|
ACTUALITE
DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 16 MARS 2002 - N° 703 |
||
|
|
||
|
Pourquoi plus de cent mille personnes dans les rues de Barcelone ? Les syndicalistes et corporatistes de l’Europe entière auraient-ils compris qu’ils allaient voir leurs privilèges réduits en poussière par la nouvelle orientation « néo-libérale » qu’AZNAR, BLAIR et BERLUSCONI impriment à l’Europe ? Manifestation de la dernière chance, ou annonce d’une action révolutionnaire généralisée mettant l’Europe à feu et à sang dans les mois à venir ? A voir la détermination des manifestants, et la violence de leur comportement, on peut s’attendre à des lendemains qui chantent. Mais il n’en demeure pas moins que les privilèges syndicaux sont amenés à disparaître avec le libre-échange, et que l’Europe ne sera pas cette chasse gardée que les corporatistes avaient imaginée et appelée de leurs vœux depuis Maastricht. Barcelone pourrait être
la fin de l’Europe de Jacques DELORS, et de l’espoir de redonner au
niveau de l’Union une nouvelle chance au socialisme, en transformant
cette nouvelle zone sociale en forteresse à l’abri de la mondialisation.
Voilà d’ailleurs pourquoi les anti-mondialistes sont de la fête. Tous
ces braves gens avaient cru qu’il était possible de bâtir une Europe
« sociale », c’est à dire anti-économique : ignorant
la concurrence, le commerce international, les contraintes de l’entreprise
et de la productivité, la nécessité et les bienfaits du profit. Bref,
une Europe des syndicats et des politiciens, opposée à l’Europe « des
marchands », expression que l’on veut méprisante. Il se trouve cependant que les peuples d’Europe ont porté au pouvoir des gouvernants avec la mission de sauver l’Union de la ruine économique, du chômage massif, non pas grâce à un repli frileux, mais en acceptant les défis de la mondialisation. Ces gouvernants, venus d’horizons politiques différents, ont avec lucidité analysé les causes de l’Eurosclérose et de l’Eurochômage. Seuls les Allemands, encore hésitants et en année électorale incertaine, et les Français, en année électorale mais n’ayant pour leur part aucune hésitation, se sont opposés à ce pacte de libéralisation de l’Europe. La première clause du pacte est la mise en concurrence de tous les secteurs d’activité, et la deuxième est la libéralisation du marché du travail. Les deux sont évidemment liées : pour instaurer une vraie concurrence il faut donner une totale mobilité du travail et des entreprises à l’intérieur du territoire de l’Union. Voilà de quoi provoquer la colère des cégétistes, de BOVE et de l’ATTAC, et de tous les partisans de l’Europe « sociale », qui signifie en réalité non pas l’attention portée aux plus faibles et aux plus pauvres, mais le maintien des privilèges syndicaux, qui vont parfois jusqu’au scandale (voir l’étude de Capital sur le financement des syndicats ci-contre). La honte de nos hommes politiques et de nos candidats c’est que de CHIRAC à JOSPIN, en passant par CHEVENEMENT, LE PEN et BAYROU, sans oublier bien sûr Robert HUE, Noël MAMERE et Arlette LAGUILLER, tous sont solidaires des manifestants de Barcelone. Alain MADELIN constitue la seule eception – elle est notable. Nous voulons donc une fois de plus cultiver l’exception française, qui est en réalité « l’aveuglement français » comme l’écrivait Philippe Manière. C’est à base de « services publics à la française », d’ « exception culturelle », quand on n’a pas le culot d’invoquer « l’économie humaniste » ou la franchise de parler de « la lutte des classes ». Barcelone pourrait être l’occasion de sauver les Français de la stupidité et des mensonges de leurs dirigeants politiques et syndicaux. Car si les autres pays européens persévèrent dans leurs intentions et ne tiennent aucun compte de l’opinion de ce tandem qui ridiculise la France, quels que soient les gens au pouvoir à Paris, ils devront dans quelques mois cesser de gouverner avec les corporations, pour gouverner suivant nos intérêts : nous cesserons d’être des Européens de seconde zone. |
||
|
|