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C’est sans doute le sentiment
d’un grand nombre de ceux qui ont naguère cédé à l’Obamania.
La déception est grande pour ceux qui voyaient dans Barack
Obama le messie qui allait changer la face du
monde. Un an après son arrivée à la Maison Blanche il faut se rendre à
l’évidence : « No, we cannot ».
Non, nous ne pouvons pas faire n’importe quoi. Pour ma part, je ne saurais être déçu. Ne me faisant aucune illusion, je n’en ai perdu aucune. Le 18 janvier 2009 je consacrais
mon éditorial à « L’homme le plus puissant du monde ». Je me
permets d’en extraire deux phrases: « Quelle
qu’ait été l’ampleur de son succès électoral, le Président américain trouvera
sur sa route des difficultés et des limites dont il devra bien tenir compte…
Il n’est pas d’homme politique assez puissant pour ignorer durablement
les lois de l’économie et l’impératif de la liberté humaine ». Je ne suis pas prophète, mais modestement simple économiste libéral. L’économiste
pouvait facilement prévoir qu’un keynésien prenant Roosevelt pour modèle
allait sûrement aggraver la crise financière qui avait déjà inspiré à
George Bush des mesures stupides de « sauvetage » et de « relance ».
L’économiste pouvait aussi savoir que la mondialisation n’allait pas s’arrêter
avec Obama, et qu’elle interdisait à quiconque de réinventer le
capitalisme, moraliser la finance, et autres utopies annoncées qui avaient
fait lever l’espoir d’un nouveau système économique mondial. Le libéral
connaissait les limites que la constitution américaine imposait à l’absolutisme,
notamment à travers la puissance du Congrès. Le libéral ne pouvait ignorer
les menaces que dictateurs et terroristes faisaient peser sur le monde
entier, et ne pouvait penser qu’une vision irénique des relations internationales
avait quelque chance de réussir. Par contraste, les doux rêveurs et les vrais idéologues qui avaient imaginé
que l’élection d’Obama allait ouvrir une ère
nouvelle de l’histoire sont aujourd’hui totalement décontenancés, sinon
désespérés. Les Keynésiens sont renvoyés à leurs chères études, et mesurent
la ruine des finances publiques, la montée du chômage et l’incertitude
monétaire. Des générations de contribuables ont été condamnées à une pression
fiscale de moins en moins soutenable, des centaines de milliers de salariés
à un chômage durable et des millions de consommateurs à la baisse de leur
pouvoir d’achat. Les écologistes ne se relèvent pas de l’échec de Copenhague.
Les mêmes raisons qui avaient conduit les Etats-Unis à ne pas accepter
la facture de Kyoto ont à nouveau prévalu. Al Gore a été trahi. Les pacifistes
qui voyaient en Obama, un futur prix Nobel de J’arrête là mes cruelles railleries et cesse d’accabler les obamaniaques pour souligner ce qu’il y a de positif dans ce
bilan négatif. Positive d’abord, la vigueur démocratique du peuple américain, que l’on
pouvait supposer entièrement acquis à l’utopie. Obama
a joué sur la peur qu’inspirait à des millions de travailleurs et de retraités
américains la crise naissante. Mais une fois la fièvre électorale tombée,
les Américains ont pris peur des mesures que leur proposait la nouvelle
administration. Une peur chassant l’autre, ils se sont rebellés. Le vote
du Massachusetts, après plusieurs autres depuis quatre mois, marque une
réaction de rejet définitif de la politique économique et sociale de Positive ensuite, la force du capitalisme américain. Ce n’est pas la puissance
de Wall Street, ou
la maffia des grands banquiers qui ont saboté la politique d’Obama. Ces milieux d’affaires ont au contraire cherché leur
salut du côté des subventions et des réglementations du gouvernement fédéral.
Depuis la fin de l’ère Reagan le dirigisme avait scellé l’alliance du
pouvoir et de la finance. Cela n’a rien à voir avec le capitalisme, avec
cette profonde adhésion des Américains, et surtout les plus récents, les
plus modestes, aux principes du travail, du mérite, au goût de la performance
et du succès. Un message condamnant le profit, le marché, la mondialisation,
l’entreprise, n’avait pas de vraie chance de trouver écho sinon pour un
temps très court et pour une population marginale, celle de la gauche
richissime de la côte Ouest, ou celle des banlieues de Positive enfin la prise de conscience morale d’une grande partie de la
population américaine. Certes Hollywood n’a jamais été l’Amérique profonde,
mêlant le bon, la brute et le truand, couronnant Chaplin comme John Wayne.
Mais les valeurs morales et spirituelles qui ont fondé les Etats-Unis,
et qui avaient été remises à l’honneur par Ronald Reagan, ont été progressivement
oubliées sinon contestées dans les milieux politiques, financiers et intellectuels
– la gauche « libérale » s’y est employée. On a à juste titre
souligné que la crise traversée par l’Amérique, mais aussi par le monde
occidental, était autant morale et politique qu’économique. L’esprit de résistance et d’engagement qui a inspiré le front anti-Obama ne marque-t-il pas un succès pour ceux qui, aux Etats-Unis,
militent pour un respect de la vie, de la liberté et de la propriété ?
Je n’irai pas jusqu’à dire que « l’Amérique est de retour »,
célèbre slogan qui a porté Reagan au pouvoir, mais il faut se réjouir
de ce que l’Amérique n’ait pas sombré. Si Obama lui-même ne veut pas sombrer il faut
qu’il aille encore plus loin dans l’abandon de l’utopie qu’il a prêchée.
Jacques Garello Le
25 janvier 2010
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