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LES FRANÇAIS OTAGES DU POUVOIR DES CHEFS SYNDICAUX Les Français en ont pris leur parti : la « rentrée sociale » est un rude cap à passer pour ceux qui veulent vivre dans des conditions normales. Ils se débattent chaque jour dans d’inextricables difficultés, mais les grévistes en rajoutent volontiers une couche. La conjoncture internationale, tant économique que politique, pourrait tempérer l’énergie des contestataires. Mais ici, point de « syndicats citoyens » : le premier ministre, qui exhorte les consommateurs à dépenser pour sauver les emplois, n’a évidemment rien à dire à ceux qui vont conduire les entreprises françaises un peu plus près du gouffre où elles vont s’abîmer. Le contenu des revendications n’est plus à rappeler : on nous les rappelle avec insistance dans les médias, comme si répétition vaut raison. Hausse des salaires, amélioration des retraites, salaire minimum d’embauche relevé, gestion des trente cinq heures (ce nouveau fléau social). Pour les routiers s’ajoute la pétition d’ « harmonisation » qui signifie de mettre toute l’Europe, y compris l’Europe de l’Est, à l’heure de la France : tous mieux payés pour moins d’heures de travail. Une telle attitude est irresponsable d’un point de vue économique. La hausse des revenus et la réduction du temps de travail ne sont concevables que dans des entreprises dont la productivité augmente, c’est à dire réussissant à offrir des services de meilleure qualité à des prix inférieurs. Cette logique marchande repose sur les bienfaits de la concurrence. Mais voici précisément où le bât blesse : les grévistes se recrutent exclusivement dans des entreprises qui ne sont ni marchandes ni en concurrence. De ce point de vue d’ailleurs, les chauffeurs routiers ont tort d’aligner leur conduite sur celle des cheminots, traminots et autres ; car les entreprises qui les emploient sont, elles, soumises à la concurrence européenne et vont s’effondrer dans peu de temps si les âneries des trente cinq heures et autres réglementations imaginées par les socialistes ne disparaissent pas. Evidemment de tels risques n’existent pas dans les services « publics », entendez : les services qui se moquent du public, les monopoles qui n’ont aucun souci ni pour leur équilibre financier (le contribuable paye pour l’usager) ni pour l’emploi (les sureffectifs sont un principe, et l’Etat en rajoute périodiquement) ni pour leur clientèle (les usagers sont prisonniers puisque nulle concurrence n’est tolérée). Une telle attitude est également irresponsable du point de vue juridique. Le « droit de grève » tel qu’il est conçu et appliqué en France est une mascarade, qui garantit l’impunité des grévistes. Les violences, les exactions, les dommages du fait des grévistes ne donnent lieu ni à répression ni à réparation. Les chefs syndicaux bénéficient d’une immunité qui leur permet de se livrer à leur noble mission en étant payés par les employeurs sans fournir le moindre travail, ils ne peuvent être licenciés et même en cas de licenciements collectifs (ce qui ne risque pas de se produire à la SNCF ni à la RATP d’ailleurs) ils sont toujours préservés. Le monopole de la représentation syndicale du personnel et le statut des syndicalistes sont des encouragements puissants pour cette caste d’intouchables, au dessus des lois : ce sont les nouveaux féodaux, les Révolutions successives les ont épargnés (quand elles ne les ont pas créés). Il va de soi que la seule raison d’être de ces grèves est doublement politique. D’une part il s’agit de gêner JOSPIN et son gouvernement. La griffe de la CGT est ici bien marquée : mobilisation des troupes communistes, excitation des salariés contre la politique « favorable au grand patronat ». C’est le ciment de la gauche « plurielle » : la peur de la rue, la crainte de la sécession du seul partenaire sur lequel les socialistes peuvent compter, après la défection des Verts et le gauchissement de la gauche de la gauche avec la poussée de Laguillier et Chevènement. THIBAUT et autres caciques de la CGT pensent de plus à leur propre position dans le paysage syndical : concurrencés par les gauchistes de SUD et les différents « collectifs », éloignés de la CFDT de Nicole NOTAT qui essaie de devenir responsable, la CGT doit faire de la surenchère pour garder la maîtrise de la « classe ouvrière ». C’est également ce désir de marquer son existence qui inspire FO et Marc BLONDEL. Ce chef charismatique de l’intelligentsia syndicale a pris ombrage de ne plus être aussi présent que naguère à la radio et à la télé. Il défend ce patrimoine de célébrité lentement, mais assurément constitué. Il rappelle au moment voulu que dans le pays de France rien n’est possible sans l’accord complet des syndicats, et quand le silence syndical a été jugé trop long, on crée de nouveaux conflits, pour mieux avoir à les résoudre. Entre le pouvoir et les syndicats le courant ne passe plus comme au temps jadis. Le courant va-t-il continuer à passer longtemps entre les syndicalistes et la masse des Français pris en otages ? On peut se poser la question. En attendant, tous à vos vélos – ou tous à la maison. Mots-Clés : Concurrence,
Grèves,
Services
publics, Syndicats.
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