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Le Président de la République Française s’est
donc cru autorisé à condamner de façon claire et véhémente les dirigeants
de Taiwan qui ont l’idée saugrenue de consulter leur peuple par référendum
sur le choix entre rester indépendants ou rentrer dans le giron de Pékin.
Un mouvement énergique du menton rappelle que nous, en France, on n’aime
pas les sécessionnistes : la République une et indivisible, on connaît.
Ces Chinois de Taiwan n’ont qu’à bien se tenir !
Le problème c’est que Taiwan, ce n’est pas
tout à fait la Corse, bien que ce soit une île. Taiwan est un Etat souverain,
qui a occupé le siège de la Chine au Conseil de Sécurité dès la création
de l’ONU, au moment où le régime de Pékin était exclu. Et pour cause :
le régime le plus fermé, le plus totalitaire, le plus inhumain de la planète,
opprimant le peuple, envahissant les voisins, représentant une menace
permanente pour la paix en Asie et dans le monde entier. Seule la France
gaullienne, dès 1964, avait rétabli des liens diplomatiques avec Pékin,
s’engageant du même coup à rompre avec Taipeh ! Pourtant, pendant
un demi-siècle, c’est bien Taiwan qui a monté la garde, qui a contribué
à assurer la sécurité et la liberté dans cette région du monde. Toute
aussi remarquable sa performance économique : les Taiwanais sont
devenus riches, très riches, parce qu’ils ont adopté le capitalisme et
le libre échange. Voilà ce que l’on ne peut leur pardonner…
Aujourd’hui comme hier, la France n’a aucune
raison de se mettre du côté de Pékin et de fustiger Taipeh : certains
évoquent nos intérêts économiques. Mais pour une part ridicule de marché
chinois, et pour la vente de 21 Airbus, fallait-il dérouler le tapis rouge ?
En réalité, nos produits n’intéressent pas les Chinois de Pékin, ils préfèrent
s’approvisionner au Japon, voire en Allemagne ou aux Etats-Unis, et surtout…
à Taiwan ! Le commerce entre les deux Chine est en effet très actif.
La raison est-elle idéologique ? Veut-on
inciter les dirigeants chinois à rejoindre le camp de la liberté politique
et des droits de l’homme, en les entourant de prévenances au lieu de les
traiter en pestiférés ? HU JINTAO n’a laissé aucune illusion à ce
sujet. Dans son discours à l’Assemblée, il a
développé la « conception socialiste des droits de l’homme »,
elle est une réédition de la conception stalinienne. Les individus ont
tous les droits à partir du moment où ils ne s’opposent pas au régime.
Et que les étrangers s’occupent de leurs affaires !
En fin de compte, la raison véritable est diplomatique.
Certes Jacques CHIRAC emboîte le pas à George W. BUSH et Gerhard SCHRÖDER
qui, au nom de la realpolitik, soutiennent l’idée de la Chine unie. Mais
à l’occasion de ce 40ème anniversaire de la reprise des relations
Paris-Pékin, le vieux rêve gaullien d’une France
prenant la tête d’un bloc mondial hostile aux Etats-Unis hante à nouveau
le Palais de l’Elysée. Il faut donc donner des gages à tous ces potentats
asiatiques et africains pour qu’ils voient dans la France le seul recours
contre l’hégémonie américaine.
Outre que cet anti-américanisme agressif est
déplacé à tous points de vue, la France devrait se résigner à avoir la
diplomatie de ses moyens. A part une force de frappe nucléaire aussi inutile
que ridicule, la France n’a plus ni puissance économique, ni influence
politique, ni message culturel. Les Français, ruinés par un Etat aux dépenses
somptuaires, commencent à réaliser que l’« exception française »
est une façon de manquer le train de la croissance mondialisée et d’admettre
les désordres et les incuries contre lesquels les autres pays ont réagi.
Louis XIV, inspiré par son confesseur jésuite
missionnaire en Chine, avait fait de l’empire chinois son modèle idéal :
pouvoir absolu, personnalisé, ceint par une administration puissante et
hiérarchisée, festivités impériales, prestige des arts et des lettres.
Nous y voici à nouveau, à quelques nuances près. La folie des grandeurs
de Louis XIV avait abattu le plus puissant pays du monde en un siècle,
la V° République aura mis un peu moins de temps pour ruiner le plus grand
des petits pays. Retombés dans la léthargie du XVII ème
siècle, les Français pourront-ils se réveiller au XXI ème
siècle ? Il serait temps de remonter le réveil libéral. Ces chinoiseries
nous le rappellent.
Jacques Garello
Le 2 Février 2004
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