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L’essentiel dans : Jacques Garello,
Comment imaginer d’autres formes de négociations salariales ? En Allemagne, on envisage des pénalités pour des secteurs ou des entreprises dont les salaires augmenteraient plus vite qu’un taux prévu par un texte régulièrement révisé. La meilleure formule consisterait sans doute à rendre la totale liberté de négociation au travailleur et à la firme. Par exemple, un chômeur de plus d’un an aurait le droit de s’embaucher en dessous du SMIC (à condition que l’entreprise crée un emploi pour lui). |
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Texte intégral :
Pour des réformes institutionnelles du marché du travail Quel est le sens de cette anecdote ? Beaucoup de macro-économistes font des hypothèses qui les arrangent, de manière à ce qu’elles les conduisent vers les résultats qu’ils désirent ; de plus, ils n’aiment pas dire les vérités qui sont impopulaires. Dans notre cas, une des vérités impopulaires est que le chômage de longue durée est dû à des salaires excessifs. Cette affirmation est gênante pour deux raisons : - l’économiste n’aime pas être aux prises avec deux groupes de pression : les syndicats et les organisations patronales - l’électeur médian n’est pas un employeur mais un travailleur qui de surcroît n’est pas au chômage. Cela nous rappelle la fameuse
phrase de Thomas HOBBES “personne n’aurait accepté que un plus un fasse
deux si quelqu’un avait trouvé un intérêt quelconque à le nier”. Augmenter les salaires n’est pas la solution Avant de considérer l’aspect institutionnel du chômage dont il est question aujourd’hui, abordons d’abord la relation entre salaire réel et chômage. Selon certains économistes qui se réfèrent à la théorie keynésienne, pour diminuer le chômage, les salaires réels ne doivent pas être réduits, mais plutôt augmentés. En effet, les salariés ayant une propension à consommer élevée, la demande pour les biens de consommation augmente. D’un autre côté, le patronat souligne que des salaires plus élevés entraînent aussi des coûts plus élevés, des profits plus bas, des investissements réduits, et donc moins d’emplois. Qui a raison ? Quel sera l’effet dominant, l’effet sur la demande du bien, ou l’effet sur le coût de production de ce bien ? Des études menées en Allemagne ont montré qu’une hausse des salaires sur un ou deux ans engendre une diminution de l’emploi assez importante. Le chômage est dû à des salaires excessifs, alors que ces derniers devraient s’ajuster en fonction de l’offre et de la demande. L’ajustement des salaires est la seule réponse adéquate au chômage. Il est vrai qu’il y a différentes manières d’augmenter la demande de travail (ou de diminuer l’offre) : augmenter la productivité du travail, investir dans l’éducation, diminuer les contributions de Sécurité Sociale ou les impôts sur le travail, subventionner les salaires, réduire les heures de travail, financer la retraite. Néanmoins, toutes ces mesures doivent être jugées en elles-mêmes et non seulement pour l’impact qu’elles ont sur le chômage. L’ajustement des salaires est la seule variable qui soit nécessaire à un seul objectif : le plein emploi. Comment peut-on parvenir à un ajustement des salaires ? Comme J. D. Lafay nous l’a
expliqué, nous ne connaissons pas un marché concurrentiel mais un système
de cartel bilatéral qui tomberait normalement sous le coup des lois
antitrust. Si elles ne sont jamais invoquées, c’est qu’elles ne semblent
pas applicables dans le cas présent pour des raisons politiques. Eviter les hausses de salaires “abusives” Si on ne peut dissoudre le cartel, on peut réglementer et fixer le niveau de prix, en particulier fixer le niveau de salaire par décret gouvernemental. Mais cette proposition n’est pas d’une grande utilité dans la mesure où le gouvernement est lui aussi soumis au jeu des pressions. On pourrait envisager une politique qui ne soit mise en oeuvre qu’en cas d’abus. L’abus serait mesuré par le taux de chômage. Disons alors que si ce taux dépasse un niveau critique, il y aurait gel des salaires jusqu’à ce que le taux de chômage revienne à un niveau acceptable. On peut également changer les motivations de ceux qui fixent les salaires. Il y a ici plusieurs propositions : - celle de Wallich et Weintraub est basée sur l’impôt. Le gouvernement peut fixer des normes différenciées d’accroissement de salaires et punir les employeurs qui embaucheraient à des taux de salaire supérieurs aux normes, en intégrant ces dépassements dans le calcul de l’impôt sur les sociétés. - celle de Abba Lerner concerne des autorisations d’augmentation de salaire négociées qui serait de ce fait un système de rationnement, - celle de Gottfried von Haberler et James Mead, est d’exclure de l’assurance chômage tous ceux dont le revenu a augmenté plus vite que les directives ne le prévoyaient. Bien qu’étant libres de s’assurer auprès d’une compagnie privée, il leur sera demandé des primes plus élevées. Cette troisième suggestion semble meilleure que les deux premières car ses conséquences ne se font sentir que dans le cas où le salaire dépasserait ce qui a été prévu par les textes. Son inconvénient est que les sanctions ne s’appliquent pas aux organisations qui sont responsables de la négociation salariale (patronat et syndicats) mais elles nuisent au travailleur qui se retrouve au chômage et qui pouvait être totalement en désaccord avec la négociation menée. D’autres propositions sont davantage tournées vers le patronat et les syndicats, notamment celles de Colin Clark et Friedrich von Hayek. L’idée est que le coût des allocations chômage devrait être supporté par les syndicats, ou partagé entre syndicats et patronat dans l’hypothèse où un fort taux de chômage persisterait au fil des ans. Il est en effet injuste de rendre les syndicats responsables du chômage de court terme car il peut s’écouler du temps entre deux négociations de contrats, et les effets d’une baisse des salaires ne seront effectifs qu’un ou deux ans plus tard. Par contre, le chômage de longue durée ne peut pas être dû à des causes conjoncturelles, mais à une mauvaise négociation salariale entre patrons et syndicats. Cette proposition présuppose cependant l’existence d’un monopole syndical, tel que celui qu’il y a en Allemagne. Il serait très difficile de l’implanter en France par exemple. Que nous reste-t-il alors
? Décentraliser la négociation On peut essayer de décentraliser la négociation et revenir au niveau des entreprises, ce qui est actuellement discuté en Allemagne et qui a déjà été expérimenté en France depuis une dizaine d’années. C’est un processus souhaitable mais qui ne résout pas en fait les principaux problèmes. C’est souhaitable car la négociation au niveau de l’entreprise est moins “idéologique”, et on peut différencier en fonction de la productivité. Pourtant certains économistes pensent que ce n’est pas la peine de différencier dans la mesure où, à l’équilibre, les salaires doivent être identiques partout. Ceci est vraiment une erreur. La question est de savoir comment arriver à l’équilibre. Sans différenciation, cala signifie que l’on peut avoir des fermetures d’entreprises, du chômage massif, et que, après un certain temps, et sans coûts de transaction, les gens se dirigent vers d’autres entreprises. Il est préférable d’admettre une différenciation des salaires et une réaffectation des ressources, de sorte que les salariés quittent une entreprise pour une autre qui offre de meilleurs salaires sans rester longtemps au chômage entre les deux embauches. Mais, même si la décentralisation de la négociation est souhaitable, elle ne résout pas le problème principal que l’on appelle le problème d’”être à l’intérieur ou à l’extérieur” de l’entreprise. Même au niveau de l’entreprise, l’employé n’a aucun intérêt à voir son salaire diminuer pour permettre à l’entreprise d’embaucher un chômeur. L’offre de travail est représentée par les personnes embauchées, et elles ne sont pas prêtes à sacrifier leurs salaires dans le but de voir les jeunes embauchés. A mon avis, la solution serait d’aider les chômeurs sans nuire aux intérêts du personnel embauché. On doit ajuster le prix de la main d’œuvre marginale sans affecter le prix de la main d’œuvre déjà employée. Il y a dix ans j’ai fait une proposition qui remplit ces conditions et qui se divise en deux parties : - Les personnes qui sont au chômage depuis plus d’un an peuvent accepter tout travail à tout niveau de salaire, même inférieur au salaire minimum syndical. On peut objecter que les employeurs seront tentés de licencier leur personnel pour le réembaucher un an plus tard à un niveau de salaire inférieur. - Dans la deuxième partie de la proposition, il est prévu que les employeurs ne peuvent embaucher des personnes en dessous du minimum que dans la mesure où il y a une augmentation nette du nombre de salariés. Ceci a l’avantage de lier directement les réductions de salaires aux augmentations d’emplois. Donc même si les syndicats acceptent une baisse des rémunérations, ils en voient la contrepartie sous forme de créations d’emplois. Cette solution n’est pas Pareto optimale parce qu’elle implique une discrimination des salaires, mais elle est plus juste que le chômage involontaire. Je voudrais dire pour terminer que nous sommes dans une situation où une majorité parvient à oppresser une minorité, et que cette minorité doit être libérée. Liberté, Fraternité et Inégalité : pour l’amour de la fraternité nous devrions accepter l’inégalité. |