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LE MINISTRE ET L’ECONOMISTE |
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Le Ministre – Je me propose de baisser
les impôts. L’économiste – Voilà une bonne chose. Comment
allez-vous procéder ? M – Je vais diminuer le taux des impôts
sur le revenu pour les tranches les plus basses, afin de rendre aux
contribuables les plus modestes le pouvoir d’achat qui leur permettra
de consommer davantage et de soutenir ainsi la croissance. |
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E – L’enfer est pavé de bonnes intentions.
En vous y prenant de cette façon vous ne soutiendrez que les idées à
la mode, les fausses idées de Keynes, pour qui la dépense serait la
source de l’emploi. La croissance n’est pas le résultat de la consommation,
mais de la création de richesses (c’est à dire de produits achetés par
les consommateurs) par les entreprises. M – Mais si les gens dépensent davantage,
le marché sera plus actif et les carnets de commande se rempliront ! E – A condition que les entrepreneurs français
soient en mesure de proposer des produits qui conviennent à la clientèle,
sans quoi la dépense se portera sur des produits étrangers ou ne se
fera pas : les gens préfèreront garder leur argent. M – Mais nos entrepreneurs sont tout à fait
capables de satisfaire le consommateur français ! E – Hélas non. Car non seulement l’Etat s’obstine à multiplier les charges sociales et les réglementations
qui les empêchent d’être compétitifs, mais de plus vous confisquez l’argent
qu’ils se risqueraient à gagner. Avec votre générosité à l’égard des
bas revenus, vous accentuez encore la progressivité de l’impôt, c’est
à dire que vous dissuadez ceux qui voudraient aller de l’avant en entreprenant,
en investissant, de le faire. L’expérience et la logique le démontrent :
la baisse des impôts n’est bénéfique que si elle concerne par priorité
les locomotives de l’économie, ce sont par priorité les taux marginaux
sur les tranches les plus élevées qui doivent être abaissés. Vous, vous
diminuez les impôts de ceux qui n’en payent pas, et vous faites la chasse
à ceux qui réussissent leur parcours professionnel. M – Mais les entrepreneurs veulent réussir
sans embaucher : les créations d’emplois sont faibles E – Bonne remarque, mais regardez du côté
de la réglementation (et en particulier du côté du Code du Travail)
et du côté du SMIC. Vous comprendrez pourquoi les entreprises fuient
totalement ou partiellement le territoire national : elles sont
à la recherche de lieux où les conditions de l’emploi et les rémunérations
sont en rapport avec leur productivité. M – Mais les pays étrangers, surtout nouveaux
venus dans le commerce mondial, font du dumping social et fiscal :
leur concurrence est déloyale, et nous y mettrons bon ordre en Europe. E – D’abord vous aurez du mal à plier les
autres Européens aux normes françaises. Ensuite y réussiriez-vous que
l’Europe serait à son tour désertée, au profit de l’Asie par exemple.
Enfin et surtout les producteurs des pays pauvres veulent d’abord s’assurer
le minimum vital avant de songer à des avantages sociaux rendus coûteux
et illusoires par l’incurie administrative. Avec le progrès de leur
productivité et le développement de leur économie ils accèderont peu
à peu à des pouvoirs d’achat comparables au nôtre : l’Espagne était
un pays à « bas salaires » il y a trente ans, et les Tchèques
nous ont rejoints en moins de dix ans. M – Ce modèle n’est pas du goût des Français,
ils préfèrent une large redistribution et une forte protection sociale
à des réussites personnelles qui laissent trop de gens à la traîne. E – Qui vous dit que les Français ont une
préférence pour ce modèle ? Leur avez-vous dit que le coût du modèle
c’est le chômage, les grèves, la stagnation ou la baisse du pouvoir
d’achat ? Les jeunes Français talentueux, pour leur
part, font leur choix : ils s’expatrient. Et dans quel état se
trouve la protection sociale aujourd’hui dans ce beau pays ? Hospitalisation
publique, retraites, logements sociaux : tout se fissure, tout
se fracture. La voilà, la vraie fracture sociale. M – Nous ne cessons de colmater les brèches
ouvertes par les gouvernements précédents. Voyez ce que nous faisons
par exemple pour indexer les loyers sur le coût de la vie. E – Vos dernières
initiatives sont en effet un défi aux lois élémentaires de l’économie.
D’une part il est aberrant de faire des loyers une affaire d’Etat,
alors qu’ils sont affaire de marché. D’autre part, quand les prix sur
le marché augmentent, c’est l’indication d’une insuffisance de l’offre
par rapport à la demande. Abaisser les loyers, ou les empêcher de monter,
c’est décourager l’offre d’immobilier locatif. De moins en moins d’investisseurs
vont s’intéresser à la construction de logements neufs, et la pénurie
s’installera, le parc immobilier se détériorera parce que la rentabilité
ne sera plus assurée : la leçon de cinquante ans de contrôle des
loyers n’a-t-elle pas été comprise ? En d’autres termes, il existe
un marché, que vous le vouliez ou non, et vous ne pouvez ignorer ses
lois, parce qu’elles reflètent les réactions naturelles des êtres humains
à la recherche de solutions logiques. Elles sont plus fortes que les
lois votées par le Parlement. M – Vous voulez dire que les ministres n’ont
rien à voir dans le fonctionnement de l’économie ? E- En effet. Ou, plus précisément, ils ont
une chose à faire : annuler les méfaits de leurs interventions
précédentes, rendre leur argent aux Français, et s’occuper des vraies
affaires publiques, comme la police et la justice. C’est pour quand ? Pas de réponse évidemment, ce dialogue étant
purement imaginaire. Jacques
Garello
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