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1° Une banque
a-t-elle pour vocation de spéculer en bourse ? Jadis la législation française interdisait aux banques dites « de dépôt » de placer l’argent de leurs épargnants dans des investissements à long terme, réservés aux banques dites « d’affaires ». Cette spécialisation n’a pas résisté aux réalités économiques. Il est nécessaire que l’épargne de la clientèle soit rentabilisée et, pour ce faire, placée directement dans des entreprises (prises de participation) ou indirectement, à travers la bourse. La rentabilisation
peut amener les banques à prendre des initiatives risquées, comme des
opérations instantanées sur des titres mais l’appréciation des risques
est laissée à la seule responsabilité des banques. Ce n’est pas du « casino »
parce que les positions prises par la banque ne doivent rien au hasard,
mais à une différence d’appréciation sur la valeur des titres concernés.
Certains pensent que telle action, ou tel produit financier appuyé sur
des actions est trop cher, ou trop bon marché, et ils pratiquent un « arbitrage » :
acheter bon marché pour revendre plus cher : le prix de l’action
ou du produit finit par se stabiliser à un niveau qui peut être celui
anticipé par la banque, ou à un autre. La banque réalise des profits grâce
à ses arbitrages, mais quand elle se trompe, elle subit des pertes ! |
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2° Est-il
possible de freiner l’ardeur spéculative d’une banque ? Oui et non.
Oui quand la banque est sensible aux réactions de ses actionnaires ou
de ses épargnants. Quand les cours de la banque chutent, ou quand les
déposants perdent confiance, les dirigeants de la banque sont sur un siège
éjectable. Inversement, les dirigeants sont encouragés quand ils voient
actions et clientèle augmenter. Non, quand la banque peut couvrir ses
erreurs sans avoir à payer trop cher pour les rattraper. En particulier,
quand les Banques centrales ont des taux d’intérêt très bas, les banques
peuvent s’approvisionner en liquidités à bon compte en cas de difficultés.
C’est ce qui explique en partie la crise des subprimes 3° Qui contrôle
les agents de la banque ? A l’intérieur
de la banque, les agents sont soumis à leur autorité hiérarchique. A son
tour la hiérarchie est soumise à la « gouvernance » des administrateurs.
Si celle-ci se relâche, il reste une ultime gouvernance : celle de
la Bourse quand la banque est cotée, car les opérateurs et analystes financiers
peuvent comprendre que la banque est en train de s’égarer, et de dévaloriser
ses actifs. 4° Pourquoi
une banque serait-elle exposée à une OPA ? L’OPA est une forme supérieure et efficace de
gouvernance d’une banque, et de toute entreprise. Quelqu’un peut estimer
que les dirigeants actuels ne savent pas valoriser les actifs de la banque,
et se déclare prêt à prendre le contrôle de la banque pour mieux exploiter
les ressources financières qu’elle recèle. Parfois, le rachat s’accompagne
d’une restructuration de la banque (ou de l’entreprise) : fractionnés
et gérés différemment les actifs peuvent avoir plus de valeur. 5° Peut-on
imaginer qu’une banque étrangère lance une OPA sur une banque française ? La nationalité d’une banque, comme d’une entreprise,
n’a aucun sens économique. Elle ne peut avoir qu’un sens politique. Au
nom du « patriotisme » économique on veut conserver une banque
à 100% française. Si c’est un simple souhait, il n’y a rien à dire. Mais
si l’Etat ou une institution publique (comme la Caisse des Dépôts) devait
intervenir pour « secourir » la banque, cela serait doublement
contraire, et à la législation européenne qui interdit toute discrimination
fondée sur la nationalité, et à la loyauté concurrentielle, puisqu’un
concurrent serait artificiellement aidé. 6° Un tel
risque existait-il du temps où les banques étaient nationalisées ?
Le secteur bancaire entièrement nationalisé par les socialistes en 1981
a été privatisé à partir de 1986. Les banques nationalisées ne sont
soumises ni à la concurrence, ni à la rentabilité. Elles ont multiplié
les erreurs de gestion pendant des années, l’épargne a été récupérée
par les caisses d’épargne et les organismes publics pour alimenter les
investissements publics, au détriment des entreprises privées rentables
qui ont été privées du financement nécessaire à leur expansion. Mais
évidemment il n’y a eu aucun risque pour ces banques, puisqu’elles n’ont
aucune obligation de rentabilité. 7° La finance
ne fait-elle pas courir un risque permanent au capitalisme ? Il est de bon ton en effet d’opposer les « spéculateurs »
et les « entrepreneurs » et de vanter les mérites de l’économie
de marché tout en dénonçant les « excès du capitalisme financier ».
En réalité non seulement « la finance » est indispensable
au marché, mais le capitalisme n’a d’autre origine que la finance. C’est
la possibilité d’accumuler, de capitaliser, c'est-à-dire de réserver
une partie des gains du présent pour développer les chances du futur
qui est à l’origine de la « richesse des nations » et qui
définit le capitalisme. Financer, c’est faire confiance, c’est faire
crédit, c’est acheter et vendre du crédit. La société capitaliste est
une société de confiance. 8° La crise
de la finance n’est-elle pas en réalité la crise du capitalisme ?
Question pertinente, il y a en effet une alternative, c’est le
socialisme ou, ce qui revient au même, l’étatisme. Des millions de personnes
sont mortes, des peuples entiers ont été réduits à la famine et à l’esclavage
par l’économie socialiste. Faut-il reconstruire le mur de Berlin, ou
la ligne Maginot ? Si l’intervention de l’Etat est si miraculeuse,
pourquoi n’y recourir que lorsque cela va mal ? Ne devrions-nous
pas la souhaiter en permanence ? Je ne me
suis posé que ces huit questions, parce que je pensais savoir y répondre.
Peut-être vous en êtes vous posé d’autres, plus judicieuses. Les médias,
eux, pourront vous en donner les réponses !
Jacques
Garello
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