MISERE DU SMIC


Le smic engendre chômage et baisse du pouvoir d’achat. Une étude de Guy Laroque et Robert Salanié démontrent les effets négatifs du Smic et des revenus de transferts. Dans un monde où même les économistes soumis au terrorisme intellectuel n'osent plus dénoncer cette législation anti-sociale, cette étude du très officiel INSEE constitue sans doute un pavé dans la mare.


Petite révolution dans le petit monde des économistes hexagonaux ? Le Smic et la redistribution sociale pourraient avoir des effets d'appauvrissement sur la population … C'est en substance les conclusions d'une étude publiée par l'INSEE.

Mais pourtant on nous rebat les oreilles depuis des années avec l’argumentation-type des keynésiens, malthusiens et marxistes. On nous dit que des salaires et prestations sociales plus élevés doivent rendre les gens plus riches. Et des gens plus riches, ce sont des gens moins pauvres ! Et des gens qui consomment plus, donc des gens qui font 'tourner la machine économique'. Ca s'rait-y pas pour ça qu'ont été mises en place toutes nos belles législations …

En résumé : plus vous dépensez, moins il y a de chômage. Ce tour de passe-passe intellectuel ignore évidemment les lois élémentaires de l’économie. Une dépense doit être financée. Le financement d’un emploi marchand, c’est la meilleure formule à tous points de vue. Si le financement vient de l’Etat, ou d’un emploi fictif créé par l’Etat, cela suppose un prélèvement obligatoire : c’est autant qui sera dépensé en moins ailleurs, et qui aurait permis la création d’un emploi…

En dépit de ces évidences, on a encore récemment proposé un relèvement du smic, le Parti Communiste et la CGT ne parlent que de « relever les minima sociaux » et on a fêté en grande pompe les trente ans du smic au mois de janvier dernier.

Toute la presse, dans un réconfortant consensus mou autour de la véritable pensée unique, célébrait joyeusement l’événement. Trois mois plus tard, les journaux comme de nombreux économistes se félicitaient de la décision de l'Irlande d'adopter le salaire minimum : l'Europe était enfin au diapason. Pourtant l'idée d'un Smic européen harmonisé ne semblait pas séduire les économistes : trop de disparités de développement …Cela pourrait se révéler une mesure néfaste. Comme si, par contre, sur le sol hexagonal, l'ensemble des communautés avait atteint le même niveau de développement économique … On n’en était pas à une incohérence près.

Dans ces conditions, des publications qui arrêtent de parler la langue de bois sont les bien venues. L'article de Guy Laroque et Bernard Salanié, intitulé "une décomposition du non-emploi en France" s'attaque au problème de l'impact de salaire minimum et du système d'impôts et de transfert, sur l'emploi – ou plutôt sur le 'non-emploi'. Evidemment le non-emploi ne signifie pas 'chômage' mais les auteurs nous offrent une estimation du chômage et de l'appauvrissement induit par le Smic. Utilisant les résultats de l'Enquête Emploi de 1997, Laroque et Salanié tentent d'étudier les causes du chômage grâce aux données individuelles.

Ils travaillent sur un échantillon représentatif de 9 600 000 adultes de 25 à 49 ans (6,35 millions avec un emploi à temps plein ; 3,25 millions sans emplois dont 1,5 million au chômage). Les auteurs estiment que sur les 3,25 millions de sans emplois, 59 % le seraient volontairement, 20 % ne peuvent pas avoir d'emploi à cause du Smic, 23 % ne trouvent pas d'emplois.

Mais ce sont les chiffres et commentaires concernant le chômage qui nous intéressent : "les chômeurs se classent pour 25 % dans le non-emploi classique" (le smic leur interdit de travailler car leur productivité est trop faible en comparaison du niveau du Smic), "31 % dans l'autre non-emploi" (chômage involontaire) "et pour 46 % dans le non emploi volontaire. Le fait que près de la moitié des chômeurs sont classés dans le non emploi volontaire peut paraître paradoxal, puisqu'un chômeur est par définition à la recherche d'un emploi. Ce classement signifie simplement que ces personnes gagneraient peu à prendre un emploi, de sorte qu'au vu du comportement moyen dans la population, elles ne devraient effectivement pas participer".

Une simulation de politique économique démontre qu'une hausse de 10 % du Smic détruirait directement 290 000 emplois (sans les effets induits). Les auteurs concluent que "la principale conséquence de l'augmentation du Smic est de faire perdre leur emploi à des personnes dont la productivité est intermédiaire entre l'ancien et le nouveau coût du Smic". Et, ô surprise "l'augmentation du Smic accroît donc la proportion de ménages vivant de revenus très faibles, au niveau du RMI". Peut être que cette étude permettra la prise de conscience de la part des politiques de l'existence de puissants mécanismes d'exclusion du fait même de l'intervention. Et les auteurs de citer en introduction Darwin :
"Grande est notre faute, si la misère de nos pauvres découle non pas de lois naturelles, mais de nos institutions." En effet.

Mot-clés : Chômage, Fiscalité, Impôt, Salaire minimum, Sécurité sociale.

Le 31 mai 2000