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EUROSMIC
Après la joyeuse et très arrosée Saint Patrick, après la joyeuse et très arrosée victoire de leurs rugbymen contre les Français, les Irlandais vont « savourer » le 1er Avril la mise en application du Salaire minimum. Enfin intégrée à l’Europe Sociale par ce « grand bond en avant », l’Irlande était le dernier pays des Quinze sans législation sur le salaire minimum, l’Angleterre l’ayant devancée d’un an exactement (pour les salariés de 22 ans et plus). A un niveau de 4,4 livres soit 36 F, il avoisine les 60 % du salaire moyen irlandais. Même dans une économie qui tourne à un régime de 7 ou 8 % par an de croissance, cette mise en place pourrait quand même conduire selon certains à des suppressions d’emplois dans les petites entreprises (15.000 selon l’association irlandaise des petites entreprises, très opposée à la mesure). - dispositif national avec négociations avec les partenaires sociaux. Ce système concerne la France, la Belgique, l’Espagne, la Grande Bretagne, la Grèce, le Luxembourg, les Pays-Bas et bientôt donc, l’Irlande. (En France le smic représente 50 % du salaire moyen.) - dispositif par branches, syndicats et unions patronales négociant sous l’œil du gouvernement, dans les autres pays. Le consensus autour de la nécessité du salaire minimum semble être total, tant au niveau politique et de son « modèle social européen », qu’au niveau des études économiques. Comme si les vérités économiques pouvaient s’accommoder des contingences de l’air du temps, le positivisme de l’orthodoxie (que l’on retrouve notamment à l’OCDE soit-disant libérale) déclare maintenant solennellement que la réglementation n’a presque pas d’influence sur le chômage. On croit rêver. Evidemment il serait difficile de contredire le fait qu’une hausse du salaire minimum pour les gens qui le touchent contribue à les enrichir. De même qu’un salaire minimum plus haut que le salaire d’équilibre incite plus les gens à travailler. Mais n’est-ce pas finalement poser le problème à l’envers ? Mais il incite moins les entreprises à embaucher. Plus de demandes, moins d’offres d’emplois : les « demandes insatisfaites » augmentent. D’autre part, il ne faut jamais dissocier productivité et salaire. Si le salaire minimum est supérieur à celui d’équilibre, la différence doit être rattrapée par une productivité supérieure. Mais c’est précisément là que le bât blesse : des personnes surpayées par rapport à leur productivité ne feront rien pour se qualifier. Le résultat : la main d’œuvre européenne est en général sous-qualifiée par rapport à la main d’œuvre américaine, parce que l’on a subventionné les bas salaires et de ce fait resserré l’éventail des salaires, donc l’écart entre qualifiés et non qualifiés. Alors on nous rabat les oreilles avec la politique de formation, le rôle des entreprises dans la qualification : il faut que les entreprises accroissent leur productivité en « élevant les niveaux de qualifications » plutôt que de « la maintenir en pratiquant des bas salaires ». Mais il faut avoir le courage de regarder la réalité deux minutes en face : combien de gens sont incités à apprendre et à se qualifier dans un laps de temps assez court pour rendre l’investissement en formation rentable à court terme ? Le fait est que, l’étape d’un salaire minimum établi dans chaque pays européen franchie, certains se prennent maintenant à rêver à un salaire minimum européen. C’est le besoin d’harmonie, le sentiment de pureté esthétique dans l’absence d’aspérité, de différence, cette phobie obsessionnelle et superstitieuse de l’inégalité. C’est la peur du « dumping social » : la concurrence n’est-elle pas « faussée » par les pays qui ont des bas salaires ? C’est l’idée d’équilibre dans toute sa splendeur. Le fait est que toute l’histoire économique nous démontre au contraire que le progrès vient de la différence… Les niveaux de vie en Europe variant du simple au double, il est évident qu’un smic européen sera d’une bêtise absolue, comparable à celle d’un smic national. Il y a évidemment un niveau de vie national moyen en France, mais il y a des micro-communautés avec des niveaux de développement différents sur le sol français. A niveau de développement différent, niveau de prix différent. J’achète mon poulet fermier de premier choix au marché des docks à Marseille pour 20 francs, alors que je le payerai exactement trois fois plus cher trois kilomètres plus loin (véridique). Idem pour n’importe quelle denrée. Supposons qu’une loi interdise à mon vendeur de vendre son poulet moins de 50 francs : c’est la ruine pour lui et sûrement pour la communauté de développement à laquelle il appartient qui ne pourra pas se payer des poulets à 50 francs. Faut-il réfléchir longtemps pour comprendre que le salaire minimum aurait le même effet ? La liberté des prix permet une plasticité du marché au niveau micro-local et permet justement qu’une nation, composée d’espaces et de communautés aux niveaux de développement différents, de coexister et de s’intégrer grâce à l’évolution économique. Il est très amusant que l’idée d’un smic européen paraisse absurde à bien des gens qui acceptent le smic national. En prenant une dimension européenne, le vice ne devient pas une vertu. Mots-clés : Europe,
Salaire,
Salaire minimum.
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