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Lors de son allocution télévisée de mardi dernier, Lionel Jospin a abordé des sujets traditionnels tels la croissance, le chômage, les 35 heures et… la Taxe Tobin. Cet impôt sur les mouvements financiers constitue à la fois la bête noire et le fer de lance du non-candidat socialiste. Difficile, dés lors, de séduire tous les électeurs et partisans de la gauche plurielle. Le premier ministre s’est une nouvelle fois livré à un numéro de funambulisme … Le principe de la taxe Tobin fut inspiré, en 1971,
par le prix Nobel d’économie américain du même nom, James Tobin. Cette
taxe sur les mouvements de capitaux, et notamment sur les transactions
monétaires, vise à freiner ces mouvements et à redistribuer les fonds
prélevés vers les pays les plus pauvres. A première vue, cette taxe philanthropique
permettrait d’exploiter les soi-disant effets pervers de la mondialisation
pour redistribuer l’argent vers les pays pauvres et réduire ainsi les
inégalités entre pays pauvres et pays riches. Cependant, la réalité est
toute autre, et les modalités d’application s’avèrent complexes. Les partisans de cette taxe (envisagée à un taux très
bas, entre 0,02% et 1%) expliquent qu’elle freinerait la spéculation de
court terme, mais sans affecter les échanges de marchandises. Or, pour
cela, cette taxe Tobin devrait être universelle afin d’éviter les délocalisations financières. En effet,
si cette taxe est appliquée uniquement en Europe, par exemple, alors les
mouvements de capitaux et les transactions monétaires visés se déplaceront
vers les places boursières américaines ou asiatiques. Sans ces mouvements
de capitaux européens, la taxe Tobin aboutirait à une faible recette fiscale,
et à un dangereux affaiblissement de l’économie européenne ; les
échanges s’affaisseraient, la croissance faiblirait de plus belle et le
chômage repartirait fortement à la hausse. Au final, l’économie réelle
serait gravement atteinte par cette délocalisation des mouvements de capitaux.
En outre, l’application commune d’une telle mesure fiscale à tous les
pays européens, voire mondiaux, relève de la pure utopie. Un des leaders
de l’Union Européenne s’est déjà explicitement prononcé contre cette taxe :
l’Allemagne. Le secrétaire d’Etat allemand, Alfred Tackle, a explicitement
déclaré lundi dernier que « personne dans les pays industrialisés
ne veut de la taxe Tobin, le gouvernement allemand non plus ». Au
niveau mondial, les Etats-Unis ne débattent même plus de cette utopie,
qui n’avance finalement à rien. En outre, techniquement, cette taxe est inapplicable.
De par les nombreuses innovations électroniques et financières qui accompagnent
les marchés des changes, aucune technique ne permettrait de taxer tous
les mouvements monétaires. En outre, nombre de spéculateurs trouveraient
sans doute rapidement la parade pour éviter cette taxation. Seuls les
petits porteurs ne pouvant « s’évader » devraient finalement
s’acquitter de ce prélèvement, à l’image des droits de garde aujourd’hui.
De quoi décourager l’épargne salariale, celle-là même qui pourrait aider
à sauver les retraites ! Alors pourquoi diable Lionel Jospin a-t-il remis cette
lubie de taxe Tobin sur le tapis ? Est-il à ce point ignorant de
ces considérations et enjeux économiques internationaux ? A vrai
dire, le premier ministre s’est livré à une manipulation électorale et
non pas à une analyse économique. Rappelons en effet qu’en janvier dernier,
le parlement européen avait rejeté de 6 voix une motion demandant à la
Commission européenne d’étudier la faisabilité d’une telle taxe. Et parmi
ces six « non » figuraient les voix d’Arlette Laguillier et
de ses acolytes car la mesure n’est pas assez radicale à leurs yeux ;
autant dire que cette taxe Tobin est source de zizanie dans la gauche
plurielle française. Dés lors, quelle crédibilité accorder à la requête
du premier ministre français ? La position de Lionel Jospin sur la
question n’est d’ailleurs pas très claire. Dans son allocution télévisée de mardi dernier, le
premier ministre s’est dit « favorable à ce que la France propose
que l’Union européenne prenne une initiative au plan international »
à propos de cette fameuse taxe. Autrement dit, des émissaires de l’Union
européenne devraient s’entretenir avec des instances internationales,
telles que le FMI, pour initier la possible mise en place de cette taxe
Tobin, et cela, malgré les prises de position défavorables de leaders
économiques mondiaux tels que l’Allemagne ou les Etats-Unis. En outre,
Jospin a attendu la présidence belge de l’Union européenne pour formuler
cette requête, alors qu’il aurait très bien pu s’en charger lui-même durant
la présidence française du premier semestre 2001 ! Une nouvelle fois,
en proclamant la nécessité d’une consultation au niveau européen, le Premier
ministre prend très peu de risques, à l’image des nombreuses commissions
et sous-commissions qu’il a pu créer tout au long de son mandat. En ce
mardi 28 août, Jospin a surtout tenté de calmer la grogne qui règne dans
les rangs de la gauche plurielle, il caresse dans le sens du poil les
partisans socialistes rencontrés dimanche soir à la Rochelle. Car, sans
majorité plurielle ; il n’y a pas d’Elysée possible pour le Premier
ministre. A l’approche d’échéances électorales décisives, le non-candidat
Jospin essaye de « ratisser large » les voix des électeurs ;
il devient flou dans ces prises de position, et ses engagements se révèlent
ambigus. Ainsi, Jospin est favorable à un débat international sur la taxe
Tobin, mais il ne soutient pas clairement et explicitement cette mesure ;
pour tromper les électeurs indécis, il se dit « proche de cette préoccupation »,
sans s’engager davantage. Et pour faire du pied à ses partisans, il ajoute
une pointe d’idéologie en qualifiant la principe de la taxe Tobin de « formidable
objet de débat démocratique ». Laurent Fabius n’est pas plus au fait des réalités
techniques et concrètes d’une taxation internationale. Certes, d’un côté,
il souligne l’impossible mise en place de la taxe Tobin qu’il juge
« juste », mais « problématique ». Mais, d’un autre
côté, le ministre français de l’économie et des finances propose lui aussi
une taxe qui exploiterait les « dérives de la mondialisation »
pour réorienter des fonds financiers vers les pays pauvres. Laurent Fabius,
en tant que ministre français des finances, travaille sur le « le
projet d’une taxation des mouvements internationaux de ventes d’armes »,
dont l’idée était au cœur des revendications communistes dans les années
70. En d’autres termes, Fabius perd son temps sur un projet encore plus
farfelu que la taxe Tobin ! Comment taxer des ventes d’armes, illégales
pour la plupart ? Cette taxation ferait automatiquement augmenter
ces prix de vente ; acheteurs et vendeurs se tourneraient alors vers
le marché noir et ses marchandises non taxées. La recette des ventes d’armes
dans les pays où elles sont taxées ne manquerait pas de s’effondrer. Sans
compter le manque à gagner pour le fils Mitterrand ! A l’instar des fonds secrets, la taxe Tobin constitue
un dossier noir de la gauche plurielle. Entre réalité objective et idéologie
socialiste, le fossé est de taille. Le premier ministre pense malgré tout
pouvoir le franchir grâce à une vague consultation internationale superflue
et perdue d’avance, de façon à caresser ses partisans, et donc électeurs
potentiels, dans le sens du poil. Gageons que la France perdra une nouvelle
partie de sa crédibilité internationale quand elle cherchera à convaincre
ses partenaires européens de la nécessité d’un débat mondial, à l’occasion
du Conseil Ecofin des ministres européens de l’économie et des finances,
les 22 et 23 septembre prochains à Liège. Une dernière précision : l’inventeur de cette
« taxe », le prix Nobel d’économie J.Tobin, vient de déclarer
qu’elle était inapplicable et qu’il n’avait rien à voir avec les anti-mondialistes,
hostiles à la mondialisation et au commerce, qui utilisent son nom en
tord et à travers...dans un esprit anti-capitaliste qui n’était pas du
tout le sien. Du coup, M.Tobin devient beaucoup moins intéressant aux
yeux des partisans de la taxe qui porte son nom ! Mots clefs : Bourse/cotation,
Electeur, Europe,
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