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L’économie
de marché est nécessairement sociale parce qu’elle repose sur les relations contractuelles
entre personnes libres, et sur les services qui vont être échangés : on débouche
sur une société de la compréhension mutuelle, de la considération d’autrui et
de l’harmonie, comme Bastiat l’a magnifiquement expliqué. Mais « économie
sociale de marché » peut aussi signifier que l’économie de marché en elle-même
n’est pas suffisante et qu’il faut lui adjoindre une touche de « social »
pour la rendre acceptable par tous. Cette
recherche d’un optimum collectif, se superposant au progrès personnel, débouche
sur une contradiction. Car comment atteindre cet optimum collectif ? Il s’agit
d’abord d’un concept insaisissable et tous ceux qui se sont essayés à définir
une situation de « justice sociale » comme John Rawls, ont échoué. Par
exemple, peut-on dire qu’est « juste » une société où ceux qui ont le
moins reçoivent le plus possible ? Qu’est-ce que ce « plus possible » ?
En revanche
on sait bien comment les gouvernants procèdent lorsqu’ils veulent instaurer ou
approcher la justice sociale : la redistribution est la procédure naturelle.
Il faut user de la puissance publique pour prendre aux uns ce que l’on donnera
aux autres. Il faut aider, subventionner, exempter, réglementer. Mais qui doit
donner et qui doit recevoir ? Et combien ? Ces questions ne seront résolues
que par le jeu de la pseudo-démocratie, à travers les pressions exercées sur les
gouvernants redistributeurs par les coalitions et corporations qui ont intérêt
à recevoir la manne publique, et font valoir le poids de leurs votes, de leurs
manifestations voire de leurs exactions. Qu’est devenue alors la liberté des plus
mal placés dans le jeu, ceux qui sont dépouillés du droit de propriété sur leur
« réussite », obtenue par la qualité de leur service personnel à la
communauté, leur ardeur au travail, leur esprit d’épargne et d’entreprise ?
Or,
le social libéral est devenu le personnage à la mode. Il flatte la tentation redistributive,
il répond aux pulsions de l’envie, de l’égalitarisme. Et il dévoie le pouvoir
politique : légitimé quand il fait respecter les droits individuels, voici
que l’Etat devient arbitraire quand il crée
des « droits sociaux », une mécanique spoliatrice, fiscaliste et dirigiste :
« Cette grande fiction sociale à travers laquelle chacun croit vivre aux
dépens de tous les autres » (Bastiat). Qu’est devenu le libéralisme dans
l’affaire ? Les socialistes eux-mêmes reconnaissent à l’économie de marché
une certaine efficacité, c’est un bon instrument de la justice sociale. Ils sont
« pour l’économie de marché », mais « contre la société de
marché ». Sans souci de cohérence et sans peur du ridicule, on peut être
pour la libre entreprise et contre la propriété privée, pour le libre échange
et contre la concurrence, pour l’économie de marché et contre les marchands et
le profit. Cette confusion mentale ne conduit qu’à la ruine économique et à la
désorganisation sociale, à la lutte de tous contre tous pour se disputer les miettes
d’un gâteau qui aura disparu pour avoir été trop partagé. Vous
aurez deviné pour quelle raison je rappelle ces vérités premières. C’est que le
candidat de la droite française est apparu aux yeux des commentateurs et des électeurs comme un « libéral social ». J’avoue
ne pas savoir à cette heure s’il n’y pas chez lui quelque « social libéral ». Quand
Nicolas SARKOZY vante les mérites du travail personnel, quand il salue la réussite
due à l’effort, à l’entreprise, à l’épargne, il tient un discours libéral. Quand
il rappelle les vertus morales qui s’apprennent à l’école et les vertus civiques
indispensables à l’harmonie sociale, il tient un discours libéral. Quand il rappelle
aux fonctionnaires et salariés du secteur public qu’ils sont au service du public
et ne sauraient jouir d’aucun privilège, il tient toujours un discours libéral.
Quand il s’engage à diminuer les impôts, notamment ceux qui frappent l’épargne
et le patrimoine, il tient encore un discours libéral. Mais
quand il entonne l’hymne au dialogue social, à la participation, quand il multiplie
les promesses de « droits sociaux », y compris le droit au logement,
quand il se fait le chantre du patriotisme économique et condamne le dumping fiscal,
quand il endosse les utopies anti-capitalistes de Nicolas HULOT, ou quand il prône
la discrimination positive, on comprend que la rupture qu’il propose est réellement
« tranquille », et que le règne de la pensée unique risque d’être durablement
prolongé. En
fin de compte, le discours est difficilement lisible. Certaines phrases révèlent
une lucidité et un courage peu communs, elles enflamment
les militants mais aussi ceux qui en ont assez des stupidités et des violences
qu’on leur fait subir depuis un demi-siècle au moins. Mais il faut tout écouter,
les paroles comme la musique. Sur une musique libérale les paroles sont souvent
sociales et, pour tout dire, socialistes. La partition elle-même est écrite en
mode étatique. Sur les problèmes de l’école, des assurances sociales, des libertés
locales, un silence total entoure les solutions qui passent par la concurrence,
l’initiative privée et les procédures marchandes. Je
souhaite qu’au cours des mois à venir, les ambiguïtés disparaissent, et que Nicolas
SARKOZY, comme les autres candidats, parle haut et clair. « Soyez socialistes,
soyez libéraux, mais dites la vérité » demandait Jacques RUEFF. Chez beaucoup
d’électeurs, dont je suis, le besoin de vérité est pressant. La vraie rupture
c’est de se dire libéral. Il est vrai que ce n’est pas une rupture tranquille. Jacques
Garello Le 22
janvier 2007
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