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| Les
soucis du quotidien français et la conjoncture économique nous amènent à négliger
parfois des problèmes plus fondamentaux et plus inquiétants à terme. Pourtant
certains évènements nous invitent à revenir à l’essentiel. C’est
le cas, me semble-t-il, du nouveau défi qu’Ahmadinejad
a lancé au monde occidental en annonçant, au début de la semaine, le démarrage
de la production d’uranium enrichi. Mes compétences en la matière ne sont pas
celles d’un stratège, ni d’un diplomate, mais plus modestement celles d’un économiste
et d’un historien libéral. Je
n’ai pas la moindre compétence de stratège, en conséquence je ne m’interrogerai
pas, comme le font certains, sur l’importance du danger représenté par la perspective
d’une arme nucléaire iranienne. Après tout, d’autres pays sont en possession d’armes
de destruction massive et cela n’a pas ameuté l’opinion publique. Pendant quelques
années, après la fin de la guerre froide, on a pu espérer que des accords internationaux
permettraient le désarmement nucléaire progressif. Mais aujourd’hui, le nombre
d’Etats susceptibles d’user de ces armes augmente sans cesse. Les Occidentaux
et leurs amis seraient-ils les seuls à pouvoir détenir à bon droit des armes nucléaires ?
Je ne connais pas la réponse. Je
ne suis pas diplomate, donc je ne m’interrogerai pas non plus sur l’attitude qui
s’impose à l’égard de l’Iran ou des autres « Etats voyous », qui recourent
au terrorisme mais, pire encore, nous promettent l’apocalypse nucléaire. Je constate
simplement que la diplomatie de la main tendue n’a jamais donné de résultats autres
que catastrophiques dans le passé. L’esprit de Munich soufflerait-il sur la diplomatie
occidentale ? La première victoire de Hitler a été diplomatique, quand il
a compris que les Alliés étaient divisés et apeurés, quand il a scellé le pacte
germano-soviétique unissant nazis et communistes jusqu’en 1941. Par contraste
c’est bien la « guerre des étoiles » qui a permis à Ronald Reagan d’imposer
la paix à l’Union Soviétique. La lisibilité, la cohérence me semblent indispensables
à toute diplomatie. Sont-elles suffisantes aujourd’hui ? Y a-t-il seulement
une diplomatie et qui la définit? Je ne connais pas la réponse. Ces
interrogations sur la stratégie et la diplomatie m’inspirent donc quelques doutes,
et bien entendu je ne peux m’en remettre à l’ONU et autres machins internationaux
pour régler quoi que ce soit. Nous voici désemparés au moment où nous entendons
hurler les sirènes d’alerte à la barbarie. Nous
n’assistons pas, comme le disait Huntington, à un « choc des civilisations »,
entre la civilisation occidentale et quelque civilisation venue d’ailleurs. La
civilisation s’entend d’un système de valeurs qui permet aux hommes de vivre harmonieusement
au sein de la cité, parce que leurs relations sont réglées par les droits individuels,
le respect de la vie, de la liberté et de la propriété. La civilisation est ordonnée
à la dignité de la personne humaine. Elle a eu du mal à se frayer un chemin dans
l’histoire de l’humanité, et l’Occident lui-même l’a reniée plusieurs fois, et
naguère au XXème siècle, avec les génocides, holocaustes,
fruits des totalitarismes communistes et nazis. C’est
dire que la défense de la civilisation exige une vigilance permanente, car la
barbarie renaît sans cesse de ses cendres. Périodiquement des sociétés tombent
aux mains d’une minorité qui impose la violence, la terreur, le collectivisme
et le totalitarisme. Périodiquement les droits individuels sont violés, et comme
en Iran les tribunaux révolutionnaires emprisonnent et exécutent, les libertés
publiques sont supprimées, les exactions et les humiliations, contre les femmes
en particulier, sont multipliées. Ahmadinejad a inventé le crime suprême de « moharebeh »,
qui signifie rébellion armée contre Dieu, qui appelle évidemment le châtiment
suprême. Aujourd’hui nous sommes donc réellement les témoins mais aussi les victimes
d’un nouvel embrasement barbare. Et le vrai choc auquel nous assistons n’est pas
entre civilisations, mais entre civilisation et barbarie, entre des valeurs universelles
et éternelles d’une part et d’autre part des entreprises de destruction de l’humanité,
guidées par la haine et le fanatisme. Comment
contenir, sinon convertir, les barbares ? L’économie
et l’histoire se conjoignent pour affirmer que ce sont les périodes de libre échange,
de communication, d’ouverture, qui ont permis à la civilisation de mûrir et de
se diffuser. Il me semble donc que le premier acte contre les barbares est de
reconstruire la famille humaine à travers la mondialisation. Les anti-mondialistes,
les alter-mondialistes, font donc le jeu des barbares
en répandant un message de lutte des classes au niveau mondial, en opposant le
Nord et le Sud, les riches et les pauvres, les dominants et les dominés. Les barbares
ne sont pas seulement à Téhéran ou dans les montagnes de l’Afghanistan, ils sont
aussi dans les rues de Paris. La
deuxième parade contre la barbarie est d’affirmer avec fierté les valeurs de la
civilisation. Le barbare n’a que mépris pour ceux qui ne croient en rien. Au prétexte
de tolérance ou de relativisme trop de guides de l’opinion en Occident ont nié
la vérité humaine. S’il n’y a pas de vérité, si tout se vaut, rien ne vaut. Croyons-nous,
oui ou non, à la nécessaire reconnaissance de la liberté et de la dignité de l’être
humain ? Croyons-nous, oui ou non, à l’état de droit ? Croyons-nous,
oui on non, à la solidarité créée par l’échange, le contrat ? Croyons-nous
au libre partage du progrès ? Encore
ne suffit-il pas de croire, il faut aussi pratiquer. Et ici la pratique de certains,
notamment dans les milieux dirigeants et influents, est celle du mépris des règles,
du reniement des engagements, de l’appétit de pouvoir. Il est de la responsabilité
personnelle de chacun des citoyens de se comporter en civilisé, d’honorer et de
cultiver les valeurs de la civilisation. On l’a dit, on l’a vu : la crise
que nous traversons aujourd’hui n’est pas tant financière ou économique que morale.
Quand l’éthique, quand le sens du bien et du mal, se perd dans des esprits mal
éduqués, mal informés, la civilisation fait place à la barbarie, et la place est nette pour les barbares. Comme
beaucoup d’entre vous, je ne sais pas ce qu’il faudrait faire pour en finir avec
Ahmadinejad, avec le terrorisme, avec les armes de destruction
massive. Mais je sais ce qu’il ne faut pas faire : nous comporter nous-mêmes
en barbares, ou montrer de l’indifférence ou de la complicité à l’égard de la
barbarie. J’ai bon espoir que nous nous épargnerons l’apocalypse que nous promettent
les barbares en retrouvant les valeurs de la liberté. Partagerez-vous mon espoir ? Jacques
Garello Le
15 février 2010
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