ATTAC S’ATTAQUE AUX DROITS DE PROPRIETE


Sous la rubrique "Idées fortes", L'Expansion N°652 du 13-26 septembre 2001 publie une interview de Bernard Cassen, « grand chef » du Monde Diplomatique et d'ATTAC. Le discours, bourré de contradictions et d'amalgames idéologiques, a le mérite d’en dire plus sur les arrières pensées. Le message principal est annoncé par le titre : "Limitons le droit de propriété". Une idée dont l'application a entraîné la mort de dizaines de millions de personnes, qui en a appauvri des milliards d'autres, et qui résiste malgré son absurdité démontrée ne peut être qu'une idée forte. Stupide, mais forte.


Essayons d'analyser les idées avancées par Bernard Cassen. C'est facile, car ce sont les vieilles lunes marxistes, totalitaires, constructivistes, collectivistes, opposées par principe à tout ce qui s'apparente à la liberté individuelle et au droit de propriété en tant que bouclier de cette liberté.

1. La mondialisation, c'est "seulement" le commerce (donc elle est suspecte). Elle est "impulsée exclusivement par les marchés financiers, qui ne visent que leur intérêt et ont pour objectif de laminer les collectifs constitués". Pourtant, le commerce, le marché sont synonymes d'échanges volontaires. Pour vendre, il faut bien trouver un acheteur et répondre à l'intérêt de celui-ci. Et puis, il n'y a pas que les multinationales qui produisent et qui exportent : l’essentiel de la production et des exportations est le résultat de l'activité des PME. On ne comprend pas ce qu'il y a de mal à produire et à vendre, autrement dit, à rendre service aux autres.

2. Bernard Cassen n'en tient pas compte. Il préfère l'internationalisation qui, "part de collectifs constitués, passe par les États et les représentations légitimes des peuples et vise à l'universel". En clair, cela veut dire que le commerce n'est bon que s'il se déroule entre des États, (c'est une approche mercantiliste), comme dans le cas des anciens pays communistes et autres dictatures, où le commerce extérieur (entre autres) était un monopole étatique. Le collectif est préféré par principe à l'individuel. Il s'agit bien sûr du collectif organisé (par qui ? comment ? dans quel but ?), pas d'un collectif spontané. Le "Parti" est préférable à l'entreprise, même si celle-ci est un collectif (organisé !) d'actionnaires.

3. "Savez-vous que nous avons un seul logo et un seul drapeau sur toute la planète ?" Là, on ne comprend pas ce qu'il veut prouver : McDonald et toute autre entreprise peut affirmer la même chose.

4. "Vous ne me ferez pas croire qu'une ouvrière chinoise fabriquant à Shenzhen des collants qui seront portés par une bourgeoise française contribue en quoi que ce soit à l'amitié franco-chinoise". Passons sur le fait que les collants ne sont pas portés seulement par les bourgeoises françaises, mais aussi par des "prolétaires", qu'elles soient françaises ou non. En effet, il est difficile d'affirmer à quel point l'amitié franco-chinoise est stimulée par cette transaction, mais il y a deux choses qui sont certaines. D'une part, il est préférable que les gens fassent du commerce (échange volontaire), plutôt que la guerre (destruction, violence, vol). D'autre part, la fabrication et la vente des collants permettront à l'ouvrière chinoise de mieux nourrir sa famille. Peut-être même achètera-t-elle du fromage de chèvre produit par les amis de José Bové.

5. "Il faut réduire les échanges au strict minimum nécessaire, afin de ne pas hypothéquer la survie de la planète". Concrètement, cela veut dire quoi ? Qui doit déterminer ce "strict minimum" ? Bernard Cassen se voit comme tous les constructivistes, parmi les "déterminateurs", parmi les organisateurs, parmi les grands architectes du monde nouveau, parmi les manipulateurs génétiques de "l'homme nouveau", objectif déclaré de tous les totalitarismes.

6. "Le raisonnement de Ricardo sur les avantages comparatifs postulait l'immobilité des facteurs de production. Or si le travail est toujours relativement immobile, le capital, lui, est infiniment mobile. Donc tous ceux qui invoquent Ricardo pour justifier le libre échange sont des ignorants ou des imposteurs". Cette "déduction" est un outrage à la logique : prouver que le libre échange est avantageux en cas d'immobilité des facteurs ne signifie pas qu'il ne soit pas avantageux lorsque les facteurs sont mobiles ou lorsqu'ils n'ont pas la même mobilité. Ricardo démontre que l'échange et la spécialisation sont avantageux même si les facteurs sont immobiles, même si un "pays" n'a aucun avantage absolu sur les autres (c'est-à-dire même s'il n'est le meilleur dans aucun domaine). Remarquons aussi que Ricardo s'adresse aux mercantilistes : il parle d'échanges entre pays, alors que les échanges dits "internationaux" se font en réalité entre des producteurs-consommateurs de différents pays et non pas entre nations.

Plus généralement, le simple fait qu'un échange se produise est suffisant pour prouver qu'il est désiré par les deux parties. La mobilité des facteurs ne diminue pas l'intérêt de l'échange, elle le facilite et le réoriente en fonction des modifications des prix relatifs de ces facteurs.

7. Bernard Cassen fait ensuite le traditionnel amalgame entre l'OCDE, le FMI, la Banque mondiale, le Trésor américain, l'OMC, etc., d'une part et le libéralisme d'autre part. C'est faux et absurde : il s'agit, sans exception, d'institutions (inter-)étatiques, de bureaucraties nationales et internationales, que les vrais libéraux n'ont cessé de dénoncer. Bernard Cassen a une bonne idée : il propose de privatiser l'OCDE. Les libéraux ne peuvent qu'être d'accord. Ils posent tout de même une question : pourquoi privatiser seulement l'OCDE ?

8. Cependant, en continuant la lecture de l'interview, on ne comprend pas pourquoi il faut privatiser quoi que ce soit, puisque selon Bernard Cassen "il faut réfléchir à de sérieuses limitations à apporter au droit de propriété". L'idéal marxiste est là, en toutes lettres. Plus loin, il est précisé que "pour nous, la taxe Tobin, ce n'est qu'un début […]. Mais quand nous l'aurons obtenue, nous demanderons plus, beaucoup plus". Ce n'est donc que le début de la "lutte finale". Toute l'interview est en fait une préparation à cette déclaration-programme. Les arguments invoqués en faveur d'une limitation du droit de propriété sont fondés sur l'envie (il faut faire payer les riches parce qu'ils sont riches) ou sur ce qui tient en fait de l'absence de droit de propriété. Les exemples touchent à l'écologie : les entreprises n'intègrent pas dans leurs coûts les dégâts provoqués à l'environnement ("externalités négatives"). Nous avons plusieurs fois expliqué sur ce site que les problèmes de l'environnement proviennent d'une insuffisance ou d'une mauvaise définition des droits de propriété. Les pires dégâts provoqués à l'environnement se sont produits dans des pays ou la propriété appartenait "au peuple entier", et était gérée par les "collectifs organisés" chers à Bernard Cassen. Pensons à Tchernobyl, à la Mer d'Aral et plus généralement à n'importe quel site industriel, lac ou rivière dans les anciens pays communistes.

Bernard Cassen fait partie de ces faux prophètes, ces marchands d'illusions et de frayeurs, ces manipulateurs de formules creuses, de ceux qui s'adressent tantôt à ce qu'il y a de mieux en l'homme (souci du prochain, générosité, solidarité etc.), tantôt à ce qu'il y a de pire (envie, haine, peur du nouveau etc.) dans le seul but de l'entraîner vers une voie condamnée par la raison, par la morale et par l'histoire. Il fait partie de ces idéologues qui n'ont rien appris et rien compris du XX-ème siècle. Entendons-le, pour comprendre par qui et comment la liberté est menacée, mais ne l'écoutons pas.

Mots-clés : Bureaucratie, Commerce, Communisme, Échange, État, Idéologie, Libéralisme, Liberté, Marxisme, Totalitarisme.