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La laïcité est à l’ordre du jour. Trois évènements
récents en attestent : -
au nom de la
laïcité le Pape Benoît XVI n’a pas été accueilli à l’Université La Sapienza
de Rome où il devait donner une conférence sur la peine de mort ;
-
le gouvernement
turc « islamiste modéré » veut abroger la loi introduite par
Kemal ATATÜRK qui interdit le port du voile aux étudiantes dans les lieux
universitaires ; -
Nicolas SARKOZY,
à l’occasion de son intronisation comme Chanoine de Saint Jean du Lattran,
a prononcé un discours assez net sur la laïcité, s’inscrivant dans une
tradition qui est la sienne depuis la publication de son ouvrage « la
République, la Religion et l’Espérance » (2004) et l’installation
du Grand Conseil du Culte Musulman. Pourquoi ce débat autour de la laïcité, et y a-t-il
une position libérale sur ce sujet ? Le débat est certes de circonstance, mais il a des
racines très anciennes et très profondes. | ||||||||||||
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Circonstance la perspective des élections communales.
Pour certains le Président va à la pêche aux voix catholiques. Je ne retiendrai
pas cette interprétation, d’abord parce que la thèse de la « laïcité positive »
est assez ancienne dans l’esprit de notre Président, ensuite parce que ledit Président
ne se prive pas de multiplier les actes et les discours qui sont un défi à la
morale catholique, enfin parce que je ne suis pas sûr qu’il y ait un « vote
catholique » en France. Circonstance, plus sérieuse celle-ci, que la poussée
de l’islamisme, et d’une version intégriste voire totalitaire de l’Islam. Dans
sa position, Nicolas SARKOZY fait valoir que l’Occident et l’Europe sont en situation
d’infériorité si les « racines judéo-chrétiennes » de nos nations sont
oubliées. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, on ne peut résister à l’agressivité
religieuse que par le respect de règles morales éclairées par une foi solide.
HAYEK lui-même, en 1984 à Paris, concluait que la survie de la liberté était soumise
à la « redécouverte des valeurs morales de l’Occident chrétien ». Le
« choc des civilisations » impliquerait donc un genre de réarmement
moral, et la déchristianisation ne serait pas une bonne chose. C’est à la lumière
de cet argument qu’il faut comprendre le combat qui se déroule aujourd’hui en
Turquie entre gouvernement et militaires demeurés fidèles à la laïcité instaurée
par ATATÜRK. En réalité, le débat sur la laïcité est né depuis
des siècles, car il est un débat sur les relations entre le pouvoir politique
et le pouvoir religieux. La laïcité peut prendre deux formes : demander au
pouvoir politique de neutraliser le pouvoir religieux, et elle se ramène alors
à l’anti-cléricalisme, séparer radicalement le pouvoir politique et le pouvoir
religieux. La « séparation de l’Eglise et de l’Etat »,
symbolisée en France par la loi de 1905, est-elle un monument d’anti-cléricalisme
ou une garantie d’harmonie sociale ? Là-dessus les autorités catholiques ont des certitudes.
Ils s’en tiennent au « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui
est à Dieu », et le cardinal RATZINGER, dans « Jésus de Nazareth »
rappelle que le royaume de Dieu n’est pas sur cette terre, signifiant que Dieu
a laissé toute liberté aux hommes d’organiser la société des hommes. Cette position
n’est pas pour plaire aux partisans d’une théocratie, qui voudraient instaurer
une république chrétienne comme existent des républiques islamistes. Mais elle ne plaît pas non plus aux partisans d’une
laïcité agressive, qui voudraient paradoxalement transformer la laïcité en religion,
une religion d’Etat, privant les citoyens de tout moyen et de tout comportement
conformes à leur religion. La religion de la République une et indivisible, le
monopole du culte de l’Etat, sont-elles les meilleures façons d’éviter la confiscation
du pouvoir par les religions, quelles qu’elles soient ? Certes le problème n’est pas si simple, puisque l’interférence
entre religion et Etat est fatale, tôt ou tard, ne serait-ce qu’à travers le droit
positif d’une nation (notamment le droit des personnes qui règle les relations
privées entre époux, en famille, y compris les relations patrimoniales). Existe-t-il une solution libérale dans ces domaines ?
Je commencerai par rappeler que l’histoire de la
liberté politique a été intimement liée à celle de la liberté religieuse. C’est
pour défendre leur droit à cultiver et affirmer leur foi que les Européens ont
conquis leur liberté politique. Les rapports que les hommes ont à Dieu (y compris
celui de le rejeter) sont affaire personnelle, et non affaire d’Etat. Je ne crois
pas que le libéralisme puisse s’accommoder ni d’une théocratie, ni d’une restriction
ou persécution religieuse. « Ni Dieu, ni maître » : malgré les
apparences la formule de Blanqui n’est pas libérale, car la liberté de l’homme
est aussi d’aller vers Dieu. Quant à l’ordre social issu des croyances religieuses,
il peut difficilement être imposé « d’en haut ». HAYEK, dont Philippe
NEMO vient de rééditer « Droit Législation et Liberté » a dénoncé la
présomption et les méfaits de l’ordre créé. C’est dans la pratique des sociétés
multireligieuses ou multiculturelles qu’il faut chercher les règles capables de
maintenir l’harmonie sociale sans pour autant gommer la diversité des convictions
religieuses personnelles. Cet ordre « spontané », fruit de l’expérimentation
sociale, obéit sans doute à quelques principes simples, déduits de la nature et
de la dignité de la personne humaine : le respect de la vie, de la liberté
et de la propriété. Bref, tout ce qui fonde une civilisation. Quelle que soit leur religion, des hommes et des
femmes de bonne volonté peuvent reconnaître cette barrière qu’aucune religion
ne saurait autoriser à franchir : la barrière des droits personnels. Il ne
saurait y avoir de relativisme dans ce domaine, cette vérité devrait apparaître
à tout croyant ou non-croyant. Une fois cette barrière franchie, on tombe dans
la barbarie, dans le fanatisme. Mais, pour respecter la barrière, il faut placer
l’homme au cœur de la société, et faire de l’harmonie le pôle le plus sûr, le
pôle incessant de la civilisation. Si l’on veut éviter que la laïcité devienne
une affaire d’Etat, il faut la pratiquer comme une affaire de cœur.
Jacques
Garello
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