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CONJONCTURE
DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 8 SPTEMBRE 2001 - N° 677 : |
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TOBIN ATTAQUE L’ATTAC
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La
taxe TOBIN, quel succès ! Non seulement elle est la raison d’être
de l’ATTAC, non seulement il se trouve actuellement 154 députés français
favorables à la taxe, mais tous les candidats à la Présidence déclarés
à ce jour se sont crus obligés d’en parler pour l’approuver à l’exception
d’Alain MADELIN. Celui-ci a déclaré « En dessous du zéro de la
pensée économique, on ne peut pas faire mieux. D’ailleurs aucun dirigeant
étranger n’est pour ». Bref,
la taxe TOBIN semble faire désormais partie du patrimoine culturel français,
de la fameuse « exception française ». Pour
le malheur des gens de l’ATTAC et des autres, il se trouve que James
TOBIN, père présumé de cette fameuse taxe, vient d’asséner un grand
coup sur la tête des anti-mondialistes en affirmant (dans l’hebdomadaire
allemand Der spiegel) que les gens qui se réclament de lui n’y ont rien
compris et « détournent son nom ». Il
n’est pas sans intérêt de rappeler en quoi consiste l’abus de TOBIN :
la taxe n’a pas été imaginée en vue de neutraliser le marché financier
mondial, et le prix Nobel d’Economie est un partisan et non un adversaire
de la mondialisation. UNE VIEILLE RECETTE DÉPASSÉE James
TOBIN rappelle dans quelles conditions il avait été amené, il y a plus
de vingt ans, à envisager une telle taxe. Nous étions alors en plein
soubresauts du système monétaire mondial, car la savante construction
appelée «Système de Bretton Woods» mise en place en 1945 avec le Fonds
Monétaire International et le principe du « gold exchange standard »
était en pleine déconfiture. L’expérience des parités fixes artificielles,
dénoncée par Milton FRIEDMAN, avait lamentablement échoué. Les taux
de change explosaient dans toutes les directions. Quelques spéculateurs
(comme le célèbre George SOROS) ne se sont pas privés de profiter de
l’occasion. Pour les uns, ce n’était qu’une manière adroite de tirer
parti de la stupidité des politiques monétaires de divers gouvernements :
après tout le spéculateur est celui qui fait apparaître aux yeux de
tous qu’une monnaie est sous ou sur-évaluée, et qu’une banque centrale
est en train de filer du mauvais coton. Pour les autres, comme TOBIN,
cette spéculation devenait malsaine au-delà d’une certaine intensité
et s’il était légitime de chercher refuge dans une bonne monnaie en
spéculant contre une mauvaise monnaie, il n’était pas normal de s’enrichir
sur des « coups d’accordéon » en quelques heures (surtout
quand on disposait d’informations auprès des banques centrales). D’où
l’idée d’une taxe pour ralentir le jeu spéculatif en le rendant moins
lucratif. On
a sur-le-champ mis en doute l’efficacité et la légitimité d’une telle
suggestion. Milton FRIEDMAN, George STIGLER, Gary BECKER ont critiqué
TOBIN - et l’affaire a été classée. Entre temps le marché des changes
s’est stabilisé, parce que presque toutes les banques centrales se sont
alignées sur le « monétarisme » prôné par FRIEDMAN, en protégeant
la monnaie des assauts des gouvernements jusque là trop enclins à financer
leurs dépenses et leurs déficits publics en émettant de la mauvaise
monnaie, des « faux droits » (Jacques RUEFF). De sorte que
cette taxe est surannée, décalée, par rapport au contexte monétaire
actuel. Ne
nous faites pas dire que celui-ci est tout à fait satisfaisant. Il souffre
de très nombreuses imperfections mais elles ne se guériront pas avec
des taxes et des cartels d’Etat comme le G8 ou le FMI, mais bien avec
la totale liberté et concurrence des monnaies. De ce point de vue, l’Euro
est aussi une recette surannée. TOBIN POUR LE LIBRE ECHANGE MONDIAL Mais
ce que vient de rappeler James TOBIN c’est qu’en aucun cas il n’a voulu
gêner ni le marché financier international ni davantage le libre-commerce
mondial. Il
se déclare explicitement « un partisan du libre commerce »
et il ne comprend pas les positions protectionnistes des anti-mondialistes.
Et
il ne mâche pas ses mots « Je n’ai pas le moindre point commun avec ces casseurs de carreaux antimondialisation ».
Quel
économiste responsable pourrait aujourd’hui être contre le libre commerce
mondial ? Il
pêcherait par utopisme, puisque plus de la moitié du produit mondial
dépend directement des échanges extérieurs, puisque le marché financier
se fait sur réseau électronique que nul gouvernement ni cartel d’Etats
ne peut contrôler ou annuler (couper l’électricité dans un pays pour
bloquer les ordinateurs ne servirait à rien, il faudrait imaginer un
« interrupteur mondial » - BASTIAT parlait d’un corps de fonctionnaires
« enrayeurs » chargés de stopper tout effort de produire et
d’échanger). Un
économiste « enrayeur » irait contre le principe même de l’économie,
qui n’est autre que l’échange volontaire. Il irait contre Adam SMITH
et tous les autres qui ont expliqué que la « richesse des nations »
n’avait d’autre origine et d’autre contenu que l’ouverture de l’espace
des échanges, la diffusion des connaissances et la complémentarité entre
individus. Enfin
un économiste « enrayeur » oublierait que la liberté des échanges
n’est qu’une des formes de la propriété. C’est le droit susceptible
de chacun de disposer du fruit de son activité. Qui peut nous dire si
nous devons acheter une voiture japonaise, italienne ou française ?
Manger du saumon de Norvège ou de la truite du Lignon ? Nous assurer
à la Lloyd’s ou chez AXA (au demeurant multinationale ?). La
mondialisation n’est donc qu’une forme nouvelle et souhaitable de la
liberté. Qu’elle ait des effets sur notre culture et nos traditions
ne fait pas de doute. Mais le premier effet sera sans doute de nous
débarrasser d’un chauvinisme ridicule et de nous apprendre à connaître
les autres et accepter la différence. Un autre effet sera de rendre
un réel service à tous ceux qui, dans le monde, ne peuvent survivre
et progresser qu’en entrant dans le concert mondial. Le nationalisme
et l’autarcie débouchent sur la misère et la guerre.
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