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Trois ateliers, préparés et présentés par
deux intellectuels de qualité, Philippe MANIERE (naguère grand prix du
Livre Libéral) et Jacques MARSEILLE (un excellent économiste, volontiers
politiquement incorrect), ont été consacrés à la mondialisation, à la
simplification, et aux institutions. Leur approche est pertinente :
la mondialisation, qu’il faut vivre comme une chance, requiert d’en finir
avec la bureaucratie, mais le dépoussiérage de l’environnement réglementaire
et social des entreprises ne peut se faire sans un changement institutionnel
profond, en particulier en rééquilibrant les pouvoirs. Il faut donner
au Parlement un rôle actif et cesser de le transformer, comme c’est le
cas depuis cinq ans (et sans doute plus longtemps), en chambre d’enregistrement
d’une législation pléthorique et liberticide.
Je me réjouis de voir s’affirmer ainsi un
tel courant de pensée au sein de la société politique française, d’autant
plus que le groupe de Génération Entreprise créé par Olivier DASSAULT
et Jean Michel FOURGOUS converge avec l’orientation des Réformateurs.
En ce mois de giboulées, c’est donc peut-être
le printemps qui s’annonce.
Mais une hirondelle ne fait pas le printemps,
et je voudrais rappeler quelques évidences.
Nos Réformateurs, dans les mois à venir,
ne pourront progresser qu’en respectant trois impératifs : rupture,
programme, écoute.
Rupture : un courant libéral, c’est mieux
que rien, mais il ne compense pas à lui seul l’absence d’un parti ni d’un
leader. De toutes les démocraties au monde, seule la France est
orpheline d’expression politique libérale. Certes les jeunes issus de
Liberté Chérie se lancent dans l’aventure d’un nouveau parti, Alternative
Libérale, mais si l’on connaît leur enthousiasme et leur courage, il est
trop tôt pour estimer les chances de leur aventure. Naguère les espoirs
mis dans Idées Action, puis dans Démocratie Libérale, puis dans la candidature
d’Alain MADELIN, se sont évanouis, étouffés par le système politique en
place. Pour leur part, les Réformateurs ne constituent pas un parti, puisqu’ils
ne se proposent pas de rompre avec l’UMP, qui
n’a aucune consistance intellectuelle ni même électorale. Le leader n’est
pas, ou n’est pas encore, Nicolas SARKOZY, dont les discours de « rupture »
sont d’une tonalité assez conservatrice, puisqu’il agrémente ses proclamations
libérales de références à des idées à l’opposé, comme le patriotisme économique,
la discrimination positive, le renforcement de l’exécutif, etc. Pour ceux qui veulent réellement lire, il n’est pas,
ou pas encore, lisible. Il devrait méditer à l’erreur de MADELIN qui a
voulu être libéral en évitant les pièges de « l’ultra-libéralisme »
et novateur sans renier son appartenance à la droite chiraquienne. En
d’autres termes, je tremble que les bonnes dispositions de nos Réformateurs,
de l’UMP et de SARKOZY ne s’évanouissent devant les contraintes
des joutes électorales à venir. Chat échaudé craint l’eau froide.
Programme : la meilleure façon de rendre
la rupture véritable est de dire aux électeurs ce que l’on a l’intention
de faire. Personnellement j’attends nos hommes politiques sur trois points
stratégiques : la Sécurité Sociale, l’Education
Nationale, les Finances Publiques. Il n’en a pas été question au cours
de cette réunion, si ce n’est de façon allusive, ou dans le témoignage
de quelques invités de l’étranger et du monde économique. Je reconnais
que nous avons eu dans le passé des programmes
de gouvernement à faire pâlir les plus extrêmes des ultra-libéraux : la
France aurait connu une véritable révolution si les mesures proposées
en 1986, 1988 et 1993 avaient été appliquées. En 1995 et 2002 l’impasse
a été faite sur le programme, on est entré dans l’ère du pragmatisme.
Il y a vingt ans, on faisait des promesses électoralement payantes et
on ne les tenait pas, aujourd’hui on ne fait plus de promesse, c’est électoralement
gênant. La démocratie française résiste difficilement à ces moeurs politiques.
Le discrédit qui frappe nos dirigeants et notre classe politique est à
son sommet.
Ecoute : pour établir un programme, et
surtout pour le respecter, la société politique doit être à l’écoute de
la société civile. Réunir et motiver des parlementaires, c’est bien, mais
ce n’est pas une solution globale. La révolte des godillots est sympathique,
trouver des parlementaires qui veulent retrouver dignité et responsabilité,
c’est un progrès. Mais que nos amis n’oublient pas que le système se réforme
seulement de l’intérieur. Ils doivent être à l’écoute des Français, de
cette « France du bas » dont on parle beaucoup mais que l’on
ignore encore plus. Evidemment la société civile, de son côté, doit oser
prendre l’initiative et dire ses préférences. J’ai pronostiqué au cours
de la dernière Université d’Eté « le réveil de la société civile », et je me
suis promis d’accompagner ce réveil, avec le concours de tous ceux qui
à l’heure actuelle s’efforcent de dire la vérité aux Français, de leur
faire connaître le chemin emprunté par les pays étrangers qui ont réussi.
Ces bonnes volontés sont en train de se reconnaître, de s’enrichir de
leurs expériences et talents divers, et je crois que cette coordination
portera ses fruits dans les mois à venir. L’intention des libéraux n’est
donc pas de venir grossir les rangs d’une société politique au pire décomposée,
au mieux convalescente. Elle est d’alerter l’opinion publique sur les
erreurs présentes et de l’éclairer sur les réformes profondes à réaliser.
Puissent les parlementaires réformateurs, et les autres, nous entendre
complètement, et s’occuper de réformes qui ne concernent pas uniquement
le Parlement !
Jacques Garello
Le 13 Mars 2005
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