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La façon
de se vêtir et de se coiffer n’est pas une affaire d’Etat.
Seuls les régimes totalitaires ont imposé une apparence uniforme et ont
imposé leurs goûts. Nous voici parvenus aux limites extrêmes de l’Etat-Providence,
quand il devient Etat Total. En France, il n’y aura bientôt plus de domaine
privé. L’Etat pénètre dans nos maisons, dans
nos voitures, dans nos habits, dans nos joies et nos peines, il nous dit
comment manger, comment voyager, comment nous divertir, nous cultiver,
nous soigner, nous loger. Pour notre bonheur, pour notre salut, pour notre
progrès matériel et moral sans doute : merci l’Etat !
La loi est
l’arme absolue de l’Etat Total. Elle a pour
elle la légalité, le suffrage universel, la démocratie. Les élus ne sont-ils
pas les « représentants du peuple » ? Ils sont donc là
pour produire des textes, encore des textes et toujours des textes. Notre
législation et nos dirigeants politiques sont persuadés qu’une loi peut
tout arranger. Ils ne savent pas que la loi n’est pas légitimée par le
vote, mais par son ordination au droit. Elle n’est faite que pour donner
consistance aux droits individuels, elle facilite leur pratique quotidienne.
Ce n’est pas la loi qui fait le droit, mais le droit qui dicte la loi.
Bastiat ne s’y trompait pas. Quelle référence au droit permet-elle aujourd’hui
de légiférer sur les signes ostentatoires ? Quel droit individuel
entend-on protéger ? La laïcité est-elle de droit naturel ?
Ce concept politique a-t-il préséance sur la liberté de chacun de se donner
l’apparence et les convictions de son choix ?
Les partisans
de la loi avancent un premier argument : c’est la meilleure réponse
à la violence organisée par des minorités fanatiques. On dit que nombre
de parlementaires se sont convertis à l’idée d’une loi en réaction contre
la manifestation innommable organisée samedi dernier : la loi démontrerait
que l’on n’a pas peur. Mais qui a la mission de lutter contre la violence
et de rétablir l’ordre dans une société civilisée : la police et
la justice, ou la loi ? La loi indique simplement ce que le policier
et le juge doivent faire : arrêter, juger les coupables de telles
outrances. Faiblesses face à la violence ? Ce qui est en cause ce
n’est pas la faiblesse du législatif, qui en fait déjà trop, c’est la
faiblesse de l’exécutif.
Les partisans
de la loi ont un second argument : ils invoquent la laïcité scolaire.
Que la sérénité requise par l’étude et l’éducation puisse être menacée
par une tentative de déstabilisation de la part d’une minorité qui veut
imposer sa loi, je n’en doute pas. Mais la riposte est inadaptée et dangereuse.
Inadaptée parce que la racine du mal est dans le monopole de l’Education Nationale,
qui détient un pouvoir extraordinaire sur les jeunes enfants. Conquérir
l’Education Nationale, c’est conquérir le pouvoir. Dans « le
voile et la croix » j’avais fait le parallèle entre l’impérialisme
culturel des marxistes et celui des islamistes et j’avais soutenu que
la meilleure parade était dans la pluralité, dans l’éclatement du système
public d’enseignement. S’il y avait une véritable concurrence scolaire,
l’enjeu culturel et politique de l’école serait moindre. Au demeurant,
cette réaction est aussi inadaptée par son ampleur : grâce à la politisation
et à l’annonce de la loi, des incidents mineurs, des écarts de conduite
qui auraient pu se régler sur place et tout de suite, sont devenus des
affaires d’Etat. Enfin cette riposte, inadaptée à tous points de vue,
est dangereuse. Elle amplifie les ambiguïtés de la laïcité, en privant
les Français d’affirmer leurs convictions religieuses. Au prétexte qu’une
minorité porte le voile, la majorité de ceux qui portent ou voudraient
porter la croix est privée de cette liberté. Les promoteurs de la loi
confirment le renoncement (pour ne pas dire le reniement) à la tradition
judéo-chrétienne sur laquelle est fondée notre culture nationale.
Les philosophes
des Lumières et surtout leurs disciples révolutionnaires ont voulu en
1789 couper la France de ses racines. Il n’y ont
pas réussi totalement. Leurs descendants actuels s’y emploient à nouveau.
La liberté religieuse est en danger.
Notre devoir
est de l’affirmer et de convaincre tous ceux qui, de bonne foi, pensent
s’opposer au fanatisme par l’intolérance. La solution n’est pas dans l’intolérance
mais dans la foi et l’ancrage dans les valeurs morales de la liberté.
Jacques
Garello
Le 26 Janvier 2004
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