LE SYNDICAT DU LIVRE FAIT LE COUP DE POING


Ce n’est pas nouveau. Mais le conflit entre la direction du groupe Amaury et le syndicat du Livre CGT s’est tendu d’un cran cette semaine. Suite au nouveau coup de force du syndicat, le groupe, qui distribue notamment L’Equipe et Le Parisien, a été contraint de faire appel aux forces de l’ordre.


Depuis quelque temps déjà, la situation chauffait entre le groupe Amaury, propriétaire notamment des titres L’Equipe, Le Parisien et Aujourd’hui, et la CGT de Paris Diffusion Presse (PDP), la plate forme de distribution des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP) à Paris et dans la proche banlieue parisienne. Le point de discorde, qui ne date pas de la semaine derrière – depuis le printemps dernier le groupe Amaury et le Livre CGT sont en conflit (nous avons déjà consacré plusieurs articles à ce sujet) –, fait suite à la décision du groupe Amaury de quitter sur Paris et la petite couronne les NMPP pour distribuer par ses propres moyens Le Parisien et L’Equipe comme c’est déjà le cas dans les régions – le quotidien Aujourd’hui, version régionale du Parisien, est déjà distribué directement par le groupe Amaury. Les ouvriers de la NMPP n’apprécient pas du tout cette décision, qui prend effet au moment même où PDP, qui a accumulé de très grosses pertes, doit rentrer dans une phase de restructuration – réduction des emplois de 600 à 329.

Et à PDP lorsque l’on n’apprécie pas une décision, on le fait savoir. La semaine dernière, la CGT avait bloqué la parution du Parisien pour une durée totale de six jours. Face aux pertes générées par ce coup de force de la CGT – les pertes et le manque à gagner sont d’autant plus importants que l’actualité récente à Toulouse et aux Etats-Unis donne un coup de fouet aux ventes de tous les quotidiens – , le groupe Amaury avait riposté de façon légale : un référé du Tribunal de Grande Instance de Bobigny a condamné ces actes illégaux et décrété une amende de 1000 francs pour toute infraction contractée. Pour enfoncer le clou, Jacques Guérin, le directeur général du Parisien, a également fait diffuser un spot sur les ondes de NRJ, Europe 1 et RTL : « Quelques dizaines d’ouvriers du Livre CGT bloquent par la force la sortie du Parisien. Dans le contexte dramatique actuel, il est inadmissible que des salariés menacés ni dans leur emploi, ni dans leur rémunération, prennent des journaux en otage […]. »

Cette décision de justice n’a pas entamé la volonté des ouvriers de PDP de faire le coup de poing avec la direction du groupe Amaury. En effet, mercredi dernier, par un prompt renfort, la dizaine de troublions est devenue une petite bande de 150 manifestants. Ces 150 manifestants du Livre CGT ont alors envahi l’imprimerie chargée d’imprimer L’Equipe, Le Parisien et Aujourd’hui. La direction du groupe Amaury a demandé au préfet de Seine-Saint Denis l’aide des forces de l’ordre, si les 150 manifestants devaient de nouveau empêcher la parution de certains quotidiens. Ce nouveau coup de poing des ouvriers de PDP (certains, dans un état d’ébriété évident, se seraient livrés à des violences verbales et physiques à l’encontre de membres de l’encadrement de l’imprimerie), entraîne un manque à gagner de 900 000 francs sur le seul titre Le Parisien, celui des trois quotidiens du groupe Amaury pris comme cible par les troublions de PDP.

Ces événements graves mettent en cause la liberté de la presse, comme l’a déploré la Fédération nationale de la presse française. Or le groupe Amaury a déjà chèrement acheté sa liberté d’imprimer et de diffuser par ses propres moyens ses titres auprès des NMPP : de longs mois de bagarre juridique, une vingtaine  de jours de parution perturbée au printemps dernier (3,2 millions d’exemplaires du Parisien envoyés au pilon), un trou d’au moins une dizaine de millions de francs. Le problème, c’est que le groupe Amaury a négocié sa liberté avec la direction des NMPP et non pas avec les salariés de PDP qui s’inquiètent donc de leur sort.

Dans cette affaire, la mauvaise volonté et la force brute sont du côté des syndicats. En effet, alors que le groupe Amaury, qui ne veut plus faire machine arrière avec tout le temps et tout l’argent déjà investis dans le projet d’imprimer et de diffuser par ses propres moyens ses titres, serait prêt à des collaborations ponctuelles avec PDP, les ouvriers de PDP ne veulent rien savoir et ne veulent rien négocier s’estimant en quelque sorte les propriétaires de l’impression et de la diffusion de L’Equipe, Le Parisien et Aujourd’hui.

Les méthodes employées par le Livre CGT sont tout simplement scandaleuses, contraires à toutes les règles démocratiques et constituent une entrave à la liberté de la presse. Ce conflit prouve au moins que, contrairement à ce que pensent certains intellectuels bien pensants, la force brute ne se trouve pas dans les mains des méchants capitalistes qui opprimeraient de gentils ouvriers. Ces ouvriers-là ont bien lu (c’est la moindre des choses pour des syndicalistes du Livre) et assimilé Marx et Engels – Manifeste du Parti Communiste – quant aux moyens de paralyser une démocratie.

Mots clés : Contrat, Démocratie, Syndicats.