Concurrence, salaire minimun et emploi : l’impotence grandissante du gouvernement

par Richard McKenzie[1]


L’essentiel dans : Jacques Garello,
En finir avec le chômage
,
Numéro spécial de la Revue des études humaines,
1996, pp. 67-69.


Les gouvernants se font des illusions en croyant infléchir l’évolution des marchés. Ils peuvent créer des perturbations, mais le marché finit toujours par l’emporter.

Cela est particulièrement vrai dans un climat de concurrence mondiale, car les effets des politiques nationales s’arrêtent aux frontières, et les Etats sont eux-mêmes en concurrence.

La nocivité des politiques économiques n’est donc pas aussi dramatique qu’on le croit. Le SMIC, par exemple, n’a plus d’importance réelle à partir du moment où les échanges sont libres : les pays qui le pratiquent devront l’abandonner, sons peine de condamner leurs travailleurs au chômage… ou au marché noir.

Texte intégral : Concurrence, salaire minimum et emploi : l’impotence grandissante du gouvernement
par Robert Mckenzie 

Les politiciens décident volontiers de notre sort. La plupart d’entre eux sont convaincus qu’ils peuvent imaginer des interventions sur le marché du travail dans le but de résoudre un ensemble de problèmes, user de leur influence politique pour décréter des lois les habilitant, et alors - sous les coups régulateurs de leurs plumes - atteindre leurs objectifs. Les formes d’intervention, et leurs conséquences positives, sont supposées être limitées seulement par l’imagination et les convictions morales des gouvernants, ainsi que par le nombre de votes potentiellement en leur faveur.

Mon objectif ici est de restructurer en un temps limité le débat politique, de poser les questions fondamentales sur l’efficacité des efforts gouvernementaux dans le but d’améliorer le bien-être des salariés par le biais de mesures définitives. Je mets l’accent sur le salaire minimum, mais mes arguments sont généralement applicables à d’autres mesures comparables. A l’inverse des autres économistes, je ne me polarise pas sur la manière dont certains emplois sont perdus par les mesures gouvernementales comme le salaire minimum, mais je me concentre plutôt sur le nombre d’emplois qui ne sont pas perdus grâce aux ajustements qui se font sur le marché du travail en réaction aux mesures arbitraires. Je considère que les pressions concurrentielles sur les marchés ne sont pas supprimées malgré les efforts de quelques politiques, mais seulement transférées sur certaines dispositions vulnérables des contrats de travail qui possèdent nécessairement plusieurs facettes. Dans la mesure où ce transfert des pressions du marché apparaît, les conséquences négatives de toute politique sont neutralisées, si elles ne sont pas radicalement éliminées. Ce principe s’applique tout spécialement au salaire minimum.

Je soutiens aussi que les possibilités de pression de la concurrence en réponse aux initiatives gouvernementales (comme le salaire minimum ou les prestations sociales obligatoires) ont augmenté avec le temps à un tel point que les efforts du gouvernement pour influencer les résultats du marché ont été en plusieurs endroits - comme aux Etats Unis mais peut-être pas en France - largement neutralisés, et que cela n’est pas pour nous surprendre. Dans cette perspective, les mesures du gouvernement sont devenues progressivement inopérantes en termes de réalisation des objectifs. Aussi les discussions sur l’inefficacité des interventions politiques sur le marché du travail ne devraient-elles plus longtemps avoir autant de poids que par le passé.

De plus, je pense que les pressions de la concurrence ont commencé à limiter les possibilités du processus politique de prendre des mesures inefficaces. De mon point de vue, le processus politique cherche à agir en tenant compte des contraintes réelles et en arrive à choisir le salaire minimum et les niveaux de prestations obligatoires qui peuvent être effectivement neutralisés par des ajustements du marché.

Mes conclusions ne vont pas me valoir la faveur des politiciens qu’ils soient de droite ou de gauche. Si l’on se réfère à l’histoire, les partisans de la gauche politique ont fondé leur soutien du salaire minimum et autres interventions sur les gains de salaires résultant de leurs initiatives politiques. Au contraire, mes arguments minimisent les gains qui seront probablement réalisés, et soulignent les pertes probables de bien-être, subies par ceux-là mêmes qui sont supposés être les bénéficiaires de ces politiques. Les partisans de la droite ont fondé leur opposition au salaire minimum sur les dommages commis par inadvertance - voire intentionnels - aux occasions d’emplois. Mes arguments soulèvent la question de l’étendue des dégâts supportés.

On pourrait croire qu’il est bizarre que je vienne en France pour présenter mon point de vue, étant donné que ce pays souffre des conséquences (avec un taux de chômage de 12 %) de politiques en matière d’emplois devenues incohérentes. J’insiste sur le fait que j’espère qu’un tel point de vue va amener les gouvernants à réaliser que les forces dont j’ai parlé sont à l’œuvre dans ce pays, comme aux Etats Unis. Le fait que cette conférence soit tenue témoigne des forces qui vont peu à peu sans cesse limiter les excès des politiques concernant le marché du travail ici et ailleurs.


[1] Richard McKenzie est professeur d’Economie et titulaire de la chaire « Entreprise et Société » à l’université de Californie à Irvine. Il a reçu le diplôme de Doctorat du Vitginia Polytechnic Institute. Il est expert en matière de politique économique, d’économie internationale et du développement. Il tient des chroniques dans plusieurs journaux (Wall Street Journal, New York Times) et magazines (National review, Forbes)