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ET APRES ? |
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J’écris cet éditorial au risque d’être décalé quand
vous le lirez. A cette heure, on ne sait pas grand
chose de la façon dont les opérations militaires vont se dérouler. Si
le succès des Américains ne laisse globalement aucun doute, on ne peut
faire l’impasse sur les surprises que ménage cette guerre d’un type nouveau
– à tous points de vue. |
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Supposons
donc que l’attaque menée par Georges BUSH et ses alliés soit une réussite,
totale ou partielle, instantanée ou presque. Que se passera-t-il après ?
Si les prévisions économiques sont relativement faciles, les suites politiques
sont encore aléatoires. Les Bourses
ont réagi positivement à l’ultimatum de Mardi. Elles peuvent se tromper,
mais c’est un signe : aussitôt l’horizon militaire éclairci, tout
le monde pariera sur une reprise spectaculaire de la croissance mondiale.
Le potentiel productif est aujourd’hui étouffé : par le bruit de
bottes qui atteint certains secteurs comme le tourisme et le transport
aérien, par le coût du pétrole, par les pertes subies par les épargnants
qui reconstituent aujourd’hui leurs réserves. Si la pression se relâche,
ce potentiel se libérera très rapidement, pour peu que les entreprises
et les échanges reprennent leur liberté. Ici va se creuser un fossé entre
des pays à modèle anglo-saxon qui n’ont rien perdu de leur souplesse,
où les gens sont motivés pour travailler, investir et entreprendre, et
les pays à modèle rhénan incapables de suivre un rythme plus rapide, prisonniers
de leur secteur public, de leur législation du travail et de leur Etat-Providence.
De sorte que si le train de la croissance redémarre, beaucoup vont le
rater ; la France, l’Allemagne et la Russie auront perdu dans la
course économique ; des millions de chômeurs et une inflation non
maîtrisée menaceront la vieille Europe. Auront-ils
gagné la course diplomatique ? Leur pari en faveur de l’ONU sera-t-il
tenu ? Tout dépend sans doute de ce qui se passera dans la zone concernée.
La meilleure des hypothèses est celle de l’instauration en Irak d’un régime
démocratique (ou à tout le moins respectueux des droits individuels),
d’une résignation durable de l’Arabie Saoudite et d’une paix négociée
entre Israël et des Palestiniens débarrassés d’Arafat. Dans ce cas la
diplomatie américaine aurait atteint son objectif de « réorganisation »
du Moyen Orient et, en dépit des protestations « anti-unilatéralistes »
de certains, les Etats-Unis seraient confirmés dans leur rôle de gardien
de la liberté et de la démocratie, l’ONU perdant désormais tout crédit
(et tous moyens). La pire des hypothèses serait un déchaînement des rivalités
ethniques, religieuses, économiques. Le Moyen Orient embrasé nous trouverait
dans une situation explosive. Les Américains ayant joué aux apprentis
sorciers, l’ONU reprendrait quelque utilité et crédibilité mais que pourrait-elle
faire sans les Etats-Unis ? Enfin l’hypothèse moyenne serait celle
d’une neutralisation provisoire des tensions au Moyen-Orient, chacun cherchant
à reprendre son rang, sous l’oeil plus ou moins vigilant de la Communauté
internationale qui aurait refait un semblant d’unité autour de l’ONU.
Les « tièdes » imposeraient leur pusillanimité, et d’autres
foyers de violence agités par d’autres dictateurs s’allumeraient tôt ou
tard. C’est le scénario vécu depuis 1992, après la guerre du Golfe. Voilà
des raisons suffisantes, me semble-t-il, pour souhaiter un dénouement
favorable à la libération du peuple irakien, et à la mise au pas des princes
saoudiens. Rapprochons
maintenant les perspectives économiques et politiques. Il est certain
qu’il y a un décalage inéluctable entre le rythme de la vie économique
très rapide, et celui de la diplomatie et des institutions politiques,
bien plus lent. Une économie mondiale en croissance pourrait se laisser
rattraper par une incertitude politique majeure. A l’inverse, la stabilisation
du Moyen Orient vaudrait des années de prospérité à ceux qui ont choisi
la liberté. Au fait, quel est le choix des dirigeants français ?
On le saura ... après. Jacques
Garello
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