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Je te donne
mon argent. Tu me donnes ton bonus. C’est le
marché donnant donnant mis en mains par le gouvernement, et ceux qui ne
l’accepteront pas devront « s’adresser à un autre guichet »
a précisé Madame Lagarde. Premier problème :
l’Etat n’a pas d’argent, sauf celui qu’il confisque sur-le-champ au contribuable
ou qu’il emprunte (il sera confisqué dès l’an prochain pour assurer « le
service de la dette »). Deuxième
problème : le bonus ne peut se donner qu’en respectant un contrat
de travail, et en recevant l’aval des actionnaires ; une simple décision
politique peut-elle effacer le droit des sociétés et les obligations contractuelles ?
Mais, apparemment,
ce sont des détails qui n’arrêtent pas nos relanceurs. On est dans l’urgence,
donc on est dans l’arbitraire. Le principe
du donnant-donnant ne serait-il que le fruit de circonstances exceptionnelles
et de la panique d’un gouvernement en mal d’idées mais en veine de slogans ?
Je ne le crois pas malheureusement, et ce n’est pas par hasard que notre
Ministre de l’Economie, juriste éminente qui sait peser ses mots, a parlé
de « guichet ». L’intention affirmée par nos dirigeants est
de passer de l’économie de marché à l’économie de guichet. Il n’est plus
nécessaire d’être en harmonie avec les besoins des clients, il suffit
d’être en accord avec les règlements des bureaucrates. |
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Voilà l’un
des aspects de ce « retour de l’Etat » salué avec enthousiasme
par des millions de personnes ignorantes de l’histoire contemporaine,
et par une élite assoiffée d’un pouvoir économique que la mondialisation
a arrachée aux prédateurs pour le donner aux consommateurs et aux
producteurs. Les clauses
du contrat donnant-donnant sont bien simples. Il y a d’abord :
Tu me donnes tes impôts, je te donne mes fonctionnaires et mes protégés.
Il y a ensuite :
Tu me donnes ton travail, je te donne mes grèves. La grève générale
du 29 janvier sera là pour démontrer qu’en pleine crise, Il y a enfin :
Je te donne ta sécurité, tu me donnes ta liberté. C’est sans doute
à ce troc que se ramènent tous les autres donnant-donnant. Les Français
sont apeurés : par la conjoncture économique, par le choc des
civilisations, par le chômage, par le pouvoir d’achat, et enfin
par le réchauffement climatique et autres catastrophes environnementales
annoncées. Les dirigeants les rassurent : l’Etat veille. Il
va relancer la conjoncture, œuvrer pour la paix, intégrer toutes
les cultures, soutenir les entreprises, dynamiser le commerce, et
- grâce au Grenelle de l’environnement – sauver la planète. Mais
pour réaliser ce programme, l’Etat a besoin de subventionner (donc
de prélever), de réglementer (donc de brider l’initiative), de contrôler
(donc de tout prendre en mains). L’économie sera « régulée »,
et il est symptomatique que l’on sacralise l’économiste Eric Besson,
un théoricien de la « régulation », terme élégant pour
désigner le dirigisme et la planification. Le peuple
de France verse-t-il peu à peu, comme le disait Personnellement,
et puisque c’est à la mode, je fais un rêve : je rêve d’un
autre donnant-donnant. Je donnerais des impôts pour de véritables
services publics, pour qu’on me donne enfin une police, une justice
et une défense dignes de ce nom. Je donnerais des cotisations sociales
pour être réellement bien soigné et pour avoir une retraite décente,
à moindres coûts. Je donnerais des mandats à des parlementaires
pour qu’ils tiennent leurs promesses et qu’ils me donnent ce que
j’en attends : la limitation du pouvoir et la garantie de mes
droits personnels. C’est ce que l’on a appelé jadis « le contrat
social ». Encore mieux :
je ne donnerais rien à l’Etat, et il ne me donnerait rien.
Jacques
Garello
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