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| LES LIBERTES EN FUMEE | |||||||||||||
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Que les choses
soient claires : je ne vais pas faire l’apologie du tabac. Ma famille et
mon entourage ont payé leur tribut à ce poison, dont je n’ai su m’affranchir qu’à
grand peine. Je ne vais pas non plus critiquer ceux qui
diffusent une information nécessaire sur les dangers que le tabac fait courir
aux fumeurs et à leurs proches. Ils éclairent pleinement les décisions des personnes
concernées. Mais voilà
en quoi précisément l’interdiction de ce 1er février me chagrine, sinon
me révolte. Une fois de plus c’est la puissance publique qui se substitue aux
individus pour leur commander comment ils doivent vivre. Le principe de subsidiarité,
fondement de toute société libre, est oublié au nom d’un principe de précaution,
certes constitutionnel, mais foncièrement liberticide. | ||||||||||||
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On m’objectera
qu’il s’agit d’une mesure ponctuelle, et que pour le reste les Français ne sont
pas soumis à un régime soviétique. Mais, mesure après mesure, l’étreinte de l’Etat
sur les individus se resserre jusqu’à les étouffer. Attachez vos ceintures, ne
téléphonez pas, ne mettez pas de sucreries à la portée des écoliers, ne mangez
pas de vache, attention aux volailles, levez vos chaussures, lavez vos mains,
ne travaillez pas tout le temps, faites vos achats quand il le faut. L’Etat inspecte
et organise les actes de votre vie quotidienne. L’Etat prend aussi les décisions
qui orientent votre vie professionnelle et familiale : il choisit l’école,
oriente les formations, il vous indique où loger, comment construire (ou ne pas
construire), il confisque et divise votre patrimoine, règle vos successions, vos
divorces, il vous assure contre le chômage, la vieillesse et la maladie. Dans toutes
ces situations il est fait usage de la coercition publique, indispensable certes
pour arrêter et juger les criminels ou pour protéger la nation contre l’agression
étrangère, mais qui ne saurait être utilisée pour contrôler la vie privée, au
risque de diminuer ou supprimer les libertés individuelles, qui s’envolent en
fumée. Je le sais :
en apparence il y a de bonnes raisons pour légitimer l’intervention de l’Etat.
Les individus ne seraient-ils pas naturellement portés à oublier la prudence,
à négliger leur propre intérêt, mais aussi à refuser la solidarité et à compromettre
l’intérêt général ? S’agissant
de la prudence et de l’intérêt personnel, nous sommes dans le domaine du subjectif.
Chacun voit midi à sa pendule, et estime à sa façon ce qui est bon pour lui. La
liberté de choix est dans la nature de l’homme, elle guide son comportement, et
nul ne saurait m’imposer quelque chose qui heurterait ma conscience, mes préférences,
mes pensées. Et si je reconnais à une autorité publique, morale ou scientifique
le droit de m’éclairer, voire même de me persuader, la décision ultime est de
ma responsabilité. Evidemment, je dois assumer la conséquence de mes actes. Si
je me suis trompé sur ce qu’était mon intérêt propre, je n’ai pas à faire payer
la note de mes erreurs par les autres, elle sera à ma charge. Ici apparaissent
dans le débat la solidarité et l’intérêt général. Dans l’affaire du tabac « fumer
nuit gravement à la santé » : cela vous regarde (intérêt personnel).
Mais en fumant vous faites fumer les autres (tabagisme passif) et vous coûtez
cher à la Sécurité Sociale, donc vos actes sont chargés d’effets externes diffus.
Voilà des arguments que je voudrais réfuter ou atténuer. Je réfuterai
l’argument de la « santé publique » car si je n’étais pas obligé de
m’« assujettir » à la Sécurité Sociale, je disposerais de la liberté
de m’assurer, et les maladies et atteintes liées au tabac ne coûteraient qu’à
ma compagnie d’assurance, le contrat qui me lierait à elle prévoirait ou non les
risques liés à la tabagie (avec une incidence sur la prime certainement). C’est
le système désuet et catastrophique de la Sécurité Sociale qui a rendu les Français
solidaires contre leur gré. L’Etat a voulu nous inventer une société sans risque,
et le prix à payer en est la servitude. Reste le
problème du tabagisme passif. Il est plus gênant que nocif, puisque suivant les
statistiques les plus alarmantes il serait la cause de 2.000 décès par an. Mais
il est certain que vivre à proximité de fumeurs peut perturber bien des gens.
La contrainte publique est-elle nécessaire pour autant ? Si c’était le cas
l’Etat devrait aussi interdire de fumer à la maison. Mais à la maison comme au
bureau ou dans un établissement ouvert au public des arrangements et des équipements
librement établis peuvent régler la question. De la politesse élémentaire aux
aérateurs sophistiqués, la question peut se régler sans le recours à 150.000 fonctionnaires
(comme on nous l’annonce !). Si j’étais de mauvaise foi, je pourrais dire
aussi que l’on a vécu pendant un bon siècle en s’accommodant du tabac. Je m’empresse
d’oublier cet argument, parce que pendant tout ce temps le tabac a beaucoup tué
(moins que les guerres ou que les famines sans doute); mais on en connaissait
mal les dangers. Aujourd’hui, on dispose d’une information suffisante pour que
chacun prenne sa décision en toute connaissance de cause, et puisse aller librement
vers une maîtrise de la tabagie. Les individus seraient-ils plus stupides que
les hommes de l’Etat et les experts ? Ce qui est haïssable dans l’affaire,
c’est qu’on procède par décret, comme si les gens devaient être mis sous tutelle.
On commence par la tutelle, on continue par la servitude, on finit par le totalitarisme. Ces propos
et cette thèse ne sont pas ceux d’un libertaire, ou d’un « libertarien »
comme on dit en France. Je ne fais pas mien le slogan de 1968 : « Il
est interdit d’interdire ». Je répète que la liberté n’est pas l’ignorance
des autres, ni le droit de faire n’importe quoi. La liberté implique la responsabilité
et le respect de la liberté des autres. Mais le transfert des risques des individus
à l’Etat, propre à une société collectiviste, efface tout esprit de responsabilité
personnelle et prépare un monde massifié et grégarisé, géré par une élite éclairée.
« L’Etat peut tuer » : il faudrait l’écrire sur les feuilles d’impôts. Jacques
Garello
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