ACTUALITE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 14 DECEMBRE 2002 -
N° 733


LE SECRET DES FINANCES SYNDICALES


A l’occasion des élections prud’homales du 11 décembre, notre confrère Valeurs actuelles a publié dans son numéro daté du 6 décembre un intéressant dossier sur le syndicalisme français. On y apprend par exemple que 8% seulement des salariés français sont aujourd’hui syndiqués. Ils étaient 40% en 1950 et 15% en 1985. C’est le taux le plus faible d’Europe, alors qu’il est encore de 27% en Allemagne où de 32% en Grande-Bretagne. Et encore, les retraités à eux seuls constituent 22% des effectifs des syndicats. Et on sait que les syndicats sont surtout présents dans le secteur public, alors que le taux de syndicalisation ne dépasse pas 5% en moyenne dans le secteur privé et qu’il se situe même en dessous de 2% dans certains secteurs comme la métallurgie.

Mais dans ce dossier, c’est le financement qui a retenu notre attention. Il constitue selon Valeurs actuelles « le grand tabou. L’argent des syndicats reste l’un de secrets les mieux gardés de la République ».

Officiellement, les cinq centrales syndicales reconnues comme représentatives vivent « des cotisations de leurs adhérents ». On peut en douter quand on voit le taux de syndicalisation et qu’on sait que beaucoup de syndicalistes ne paient même pas leur cotisation. « Prétendre que les syndicats vivent de cotisations, ce n’est pas sérieux. C’est comme affirmer que le PC vit de la vente du muguet le 1er mai ». En réalité, les cotisations représentent au mieux 20% des ressources. Or les dépenses s’élèvent à 80 millions d’euros pour les seuls budgets confédéraux. Une étude ancienne d’Hubert Landier et Bernard Vivier avait déjà montré que c’est pour l’essentiel l’Etat qui finance. Et les choses ne se sont pas arrangées avec le temps. Le ministère du travail en particulier finance, au nom de la formation ou de l’information économique et sociale prés de 500 millions d’euros… « L’Etat octroie également aux syndicats des avantages fiscaux, notamment pour les taxes sur les salaires ou pour la taxe professionnelle ».

Les collectivités locales participent également, par exemple en abritant les sections syndicales dans les bourses du travail ou en prenant en charge les frais (chauffage, éclairage,…). La caisse nationale d’assurance maladie et autres organismes paritaires accordent aussi des aides aux syndicats.

« Le plus spectaculaire est sans nul doute l’armée de permanents mis à disposition par l’Etat et par les entreprises en application du droit du travail. (…) Nombre de ces professionnels sont à la disposition des syndicats qui les emploient dans leur propre appareil ». En clair, ils ne vont jamais dans leur administration ou leur entreprise, mais sont payés par elles. Rien que pour l’éducation nationale, un rapport sénatorial avait évalué à 7000 le nombre de bénéficiaires d’une décharge syndicale partielle ou totale.

On comprend mieux dans ces conditions certaines caractéristiques du syndicalisme français, et en particulier son irresponsabilité : c’est le contribuable ou le client, suivant les cas, qui paie. Etre syndicaliste, c’est en France un métier financé par d’autres. C’est sans doute cela qui donne ensuite le droit aux syndicalistes de bloquer contribuables, usagers ou clients par des actions de force.