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Les choses
vont se corser, et un véritable scandale va éclater, parce que le jury
de ce concours est présidé par Pascal SALIN, qu’il est inutile de vous
présenter. Le choix de Pascal SALIN par le ministère n’est pas dû au hasard :
la tradition veut que ce soit le professeur « le plus ancien dans
le grade le plus élevé » qui soit retenu pour présider le jury, elle
suggère aussi qu’entre concours il y ait une alternance entre présidents
issus d’une université de Paris et d’une université de province. Il est
également de tradition que le président compose librement son jury puis
le présente au ministère. Pascal SALIN a donc choisi six économistes pour
l’assister dans sa mission.
Cherchez
l’erreur ! Le président et la plupart des membres de ce jury ont
la détestable réputation d’être des « ultralibéraux ». Voilà
le premier objet de scandale : depuis des lustres les jurys ont été
au mieux keynésiens et au pire marxistes, et d’entrée de jeu la vieille
garde des anti-libéraux va contester le jury. Dès le mois de novembre,
le Conseil National des Universités, dominé par le Snesup
et autres syndiqués d’extrême gauche, émet un vote (à une voix de majorité
il est vrai) de défiance à l’égard du jury.
Le CNU
avait vu juste. Il y a deux semaines, le jury a fait connaître sa première
sélection et, comme on s’y attendait, il n’a pu s’empêcher de sélectionner
des candidats libéraux. La proportion est spectaculaire : les redresseurs
de torts ont dénombré six candidats de cette obédience sur quarante admissibles.
Voilà de quoi déchaîner les passions et multiplier les protestations.
Un libelle signé de deux professeurs inconnus, mais qui vont désormais
passer à la postérité pour leur contribution scientifique, va circuler
sur internet, pour être fidèlement repris d’abord par France Culture
(vendredi 20), ensuite par Libération (mardi 24) puis par Le Monde (jeudi
25). L’argumentation est simple : le jury est non seulement partial
(puisque libéral) mais aussi incompétent. Quelques sous-économistes
sous-professeurs vont s’ériger en censeurs et
alerter l’opinion publique sur les dérives du concours d’agrégation, allant
même (ravissement suprême pour moi) jusqu’à remettre en cause le monopole
de l’Education Nationale et à citer Bastiat (mais oui !) à
l’appui de leur critique. Avec la fraîcheur d’âme qui le caractérise,
le dénommé Thomas Piketty, éditorialiste à Libération,
soutient que la planification est une chose exécrable quand le planificateur
est mauvais. Je traduis : le monopole du recrutement par l’Etat est une bonne chose quand le jury est bon (c’est à dire
hostile au libéralisme), mais une chose exécrable quand le jury est mauvais,
et celui-ci l’est assurément.
Le plus extraordinaire de l’affaire demeure
malgré tout la condamnation du jury au prétexte
que quatre de ses membres appartiennent à la Société du Mont Pèlerin.
Pour ceux qui l’ignoreraient, les pétitionnaires et journalistes précisent
que cette Société a été fondée par HAYEK et que ses membres trouvent « dangereuse
l’expansion des gouvernements et pas seulement dans le domaine de la protection
sociale ». Vous aurez compris le pêché de ces Pèlerins-là :
ils critiquent l’Etat ! Je m’honore d’appartenir
à cette Société, dont Pascal SALIN a été le président en 1994-1996. Et
la raison de ma fierté est bien simple : cette Société, qui compte
quatre cents membres économistes, philosophes, historiens, juristes, sociologues
qui ont en commun de prôner les idées de la liberté, a donné huit prix
Nobel d’Economie (dont HAYEK lui-même, ainsi que l’un des tout derniers
Vernon SMITH). Ces libéraux
ont fait réaliser à la science économique les plus grands progrès du siècle dernier :
analyse des crises économiques (Hayek), de l’inflation (Hayek, Friedman),
des décisions publiques (Buchanan), du capital humain (Friedman, Becker),
de l’information (Stiegler, Becker), des institutions
(Hayek, North). Pendant ce temps, les keynésiens
chantaient les louanges des déficits publics, du dirigisme économique,
du protectionnisme, Samuelson prévoyait le succès de la planification
soviétique, Myrdal conseillait au Tiers Monde de « planifier pour
se développer ». On peut réellement se demander de quel côté se trouve
la science économique !
A titre
anecdotique, je signale pour terminer que, non contents d’appartenir à
la Société du Mont Pèlerin, le président et trois autres membres de ce
jury commettent l’infamie d’être administrateurs de l’ALEPS,
voire même de Génération Libérale, et d’avoir participé à l’Université
d’Eté, notamment celle qui a marqué le bicentenaire
de la naissance de Bastiat : cela leur est publiquement reproché.
Quant aux
candidats, les six sélectionnés, les pauvres, ils ne devraient leur promotion
qu’au fait d’enseigner à Aix, ou encore d’écrire n’importe quoi pourvu
que ce soit dans des revues libérales. Ce sont des libéraux, des demeurés,
des ennemis de classe.
Qui oserait
parler de terrorisme intellectuel ?
Jacques
Garello
Le 1er Mars 2004
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