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| RIEN N’EST FOUTU | |||||||||||||
| C’est ainsi, dans sa langue directe et imagée,
que Laurence PARISOT a résumé comment elle voit la situation de l’entreprise française
et le futur de la nation. La présentation de son ouvrage « Besoin d’air »
en ce jeudi matin au POPB marquait selon ses propres termes « l’entrée du
MEDEF dans la campagne de l’élection présidentielle ». Faute d’avoir à cette heure un candidat se
disant ouvertement libéral, nous voici dotés d’un programme patronal au sceau
du libéralisme, qui ne manque d’ailleurs pas de similitude avec notre « Guide
du Candidat », puisqu’il déborde souvent le domaine de l’économie pour traiter
de problèmes de société comme la réforme de l’Etat ou le futur de l’Europe. | ||||||||||||
Laurence Parisot
a conclu cette assemblée du MEDEF en s’opposant aux déclinologues
et aux démagogues. « Les deux jouent sur la même scène de théâtre ».
Aux déclinologues elle dit que la France n’est pas inexorablement
condamnée pour peu que les entrepreneurs retrouvent la liberté et s’y emploient.
Aux démagogues elle reproche d’exploiter les peurs et de promettre la lune grâce
à leur intervention magique - leur pensée archaïque et leur idéologie utopiste
ignorant ou méprisant l’entreprise. Leurs étreintes électorales sont fatales. Certes la situation de l’économie française
est grave. En quelques années, nous avons perdu en croissance et en compétitivité,
nous avons gagné en prélèvements obligatoires, en déficits et en dette publique.
Non seulement les entreprises sont pénalisées, privées de leur auto-financement, et grevées dans leurs coûts, mais les salariés
voient aussi leurs revenus amputés sans cesse par les prélèvements sur leurs payes.
Mais le génie français a pour l’instant résisté à ces facteurs délétères :
la créativité, l’adaptation, l’exportation ont permis de sauver l’essentiel. Laurence
PARISOT croit aux chances de la France : rien n’est foutu ! Rien n’est foutu si les réformes nécessaires
s’inscrivent dans l’action des gouvernements venus au pouvoir en 2007. Et Laurence PARISOT d’inciter les entrepreneurs
à « sortir de l’ombre », à quitter un moment ateliers et bureaux pour
aller au-devant des Français et leur expliquer les dangers qui les menacent sans
doute, mais mieux encore les remèdes à portée de mains, ceux que nos voisins proches
et lointains (comme le Canada) ont su appliquer avec un succès complet et rapide. Quels remèdes ? J’avoue avoir été soufflé
par l’audace des propos tenus par les divers chefs d’entreprises chargés de présenter
le programme conçu pour respirer. Les maux essentiels venant de l’Etat, il faut le réformer. La baisse des prélèvements obligatoires
est la mesure centrale de la libération entrepreneuriale
et de la création d’emplois. Elle n’est possible que si les dépenses publiques
elles-mêmes diminuent. Or l’appareil d’Etat est trop
lourd : il faut alléger les structures et supprimer un échelon d’administration.
Et les cotisations sociale sont trop élevées : il faut séparer la logique
de la solidarité de la logique de l’assurance, et rendre aux salariés l’argent
prélevé pour la couverture de la maladie, du chômage et des retraites. On a applaudi
deux patrons s’agenouillant pour prier l’Etat de leur permettre d’augmenter le salaire net de leur
personnel ! Quant aux services publics, on pourrait largement réduire leurs
coûts en les soumettant aux disciplines de la productivité : moins de fonctionnaires
et plus de qualité. Les patrons supplient aussi l’Etat de modifier radicalement la législation du travail. La
durée légale du travail hebdomadaire doit disparaître, l’âge d’entrée et de sortie
de la vie active doit être librement choisi. Enfin les conditions d’embauche et
de licenciement doivent être fixées contractuellement, et s’assouplir jusqu’à
instaurer une « séparabilité à l’amiable ». De façon générale l’Etat
légifère trop, et il faut inscrire dans la constitution la protection des droits
des contribuables, sans cesse menacés par une réglementation fiscale étouffante. Voilà : on étouffe en France. Au lieu
de promettre sans arrêt des revenus supérieurs – tout en rendant impossible toute
croissance réelle – les gouvernants devraient laisser respirer les Français entreprenants.
Au lieu de passer leur temps à chercher un meilleur partage du gâteau, ils devraient
s’occuper de la taille du gâteau. Laurence PARISOT et le MEDEF font le choix de
« l’économie dynamique », ils ont foi dans les qualités humaines des
gens de l’entreprise. Tout le monde peut faire mieux si on lui en donne l’occasion.
« J’aime l’économie de marché, elle tire vers le haut », dit ce président
du MEDEF de la Côte d’Or. « Le chemin vers la liberté s’appelle responsabilité»,
« L’entreprise est le lieu de l’ascenseur social », ont dit encore les
orateurs du MEDEF. Il est réellement réconfortant de voir les
chefs d’entreprises entrer à nouveau dans l’arène politique, non pour adouber
un candidat en particulier, mais pour rappeler à tous les candidats ce qu’ils
attendent de leurs futurs élus. Droite ? Gauche ? Laurence Parisot s’en est expliquée : c’est aux Français à faire
le choix de leur candidat, le MEDEF se contente d’informer et de dire ses attentes.
Comme tous les gens de la société civile, les entrepreneurs en ont assez d’écouter
les politiciens, ils veulent maintenant être écoutés. C’est un beau sursaut de la société civile.
Les efforts patronaux viennent renforcer ceux que les intellectuels libéraux ont
menés en rédigeant leur Guide. Nous consacrerons d’ailleurs plusieurs papiers
à une analyse comparative des deux programmes. Mais, avec des leaders comme Laurence
PARISOT, j’en suis sûr, on peut réellement dire : rien n’est foutu. Jacques GARELLO Le 29 janvier 2006
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