser le savoir
et de développer les valeurs morales nécessaires à le cultiver et à le
maîtriser. Jacques
Garello
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