![]() | ||||||||||||
| La
rencontre télévisée entre le Président de Je ne partage pas cette opinion, la prestation du président a été très intéressante, mais tout aussi révélatrice l’émission « Mots Croisés » sur France 2 qui l’a suivie, avec Laurence Parisot, Laurent Fabius, Xavier Bertrand, François Chérèque, Yves Thréard (Le Figaro) et Thomas Legrand (France Inter). Avec beaucoup de conscience professionnelle, je me suis astreint à rester devant mon poste de télé, plume en main, de 20 heures à minuit. Je veux bien admettre
que le style et le contenu de l’exercice présidentiel n’étaient pas nouveaux.
Le style brillant, adroit, de quelqu’un qui connaît ses dossiers (ceux du moins
qui circulent dans les milieux officiels), et qui a su garder son calme face aux
agressions du cégétiste de service qui n’a cessé de mettre en accusation « les
actionnaires ». La rhétorique présidentielle fait merveille, mais on le savait
déjà. On savait déjà aussi que le Président se montrerait très satisfait de ce
qu’il a fait depuis deux ans. Tout a été prévu, en matière de chômage, de croissance,
de statut des enseignants, ou des hospitaliers, de l’université, de la violence
dans les banlieues, des délocalisations, de la moralisation des banques, de la
fiscalité, de la taxe carbone pour sauver la planète, de la suppression de la
taxe professionnelle, etc. Ce gouvernement a fait bien plus que tous les précédents,
et Ces
litanies pouvaient engendrer l’ennui, mais quelques formules à l’emporte-pièce
m’ont parfois sorti de la torpeur. Les unes surprenantes. Par exemple, à propos
de la taxe carbone, le protectionnisme européen a pris dans la bouche du Prédisent
le nom de « rééquilibrage de la concurrence aux frontières de l’Europe »
- il fallait l’inventer. Il fallait oser dire à propos des chiffres du pouvoir
d’achat ou du chômage : « Peu importent les statistiques, la réalité
est là ». Enfin, dans la partie de dialogue avec Laurence Ferrari, j’ai bien
aimé que le Président ait clos le bec de la charmante présentatrice, qui se révoltait
contre les écarts de salaires entre patrons et smicards, en lui demandant combien
elle gagnait. Silence embarrassé de la dame, et pour cause : son salaire
mensuel est de 71.000 euros, soit 60 fois le Smic (5 ans de Smic dirait le
cégétiste). Cependant, sur deux points au moins, le Président a livré des informations importantes. Tout d’abord, il a rassuré une jeune étudiante au chômage : « vous verrez que le chômage va commencer à diminuer ». Il n’en a pas dit davantage. Hélas, il n’a visiblement convaincu personne, et les commentateurs ont eu beau jeu d’y voir des « paroles en l’air ». Ensuite, le Président a donné sa position sur la réforme des retraites : « Je ne laisserai pas remettre en cause le système par répartition, qui repose sur la solidarité, au bénéfice de l’épargne individuelle où chacun ne prévoit que pour lui seul ». Voilà qui augure bien de ce que va être la réforme, que le Président entend d’ailleurs accélérer puisque tout doit être bouclé en juillet, dit-il. Permettez-moi ici d’insister sur ce dernier point, puisque je ne cesse de lutter contre ce système catastrophique qu’est la répartition. Le Président n’a d’ailleurs pas caché l’inquiétude que suscite le déséquilibre entre nombres d’actifs et de retraités. Mais il suppose qu’un supplément de travail peut suffire à combler les déficits actuels. Le recul de l’âge de la retraite et le travail des seniors ont visiblement sa préférence. Voilà qui a précisément fourni
l’aliment de l’émission « Mots croisés ». Les participants ont d’abord
donné l’assaut à Laurent Fabius qui, en avant première, a informé les Français
du revirement de Martine Aubry : non, elle n’a jamais dit être favorable
à la retraite à 61 ans. Elle a simplement envisagé la possibilité éventuelle d’une
révision dont il faudra définir les contours. Sur le champ, les explications sophistiquées
du plus jeune ministre que l’on ait naguère donné à Mais l’essentiel à mes yeux
devait venir. Après que Laurence Parisot ait souhaité un débat complet sur les
réformes, en voyant notamment ce qu’ont fait les pays étrangers confrontés au
même problème. François Chérèque m’a stupéfait en prenant une position « ultra-libérale ».
Alors que personne n’avait prononcé le mot « capitalisation », voici
que le secrétaire de Comme le dit Laurence Parisot,
également citée par l’Humanité, nous approchons d’un débat consensuel. Les adversaires
du capitalisme en viennent à la capitalisation, parce qu’ils savent compter. Et
ils se rendent peut-être compte d’une injustice flagrante, que j’ai souvent soulignée :
les Français les plus riches ne sont pas atteints par la faillite de la répartition
parce qu’ils ont les moyens de placer leur argent, alors que les smicards prennent
l’explosion de l’Assurance Vieillesse en plein visage. Le bon sens reprendrait-il
ses droits ? Va-t-on enfin dépolitiser le débat sur la réforme des retraites
et dire la vérité ? Va-t-on en finir avec les louanges de la répartition ? Si cela était, 2010 serait
une année faste, et en ce lundi 25 janvier on n’aurait pas entendu que des « paroles
en l’air ». Jacques
Garello Le
1er février 2010
| ||||||||||||