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![]() | Le Président
SARKOZY devait se rendre directement de Paris aux Émirats du Golfe, il nous a
fait la surprise d’un détour par Bagdad. Je dirai même double, triple surprise. La première
surprise, c’est la nouvelle image que les Français auront eue de la situation
actuelle dans la capitale de l’Irak. Depuis des mois, nos medias ont présenté
la ville comme le théâtre quotidien d’attentats, de violences, de désordres. C’était
bien la preuve irréfutable de l’échec de l’expédition américaine, de l’erreur
militaire et diplomatique de la politique Bush – le président honni. Voici qu’on
reconnaît maintenant que Bagdad a retrouvé la vie, que les gens peuvent à nouveau
y circuler, y travailler, et peut-être même s’y amuser. Y aurait-il eu par hasard
quelque exagération dans la description apocalyptique des malheurs de Bagdad ?
La politique américaine aurait-elle connu quelque succès ? Certes, je n’ignore
pas les tensions persistantes entre Chiites et Sunnites, ni la gravité du problème
kurde (qui se pose aussi bien à Ankara et Moscou qu’à Bagdad). Mais que la paix
soit revenue après des années d’épouvante n’en demeure pas moins une réalité,
découverte avec surprise par la plupart de nos compatriotes, grâce à notre Président. | ||||||||||||
| Autre surprise :
il y a eu des élections librement organisées et vécues à Bagdad et dans l’Irak
entier. Remplacer la dictature par la démocratie : l’objectif américain aurait-il
été atteint ? C’est un chef de gouvernement démocratique que Nicolas SARKOZY
a serré sur son cœur avec émotion en arrivant à Bagdad. Ce sont des élus qui prendront
en charge le gouvernement des régions irakiennes, et souvent les ennemis d’hier
se sont coalisés pour partager demain le pouvoir. Voilà qui dément la fable qui
veut que certains peuples soient condamnés à la dictature, un mal nécessaire qui
justifierait le pouvoir absolu de BOUTEFLIKA comme de KHADAFI. On tient le même
raisonnement pour les pays africains, et la politique française, voire occidentale,
a toujours consisté à rechercher le « bon » dictateur. Des slogans comme
« on n’impose pas la démocratie par la force » ont fait recette ces
derniers temps. C’est oublier que les Européens ont retrouvé la démocratie en
1945 grâce à « l’invasion » américaine, c’est ignorer que la démocratie,
expression de la liberté politique, est une aspiration des peuples, et qu’elle
éclot naturellement dans le cœur des hommes et des femmes tenus en esclavage depuis
des siècles, parce que la liberté est dans la nature des êtres humains. Les Allemands,
les Russes ou les Italiens étaient-ils des peuples « faits » pour la
dictature ? Les Irakiens, Iraniens, Éthiopiens, Cubains, Coréens et autres
seraient-ils des hommes si différents, peut-être même des spécimens de sous-humanité ? Autre surprise :
voici que la France s’empresse auprès de la jeune démocratie irakienne pour y
retrouver la place éminente qu’elle y avait du temps de SADAM HUSSEIN. L’empressement
est d’un assez mauvais goût. La diplomatie française a activement lutté contre
la guerre en Irak, puis elle a laissé Américains et Anglais en charge de l’Irak,
puis elle a attendu que les choses se passent, que l’ordre soit revenu et la démocratie
installée. Coucou : voici à nouveau la France, cette France jadis amie du
dictateur, qui assurait la sécurité de nos approvisionnements en pétrole, qui
arrosait aussi nos partis politiques de tous les bords, qui nous achetait armes
et techniques. Voici la France prête à faire à nouveau du business, mais évidemment
sans esprit de lucre, puisque la loi du profit a été abrogée dans notre pays solidariste
et collectiviste. Il fallait, nous a-t-on dit, que Nicolas SARKOZY devance la
visite d’OBAMA en Irak et dans la région du Golfe : histoire d’affirmer notre
préséance diplomatique et économique sur toute autre nation au monde. Oubliant
qu’il a quitté la présidence de l’Union depuis le 1er janvier, Nicolas
SARKOZY parle même au nom de l’Europe. Je trouve donc quelque impudeur et quelque
mégalomanie à se présenter aux Irakiens en « interlocuteur valable »,
car je ne vois pas à quel titre les Irakiens nous réserveraient un traitement
de faveur, ni même auraient la moindre considération pour des dirigeants français
qui ont joué pendant un demi-siècle les Ponce Pilate. La seule visite du président
français, et ce geste «d’amitié spontanée » pouvaient-ils effacer un passé
si lourd ? Sans doute
le rôle d’un Président est-il d’exprimer le désir de paix et d’amitié de la France
avec les peuples du monde entier. Sans doute devait-on tôt ou tard renouer avec
l’Irak des liens que nous avions rompus ou dévoyés. Sans doute les entreprises
françaises ont-elles besoin de débouchés dans les pays émergents, sans doute la
France a-t-elle besoin de diversifier ses approvisionnements. Mais toutes ces
bonnes raisons n’autorisent pas des surprises de taille, dont nul ne sait si elles
avaient été préparées de longue date par le quai d’Orsay (dont le locataire, le
bon docteur K, avait naguère offensé le premier ministre iranien) ou si elles
ont été le fruit d’une impulsion mortelle ou providentielle. Si la France
était une vraie démocratie, nul doute que de telles surprises nous seraient inconnues.
D’une part, le sort de nos entreprises, de nos relations économiques internationales
et de nos emplois ne dépendrait pas des initiatives d’un président
de la république commis voyageur à la recherche de contrats mirobolants (une tradition
bien française). D’autre part, la diplomatie serait définie au niveau du Parlement,
et ne constituerait pas un « domaine réservé » comme l’a institué la
V° République. Une rupture avec ces mœurs politiques aurait été, à coup sûr, une
vraie surprise.
Jacques
Garello
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