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LA JEUNE EUROPE |
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« Vaclav KLAUS, l’eurosceptique, élu président ».
Ce titre du Figaro Samedi dernier a été à ma connaissance le seul écho
notable d’un événement important, surtout dans la conjoncture internationale
actuelle. En dehors du Figaro, nos autres grands de la presse écrite et
de la télévision étaient sans doute trop occupés à vanter les mérites
de Jacques CHIRAC, le « premier Président français à se rendre en
visite officielle en Algérie » – surprenant quand on sait que GISCARD
d’abord, MITTERRAND ensuite, s’étaient rendus à Alger : incognito ?
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Quel rapport
entre les deux évènements, l’un passé inaperçu et l’autre trop aperçu ?
J’y vois
le symbole de deux Europe : la vieille, celle qu’interpellait naguère
Donald RUMSFELD, et la jeune, celle qui montre réellement la voie d’une
renaissance européenne, en effet sceptique à l’égard de l’Union Européenne,
non sans raison. La vieille
se manifeste aujourd’hui avec l’alliance France-Allemagne-Russie,
fermement opposée aux Etats Unis. Ira-t-on jusqu’au veto ? Cette
alliance nous ramène quelques années en arrière, quand la France gaullienne
privilégiait ses relations avec l’URSS, quand Willy Brandt conduisait
l’Ostpolitik. Comme jadis,
la diplomatie française poursuit la chimère d’organiser et de diriger
un bloc des « non-alignés ». Le discours d’Oran fait écho à
celui de Phnom Pen. Depuis la chute du mur
de Berlin, il y a une place à prendre : le leadership de l’anti-américanisme.
Pour cela on ne regarde pas au détail : on flatte dans le sens du
poil le tiers-mondisme, aujourd’hui rebaptisé « développement durable »,
on transforme les dictateurs africains en interlocuteurs valables, on
ferme les yeux sur les atteintes aux droits de l’homme et sur le terrorisme.
L’émergence
de la Russie sur la scène mondiale est plus inattendue. Ce pays est en
pleine décomposition sociale et économique, il est toujours entre les
mains de la nomenklatura reconvertie en mafia, il rêve de reconstituer
l’empire récemment éclaté et écrase les peuples rebelles. Cinquante ans
après sa mort, Staline est toujours vivant : Poutine y veille. Quant à l’Allemagne,
elle est malade de l’héritage communiste. Elle est gouvernée avec les
nostalgiques de la RDA, les Rouges purs présents dans la vie publique,
et les Rouges repeints en Verts, qui permettent à SCHROEDER de garder
un pouvoir conquis de justesse par une propagande pro-irakienne
et anti-israélienne. On me dira
que je suis un nostalgique de la guerre froide, et que le dragon communiste
est définitivement terrassé. Mais j’observe que l’argumentaire n’a pas
changé : contre le capitalisme, contre le marché destructeur de la
nature et de la morale, pour la libération des peuples opprimés par l’impérialisme.
Fort heureusement, les moyens à la disposition des ennemis de la liberté
sont aujourd’hui dérisoires. Le Saint Michel qui a terrassé le dragon
a eu pour nom Ronald REAGAN : une raison de plus pour être anti-américain.
La France et l’Allemagne traînent leur chômage et leurs déficits, le goût
et le respect du travail, de l’entreprise et de l’épargne se sont perdus,
tandis que la Russie ne survit que par l’exportation de son pétrole et
de ses ressources naturelles – comme un vulgaire pays du Tiers Monde.
Oui, cette Europe-là est vieille, et pour masquer sa vétusté et son impuissance
elle se projette dans une Union qui n’a d’autre intérêt que de recaser
les politiciens retoqués par leurs électeurs,
de réhabiliter un instant une classe politique discréditée. Dans ces
conditions, on comprend l’« Euroscepticisme »
de Vaclav KLAUS. Cet économiste libéral, membre de la Société du Mont
Pèlerin, disciple de HAYEK, a été le père du « miracle tchèque ».
Pratiquant la « thérapie de choc » alors que d’autres préféraient
le « gradualisme » ce Ministre de l’économie, devenu Premier
Ministre en 1992, a stoppé l’inflation, privatisé massivement, réussi
la séparation des Républiques Tchèque et Slovaque, sans heurt majeur,
sans « règlement de comptes » avec l’ancien régime, mais aussi
sans concession aux hiérarques du Parti. En moins de dix ans, les Tchèques
ont retrouvé le niveau de vie qu’ils avaient ...en 1938, et aujourd’hui
ils se trouvent dans le peloton des pays riches européens. Prenant sa
revanche sur les sociaux-démocrates qui l’avaient éliminé en 1998, Vaclav
KLAUS succède ainsi à Vaclav HAVEL. Sa conception
de l’Europe ? Un espace de libre circulation, de libre échange, coordonné
par le marché et les entreprises privées. Une Europe pour les Européens,
pas pour les politiciens ni les eurocrates. Une Europe ouverte sur tous
les continents, et non pas une forteresse à l’abri de la mondialisation.
Une Europe avec des structures légères, sans fiscalité, avec un simple
appareil juridique propre à instaurer et faire respecter l’état de droit.
Il a d’ailleurs eu l’occasion de développer sa vision européenne au cours
de sa conférence inaugurale de notre vingt-cinquième Université d’Eté
de la Nouvelle Economie à Aix, l’été dernier. Avec les Hongrois, les Polonais,
les Slovènes, les Baltes et bientôt les Bulgares, les Tchèques rejoignent
Italiens, Espagnols, Autrichiens, Hollandais, Irlandais, Luxembourgeois
et bien sûr les Anglais dans ce modèle qualifié d’« Anglo-saxon »
qui n’est en fait que le modèle « néo-libéral » tant honni par
la pensée unique française. Pour une raison et une seule : ce « modèle »
a réussi, tandis que les utopies socialistes ont échoué, tout comme s’est
effondré le mythe de la « troisième voie » dont Vaclav KLAUS
a dit « la troisième voie est une impasse » (Third
way is no way).
La vieille Europe est dans l’impasse. Vaclav KLAUS et l’autre Europe,
la nouvelle, ont choisi la route de la liberté. Jacques
Garello
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