LE DOUBLE SMIC


Le 1er juillet est l’échéance prévue chaque année pour la revalorisation du SMIC, mais le passage aux 35 heures a instauré le double Smic. Dans les entreprises passées aux 35 heures, l’augmentation sera de 1,45% ? contre 3,2% dans les autres. Est-ce juste ? Est-ce efficace ?


Comme chaque été, le 1er Juillet voit la revalorisation du Smic. En cette année 2000, les choses se compliquent du fait de la loi Aubry 2 sur les 35 heures. La période de flottement 2000-2002 (en 2002 toutes les entreprises seront soumises aux 35 heures) entraîne l'instauration d'un double Smic : un pour les salariés passés aux 35 heures, un pour les salariés restés à 39.

La revalorisation du Smic est calculée en fonction de deux paramètres : l'inflation (+1,3 %) et l'augmentation du pouvoir d'achat du salaire de base horaire, soit la hausse du salaire nominal (+5,2 %) corrigée de l'inflation (-1,3%) : 3,9%. L'inflation est pondérée par un coefficient 1 alors que l'augmentation n'est prise en compte qu'à moitié, avec donc un coefficient de 1/2, soit : 1/2 x 3,9. On obtient donc le chiffre de : 1,3 + (1/2 x 3,9) = 3,2. Cette augmentation de +3,2 % entraîne un passage du taux horaire de 40, 72 F à 42, 02 F soit 7101,38 F mensuels. Mais cette revalorisation ne concerne que les salariés restés aux 39 heures.

La loi Aubry 2 dispose en effet que les salariés à 35 heures touchent une garantie (complément de salaire) pour obtenir le même revenu à 35 heures qu'à 39. Cette garantie est indexée sur le salaire mensuel de base (et non pas horaire), salaire mensuel qui n'a progressé que de 1,6 % (alors que le salaire horaire a augmenté de 5,2 % du fait de la réduction du temps de travail). On effectue ensuite le même calcul :1,6 -1,3 = 0,3. 1/2 x 0,3 = 0,15. Ajoutons le premier paramètre qu'est l'inflation : 0,15 + 1,3 = 1,45. Les salariés passés aux 35 heures auront donc une revalorisation de + 1,45 %.

Cette différence semble justifiée, puisque selon la Ministre les smicards passés aux 35 heures "gagnent moins par mois, mais ils perçoivent plus en taux horaire tandis qu'ils travaillent quatre heures de moins par semaine ". Ce qui est injuste, c'est que les entreprises toujours aux 39 heures se voient attribuer un mode de calcul dans lequel le gain de pouvoir d'achat du salaire de base  (5,2 %) est biaisé par la réduction du temps de travail. Les salariés de ces entreprises seront sûrement contents à court terme. Les entrepreneurs sans doute moins. Car cette augmentation de 3,2 % touche les entreprises qui n'ont pas eu le loisir de pouvoir se payer les 35 heures, parmi les entreprises de moins de 20 salariés. Cette revalorisation importante du Smic va selon Bernard Boisson du Medef "peser sur les entreprises les plus fragiles en augmentant leurs coûts de production." Cette revalorisation va donc avoir des répercussions négatives en matière d'emploi puisqu'elle va pénaliser les petites entreprises qui font l'emploi en France.

Alors que des syndicats tels la CGT brillent par leur intelligence en demandant un Smic horaire à 50 F, il faut rappeler les effets ravageurs du Smic en termes d'exclusion. Le Smic, c'est bien pour ceux qui le touchent. Pour ceux qui ne le touchent pas, c'est une autre histoire … En effet, ceux qui ont une productivité inférieure au niveau du Smic se voient tout simplement refuser le droit de travailler à cause du Smic. Une étude de Laroque et Salanié, commentée dans deux de nos précédentes éditions , démontre que le Smic est un facteur de paupérisation parce qu'il exclut les moins qualifiés.

En 2005 il ne pourra y avoir qu'un Smic horaire unique sur obligation du Conseil d'Etat. Ceci implique un rattrapage pour obtenir une égalisation des deux Smic. Ce rattrapage signifierait une augmentation de 20 % sur la période. On imagine les effets en termes de destruction d'emplois et d'exclusion. Le Medef estime à 500 000 le nombre d'emplois détruits à moyen terme. Ces "coups de pouce", qui coûtent cher aux entreprises, pourraient être compensés par les baisses de charges sociales. Malheureusement celles-ci "ne compensent qu'à moitié le surcoût" de l'emploi peu qualifié. Sans doute le gouvernement sera-t-il obligé de recourir à des nouveaux artifices (nouveaux allégements) pour ne pas désinciter les entreprises. Cependant le tour de passe-passe sera sans nul doute réglé par l'habituel payeur en dernier ressort : le contribuable, ce qui provoquera à nouveau une baisse du chômage, en raison de la hausse des impôts.

Mots-clés : 35 heures, Chômage, Emploi, Salaire Minimum.

Le 5 juillet 2000