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LA VERITE SUR L 'EMPLOI, LE CHOMAGE ET LES INEGALITES
AUX ETATS UNIS
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Tout le monde est d'accord : l’Amérique crée beaucoup d'emplois, alors que l'Europe ne cesse d'en perdre. Toutefois, cette création d'emplois s'accompagnerait d'une aggravation des inégalités de revenus et des niveaux de précarité. Florin Aftalion conteste la légende de « l'Amérique des petits boulots » et redresse maintes idées reçues. (Février 1997) |
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L'explication des performances
économiques américaines réside dans la flexibilité. Si l'on regarde
le concept d'allocation des ressources, il est clair que dans un monde
qui change, parce que les technologies changent, les frontières s'ouvrent,
de nouveaux pays arrivent sur le marché mondial, il faut que les ressources
- le capital et le travail - aillent là où ils sont les plus productifs.
Cela est possible lorsque ces ressources obéissent à des sollicitations
qui sont les prix. Il est essentiel que le système des prix soit à même
de déplacer les ressources. A contrario, la déroute de l'URSS et des
économies planifiées peut être expliquée par une mauvaise allocation
des ressources qui a entraîné également la destruction du capital. La
raison est qu'on a essayé de remplacer un système des prix par un système
de commandement central. Cela ne signifie pas que tout
est parfait aux Etats-Unis ; les Américains ont aussi des problèmes
et pourraient mieux faire. Mais tels qu'ils sont, ils donnent l'exemple.
Cet exemple a été suivi par un certain nombre de pays ; il serait intéressant
d'évoquer également la Grande-bretagne, la Nouvelle-Zélande, le Chili
... qui ont compris le problème du système d'allocation des ressources.
Ce sera pour une autre fois. Le chômage aux Etats-Unis
Examinons quelques indicateurs
de l'économie américaine (voir Tableau 1). Commençons par le chômage.
L'on entend souvent dire que les méthodes de mesure ne sont pas les
mêmes des deux côtés de l'Atlantique, et que les comparaisons ne sont
pas valables. II reste que les ordres de grandeur sont saisissants.
L'OCDE, chargée d'uniformiser les données de ses pays membres, présente
des chiffres un peu différents de ceux qu'annoncent les gouvernements,
mais qui ne sont pas loin de la réalité. Il en va de même pour le chômage
des jeunes, deux fois plus élevé chez nous qu'aux Etats Unis. Il est
vrai que le chômage des jeunes aux Etats-Unis n'est pas également réparti,
puisqu'il touche en priorité les jeunes des ghettos. N'oublions pas
que le pays a une histoire : il existe une population noire d'origine
rurale dans les Etats du Sud, non éduquée qui est encore victime de
ségrégation raciale. Ce sont des inégalités qui résultent non pas de
la flexibilité du travail, mais de facteurs historiques qui font que
ces jeunes sont peu productifs et souvent n'arrivent pas à gagner le
salaire minimum (celui-ci est très faible, environ 27 F/heure). C'est dans le chômage de longue
durée conjugué au chômage des jeunes que l'on trouve de véritables drames
: des jeunes qui n'arriveront jamais à travailler et des adultes qui,
une fois éjectés du monde du travail, ne retrouveront jamais un emploi. Embauche et création d'emplois
La création d'emplois : depuis
environ 25 ans, le nombre d'emplois aux Etats-Unis a été multiplié par
deux, et cela de façon à peu près constante. Sur la longue période,
on constate une croissance des emplois d'environ 2,5% par an, sauf pendant
les récessions. La croissance moyenne du nombre d'emplois est de 2%
par an. En France, le taux correspondant est de 35% depuis 1960, mais
la croissance a été relativement plus rapide dans les années 1960 et
s'est fortement ralentie après la crise de 1974. Aujourd'hui, depuis
45 ans, cette croissance est nulle. Emplois par habitant : il
y a 30 ans, il y avait moins d'emplois par habitant aux Etats-Unis qu'en
France ; aujourd'hui, la situation s'est inversée. Aux Etats-Unis, il est relativement
facile pour un employeur de débaucher. Le résultat est que le taux de
licenciement (proportion de la population employée qui perd son emploi
au cours d'un mois donné) y est de 1,73% et de 0,73% en France. Cela
ne signifie pas d'une façon générale qu'un salarié américain a 2,5 fois
plus de chance d'être licencié que son homologue français. Cela dépend
évidemment du secteur d'activité où l'on se trouve : le risque d'être
licencié dans le secteur public est à peu près nul. En France, une personne licenciée
a peu de chances de retrouver un emploi. Aux Etats-Unis, chaque mois,
un peu plus d'un tiers des chômeurs retrouvent un emploi : la durée
moyenne du chômage y est d'environ trois mois (taux d'embauche : 37,6%).
En France, le taux d'embauche est de 3%. Cela est évidemment lié à la
difficulté des entreprises à licencier. L'une des conséquences est que
les firmes hésitent fortement à embaucher. Près de 30% des employés américains
occupent leur poste depuis, moins d'un an ; en France, le chiffre correspondant
est de 12,8%. Évolution du chômage en France
et aux États-Unis (graphique 1) Ce graphique s'arrête en 1994,
mais depuis les tendances ne font que s'accentuer. Le caractère cyclique
du chômage américain correspond à la flexibilité du marché de l'emploi.
Cela n'exclut pas les crises aux origines diverses, mais dans une société
flexible les pertes d'emplois sont résorbées rapidement par la suite. Relation inflation-chômage (graphiques
2 et 3) Les boucles qui sont décrites
dans le sens des aiguilles d'une montre signifient qu'il existe un taux
de chômage autour duquel l'on va se promener, parce que les gouvernements
ont conduit des politiques de relance, surtout dans les années 1960
et 1970. Cela faisait diminuer le chômage et augmenter l'inflation jusqu'au
moment où la situation devenait intolérable au niveau de l'inflation.
A ce moment, l'on appuyait sur le frein : pendant un certain temps le
chômage baissait et l'inflation continuait d'augmenter. Aujourd'hui,
l'économie américaine est à peu près stabilisée : elle a retrouvé son
taux de chômage « naturel », il n'y a plus de relance monétaire. Ce graphique inflation-chômage
prend une toute autre allure pour la France. Le taux de chômage « naturel
» n'arrête pas de se déplacer vers des niveaux toujours plus élevés
: 12% en 1993, 12,5% actuellement, mais depuis les méthodes de comptabilisation
ont changé. Pour rester homogène avec les chiffres des années précédentes,
on devrait se situer autour de 13%. Au lieu des boucles, la courbe ressemble
à un ressort qu'on étire. Le taux naturel se déplace, parce que toutes
sortes de mesures destinées à combattre le chômage introduisent des
problèmes structurels. Le fait que le graphique évolue toujours vers
un chômage plus élevé indique des causes structurelles. Il s'ensuit
que les mesures conjoncturelles n'ont au mieux aucun effet et probablement
des effets négatifs, puisqu'elles prélèvent des ressources chez ceux
qui produisent pour des utilisations plus ou moins discutables. Taux de licenciement et proportion
de chômeurs longue durée (graphique 4). Ce graphique
montre la forte corrélation entre les possibilités de licenciement et
le niveau du chômage de longue durée. Réduire les effectifs pour réembaucher plus tard
Comment et par qui sont créés
les emplois aux Etats-Unis ? Pendant les périodes de récession, il y
a des pertes d'emplois ; mais il y a également une perte d'emplois continuelle
parce que les entreprises réduisent leurs effectifs (« downsizing »)
depuis une dizaine d'années. Les entreprises qui licencient sont souvent
les grandes firmes anciennes qui ont bénéficié pendant un certain temps
d'un monopole et qui sont obligées par la concurrence d'être plus efficientes.
L'exemple typique est AT & T : au milieu des années 1980, elle employait
un million de personnes et jouissait d'un monopole. Elle a été coupée
en plusieurs sociétés qui elles-mêmes ont diminué leurs effectifs pour
employer au total 700 000 personnes, soit une réduction de 30%. En revanche,
le prix des télécommunications aux Etats-Unis est le plus bas au monde.
Par ailleurs, une fois que le monopole a été supprimé, de nouvelles
sociétés arrivent sur le marché, par exemple MCI qui compte 50 000 employés
: en 1975, elle en avait 500. Autre exemple, celui d'IBM. Dans
les années 1980, cette firme a pris une série de mauvaises décisions
lorsqu'il a fallu passer des gros ordinateurs aux micro-ordinateurs,
et a dû licencier massivement. Depuis, elle a rétabli la situation et
a pu réembaucher du personnel. Si IBM avait été une entreprise française,
elle n'aurait jamais pu licencier aussi rapidement, elle aurait été
dépassé par ses concurrents et n'aurait plus existé aujourd'hui. De
même, la société COMPAQ, fabricant numéro 1 des micro-ordinateurs, emploie
14 000 personnes aujourd'hui ; elle n'existait pas en 1975. Il existe
d'autres exemples de sociétés qui, il y a vingt ans, soit n'existaient
pas, soit employaient peu de personnes (notamment Federal Express, DHL,
et UPS) et qui ont véritablement créé des marchés. Un autre chiffre significatif
: depuis cinq ans aux Etats-Unis, 3 entreprises ont fait appel aux marchés
des capitaux et ont levé 30 milliards de dollars. Dans toute l'Europe,
en six ans et demi, 150 sociétés nouvelles ont fait appel aux marchés
boursiers. La criminalité aux Etats-Unis : le retournement s'annonce
Avec l'élection de Rudolph Giuliani
à la mairie de New York, la criminalité a fortement baissé. D'autres
grandes villes américaines qui ont adopté des mesures similaires à celles
de Giuliani ont connu un retournement semblable. La criminalité américaine
reste plus forte qu'en France. Mais elle baisse rapidement là où des
mesures sont prises, ce qui montre bien que la criminalité aux Etats-Unis
n'a rien à voir avec le marché de l'emploi, ni avec la flexibilité.
Elle est étroitement liée à l'histoire américaine et à la politique
menée au niveau local et fédéral. Qu'il s'agisse de meurtres, viols,
cambriolages ou de vols de voitures, on constate une forte baisse depuis
le début des années 1990. En ce qui concerne le vol de voitures, l'on
a inventé ces dernières années des antivols beaucoup plus performants.
D'autre part, l'arrivée du crack à la fin des années 1980 a provoqué
une vague de criminalité et une vague de SDF. Pour diverses raisons,
le crack est cependant désormais remplacé par des drogues moins nocives,
ce qui explique en partie le recul de la criminalité. Pour les autres
catégories de crimes (meurtres, viols, cambriolages) la baisse s'explique
par une politique extrêmement vigilante qui signifie que le moindre
délit est sanctionné. A l'aide de fonds fédéraux, la ville de New York
a embauché des policiers supplémentaires qui poursuivent l'ensemble
des délits. La qualité des emplois et les
« MacJobs » Une critique fréquente affirme qu'il y a stagnation
du salaire moyen réel depuis le début du dernier cycle économique. C'est
exact. La critique concernant la qualité des emplois créés ne l'est
pas. Le graphique 5 montre le pourcentage d'emplois rémunérés au-dessus
et au-dessous du salaire moyen. En 1992, année de la défaite de George
Bush et la fin de la récession, 18% des nouveaux emplois seulement versaient
des salaires de 30% supérieurs au salaire moyen. Pour les trois années
suivantes, environ la moitié des nouveaux emplois correspond à des salaires
supérieurs à la moyenne, et l'autre moitié à des salaires inférieurs
à la moyenne. Les nouveaux emplois créés aux Etats-Unis ne sont donc
ni meilleurs, ni pires que les autres emplois. Quels sont ces nouveaux emplois
? Existent-ils ailleurs que chez McDonald ? La réponse est oui. Depuis
la fin de la récession de 1992, l'on a créé environ 210 000 emplois
dans la restauration rapide sur un total de 13 millions. Ces emplois
sont en effet faiblement rémunérés : le salaire moyen annuel s'élève
à 12 000 dollars. En revanche, il y a création de 470 000 emplois dans
le secteur « business services », c'est à dire l'informatique,
le personnel de bureau, etc ... dont le salaire moyen est de 23 000
dollars par an, soit le double du « MacJob ». Ce secteur emploie
aussi quatre fois plus de personnes. Parmi les secteurs qui embauchent
le plus par ailleurs, il y a la santé (+ 312 000 emplois) avec un salaire
moyen annuel de 34 000 dollars. C'est un secteur assez spécialisé, et
ce n'est pas là qu'on trouvera des gens qui grillent des hamburgers.
Certains articles de presse en France ont focalisé le projecteur sur
ces 103 000 emplois chez McDonald's, alors que le total d'emplois nouveaux
est de 12 à 13 millions. C'est une vue totalement déformée de la réalité
de l'emploi américain. La pauvreté aux Etats-Unis : une question de définition ?
On cite souvent le chiffre officiel
qui fait état de 14% de pauvres aux Etats-Unis. Ces 14% étaient 14%
déjà en 1965 et un peu moins nombreux dans les années 1980 sous Reagan.
Or il reste que 14% de pauvres est un chiffre élevé ; cela correspond
à 1 personne sur 6. Qu'est-ce que "pauvre" veut dire, selon
les statistiques ? En 1965, le président Johnson
a lancé une campagne et des mesures pour lutter contre la pauvreté.
II voulait obtenir rapidement un indicateur susceptible de lui indiquer
ses succès dans cette politique. On a donc pris comme référence un panier
alimentaire composé par le Ministère de la Santé, puis échantillonné
le coût pour une alimentation saine. On a ensuite multiplié ce coût
par trois pour tenir compte d'autres besoins (logement, vêtements, etc). Le problème surgit lorsqu'on voudrait
comparer à une référence ce panier dont la somme multipliée par trois
doit représenter le minimum de ce que chaque Américain devrait pouvoir
disposer. Le gouvernement américain a pris les données de l'Internat
Revenue Service (IRS) pour décider que celui ou celle qui ne dispose
pas, sous forme de salaire, du panier multiplié par trois, serait considéré
comme étant « pauvre ». Ce calcul ne tient compte ni de l'épargne,
ni des prêts, ni des aides sociales. Comme étudiant aux EtatsUnis,
je vivais de l'épargne de mes parents, et d'une bourse ; je n'avais
aucun salaire. Eh bien, aux yeux des autorités du fisc, j'étais considéré
comme un pauvre, alors que je vivais très bien. Le système ne tient
pas non plus compte des allocations sociales ; celles-ci existent bien
aux Etats-Unis, et sont même parfois assez élevées. De même, on ne comptabilise
pas les revenus imputés, par exemple le loyer que l'individu propriétaire
de son logement ne paie pas. Or, 40% des pauvres aux Etats-Unis sont
propriétaires de leur logement. C'est dire que le calcul est biaisé. Tout cela fait qu'il n'est pas
possible de considérer que les statistiques de revenus comparés au minimum
de subsistance aient une signification. Cela dit, des enquêtes ont été
conduites pour améliorer la connaissance. On peut faire mieux en comparant
le minimum avec ce que les ménages dépensent réellement (grâce à l'épargne
et aux allocations). On s'aperçoit alors que le total des pauvres n'est
pas de 14% : selon les enquêtes, les chiffres varient entre 2 et 8%.
Sur une période de 20 ans, on constate d'ailleurs un recul constant
de la pauvreté. Dynamique économique et mobilité sociale
Il faudrait également avoir une
vue dynamique de la société, quel que soit le nombre de pauvres et la
façon dont il est calculé. Il est important de savoir si le pauvre reste
pauvre ou s'il a de bonnes chances d'améliorer son sort par le travail
et par l'épargne. Dans notre culture, nous connaissons L'Assommoir,
la pauvreté des mineurs du 19ème siècle, etc. Dans la société actuelle,
surtout aux Etats-Unis, la réalité n'est pas statique. On constate que
seulement 1/6 des ménages qui étaient dans les 20% les plus pauvres
en 1979 l'étaient encore dix ans plus tard. A l'inverse, les autres
S/6 avaient monté d'un ou deux quintiles ; 2% avaient même grimpé dans
le premier quintile. En revanche, quelques pourcents des plus riches
étaient tombés dans la catégorie des plus pauvres. Toute discussion sur la pauvreté
doit tenir compte de la dynamique sociale et de la mobilité relative
qui existe dans une société. Malheureusement, cela reste très difficile,
puisque la recherche, tout comme l'ivrogne qui cherche ses clés sous
un réverbère, se fait dans la lumière et non là où il pourrait y avoir
de nouvelles connaissances. On est obligé d'exploiter les chiffres qui
existent, et les résultats d'enquêtes qui seraient nécessaires pour
suivre l'évolution de la pauvreté ne sont pas aussi faciles à obtenir
que les données de l'IRS, par exemple. LA RIGIDITE DE L’EMPLOI ET SES
CONSEQUENCES
Les explications :
-réglementation de l’embauche a pour effet : -d’augmenter le risque de nouveaux
projets donc, moins d’investissements. |