TRENTE ANS DE SMIC


Le SMIC fête ses trente ans. Trente ans de protection ou d’exclusion ?


Le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, plus connu sous le sigle de SMIC, a été institué il y a trente ans par la loi du 2 Janvier 1970. Il succéda au SMIG (Salaire Minimum Industriel Garanti) qui datait de 1950 et était indexé sur la hausse des prix. Depuis 1950, avec l’effet de la croissance économique, le salaire moyen s’était envolé, laissant un écart d’autant plus grand entre lui et le SMIG. Arriva Mai 1968 puis les accords de  Grenelle : le SMIG sera revalorisé de plus d’un tiers (35%).

Le SMIC le remplacera. Il sera non seulement indexé sur les prix, mais aussi sur la croissance économique, dans le but de faire partager à tous les fruits de la croissance économique. Manque de chance, la croissance ‘disparaît’ trois ans après. Le SMIC est revalorisé tous les ans au mois de Juillet. Il est indexé automatiquement lorsque l’indice des prix à la consommation (calculé par l’INSEE) varie à la hausse de plus de 2% (par rapport au mois de Juillet de l’année précédente). De même le SMIC est aussi indirectement indexé sur le salaire moyen ouvrier. En effet, le ‘pouvoir d’achat’ du SMIC ne doit pas être inférieur à la moitié du salaire horaire moyen ouvrier. Ce sont aujourd’hui près de 11 % des salariés qui sont au SMIC (soit 40,72 Francs brut de l’heure ; à temps complet cela correspond à 6881,68 Francs brut mensuel).

Pourquoi un salaire minimum ? Au delà de l’indexation des salaires à l’évolution des prix, on trouve une double logique derrière la mise en place d’un salaire minimum.

- Tout d’abord une logique sociale : le salaire minimum serait un filet de sécurité et un outil de lutte contre les inégalités salariales.

- Ensuite une logique économique : d’après les théories d’obédience keynésiennes, une  augmentation des salaires serait supposée faire repartir la demande et donc bénéficierait à la croissance économique.

Malheureusement, cette double logique est bel et bien fausse. En matière de social, le SMIC est en effet un filet social, mais pour ceux qui le touchent ! Pour ceux qui ne peuvent pas le toucher, c’est une autre histoire ! En effet, si le SMIC a permis quelque chose, c’est bien d’exclure  du marché du travail ceux et celles qui ont une productivité inférieure à la productivité équivalent au SMIC. Pour être clair, la mise en place d’un salaire minimum dénie à certaines personnes le droit de travailler. Il n’est donc pas déplacé de dire que le SMIC est une mesure implicitement, et involontairement, ségrégationniste. Les socialistes au coeur généreux (avec l’argent des autres) vous parlent tout de suite de ‘dignité humaine’ dans les relations de travail etc. mais le fait est là : quelqu’un qui a toutes les peines du monde à comprendre ce qu’on lui demande de faire, qui fait les choses à moitié ou de travers ou bien quelqu’un qui a un désavantage culturel parce qu’avec un faible capital humain pour diverses raisons ; cette personne, s’il y  a un salaire minimum, ne pourra tout simplement pas être employée parce que la valeur qu’elle créerait serait très inférieure au coût que représenterait son salaire (SMIC). C’est à première vue quelque chose qui ne fait pas plaisir à entendre, mais lorsque vous passez des journées entières à perdre du temps dans votre entreprise pour passer derrière des gens qui ne savent pas travailler, vous avez tout de suite une autre vision des choses ...

Concernant l’effet escompté du salaire minimum sur la stimulation de la demande, on a expérimenté largement les recettes socialistes en économie ouverte, et on sait à quelles catastrophes elles ont mené...

Dans cette perspective, il faut avoir le courage intellectuel d’aborder le problème délicat, médiatiquement parlant, des banlieues. A l’heure où l’on réfléchit à un plan anti-violence dans les écoles des banlieues difficiles, il serait grand temps de réaliser que les banlieues sont devenues des ghettos où s’entretient un sous-développement économique. Ces banlieues regorgent de gens à productivité relativement faible. Nous récoltons aujourd’hui les fruits de l’établissement d’un salaire minimum. On a, encore une fois, refusé à certaines personnes le droit de travailler, on les a exclues du marché du travail, les laissant dans l’oisiveté et la détresse psychologique. Est-il étonnant qu’on en soit arrivé là ? L’urgence de la suppression du SMIC est d’autant plus grande que ces gens sont entassés dans leur jeunesse dans les garderies que représentent aujourd’hui les collèges et les lycées difficiles où on leur apprend la paresse récompensée et la déresponsabilisation. Alors que ces gens auraient pu accumuler du capital humain en allant travailler depuis l’âge de quatorze ou quinze ans, comme cela se faisait encore il n’y a même pas trente ans, ils perdent toute crédibilité quand ils sortent à 18 ou 20 ans de structures d’éducation dans lesquelles ils n’ont reçu aucune éducation. En bref, on apprend à des générations entières à ne pas travailler, si bien qu’on en fait des travaillophobes en puissance. Alors qu’on y assiste à un processus de décivilisation flagrant, supprimer le SMIC permettrait un regain de développement économique dans ces zones sinistrées qui font le terreau du discours raciste.

« Mais quoi ? Vivre en dessous du SMIC ? ». Il est évident qu’une suppression du SMIC doit s’accompagner de mesures de deux ordres pour être juste et efficace. Tout d’abord une baisse de nombreuses allocations et avantages sociaux qui constituent une désincitation au travail et sont donc facteur de chômage volontaire. Si les salaires baissent c’est d’autant plus d’incitation à ne pas travailler... Ensuite, une baisse des impôts. Vivre avec 1000 F de moins quand on a aussi 800 F de taxes sur l’essence (près de 550 % !!!) en moins à payer par exemple, ça n’est peut-être pas le bout du monde... L’Etat-Providence nous donne l’impression de nous donner beaucoup, mais il nous prend nécessairement plus que ce qu’il nous donne, et ceci n’est pas forcément vrai que pour les riches, bien au contraire comme nous l’avons montré. Et ce qu’il nous reprend avant tout, c’est notre responsabilité, ferment de la civilisation.

Mots-clés : Salaire Minimum, SMIC, Violence scolaire.

Le 26 Janvier 2000