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Mardi Gras est passé, la chrétienté
entre en Carême, le temps du carnaval se termine. Le carnaval a quelque chose de fascinant. C’est une fête, marquée par l’insouciance et la folie : tout semble permis. C’est une fête masquée, qui autorise l’anonymat, l’irresponsabilité : l’impunité est garantie. Par contraste c’est une fête brillante, où il est fait étalage de la beauté, avec masques sophistiqués, costumes dorés et plumes colorées : l’important est de paraître. Mais c’est aussi une fête éphémère : elle est le chant du cygne, la dernière récréation que les carnavaliers s’autorisent avant de plonger dans un carême qui a pour objectifs de retrouver le chemin du salut, de changer les comportements et les cœurs afin de parvenir à la plénitude de sa foi, de son espérance et de sa charité. Le carnaval est donc plus
qu’un symbole : il fait partie de la réalité humaine. Il correspond
au processus d’essais et d’erreurs à travers lequel progressent la connaissance
et le progrès qu’elle induit. Il est aisé de voir dans le carnaval le reflet de la société politique française. En France, c’est la fête.
L’Etat vit au dessus de ses moyens. Qu’importent les déficits, qu’importe
la dette. Les lycéens jouent du couteau. Les enseignants font valoir leur
« droit de retrait » : c’est n’importe quoi. Les usines
sont occupées, les dirigeants séquestrés : banalité. Les syndicats
sont autorisés à bloquer la vie du pays. Dans la rue et à la télé, les
drapeaux sont rouges et frappés du sigle de La fête française est masquée.
L’administration est un haut lieu d’irresponsabilité. Le budget est un
document incompréhensible, les déficits votés ne sont jamais ceux qui
apparaissent en fin d’année ; il est plus facile d’annoncer 50 milliards
et de faire 145. Les comptes de Pourtant la fête est brillante.
Les dirigeants de la majorité et de l’opposition excellent dans l’art
de paraître. L’activité débordante du Président donne le tournis, et persuade
le peuple qu’il n’y a jamais eu autant de réformes dans l’histoire de
Combien de temps va-t-on ainsi continuer à faire la fête ? Les flons flons s’éloignent, les allées naguère pleines de drapeaux, de militants, commencent à se vider, le char de l’Etat fait de carton pâte s’affaisse aux premières pluies. « L’Etat français est
en faillite » avait diagnostiqué avec lucidité et courage François
Fillon au tout début de son arrivée à Matignon. La situation de nos finances
publiques, de notre fonction publique, de notre ordre public, de notre
éducation publique, n’a fait qu’empirer depuis lors. Aujourd’hui l’Etat
français, naguère roi du Carnaval, a perdu tout crédit, toute maîtrise
mais il veut toujours faire illusion. Dans la plupart des pays, peut-être même aux Etats-Unis, où le carnaval Obama n’a rien eu à envier à celui de Rio, on a compris que la fête est finie, que le temps du carnaval est révolu, et qu’il faut se mettre en Carême. C’est d’ailleurs ce que les Européens ont exigé des Grecs pour leur tendre une main secourable. Mais la plupart des pays de l’Union, bien ou mal portants, se décident enfin eux-mêmes à revoir de fond en comble leurs propres politiques. Pendant combien de temps serons-nous bernés par « l’exception française », et allons-nous continuer à nous amuser comme des fous, tandis que les autres exorcisent leurs vieux démons dirigistes ? Ce carême sera utopie si les esprits et les comportements ne changent pas. Certains dans le pays continuent à se croire au carnaval alors que la fête est finie depuis longtemps ; ils obligent ainsi le reste de la population à sacrifier son présent mais aussi son avenir et celui des enfants. Il faut les faire descendre de leurs chars, et les amener à remettre les pieds sur terre. Après des périodes d’égarement, il y a quelque joie à renouer avec la réalité et la vérité, à retrouver une « force tranquille ». Offrons cette joie à nos derniers fêtards. Jacques Garello Le
22 février 2010
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