SNCF : LE PROGRES NE VAUT QUE S’IL EST PARTAGE


C’était un slogan de la SNCF. C’est aujourd’hui l’argument des syndicats de cheminots. La mobilisation nationale initiée par les syndicats de cheminots lors de la semaine du 2 au 6 octobre est une véritable réussite, de même que la paralysie des transports ferroviaires qui l’a précédée. La direction de la SNCF s’est vue contrainte de céder aux revendications. Et le contribuable dans tout ça ?…


Les syndicats de cheminots, CGT en tête, retrouvent leur thème de prédilection pour la « rentrée sociale » : c’est une bataille rangée qui est menée pour réclamer une hausse généralisée des salaires. Forts d’une sondage CSA, réalisé pour la CGT, qui affirmait le 13 septembre dernier que 65 % des salariés étaient près à se mobiliser pour la cause, c’est avec un succès sans précédent que les grèves du 28 se sont déroulées.

Force est effectivement de constater que la stratégie adoptée est particulièrement habile par rapport aux années précédentes, qui laissaient plus une impression d’échec que de réussite. La CGT a bien pris soin cette année de dissocier la question des salaires de celle du pouvoir d’achat. En effet, ce dernier a malgré tout progressé de près de 4 % entre 1996 et 1998 grâce à la baisse de l’inflation. A l’inverse, les augmentations de salaires n’ont de leur côté cessé de se réduire. On s’est donc battu sur les salaires.

Vu l’ampleur de la mobilisation, la direction de la SNCF a donc été contrainte de céder sur la grande majorité des revendications. Le 5 octobre, Louis GALLOIS a exposé ses propositions : une augmentation générale des salaires de 0,4 % au 1er novembre, venant s’ajouter aux 0,4 % déjà octroyés en juillet ; une gratification exceptionnelle de 1000 Francs versée à tous les agents, même aux emplois-jeunes, sur les rémunérations d’octobre ; la revalorisation de 1 % du salaire minimum d’embauche ; enfin, une augmentation du niveau des retraites.

Mais ce qui peut sembler beaucoup aux yeux de certains n’est pas encore assez pour les organisations syndicales qui n’ont pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Les mesures sont bien évidemment jugées insuffisantes par la CGT qui motive sa prise de position en expliquant que si la direction a accepté d’aller plus loin, alors qu’elle avait annoncé les mesures précédentes comme définitives, c’est qu’elle peut faire encore plus. On voit apparaître ici la grande idée dont les syndicats font leur régal : nous avons signé des accords de modération avec les 35 heures à un moment où les entreprises étaient en difficulté. Maintenant les mêmes entreprises font des profits, il n’y a pas de raison pour qu’elles ne les partagent pas avec les salariés. « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous » : ce slogan de la SCNF s’applique au personnel aussi bien (et sinon mieux) qu’aux usagers. Les syndicats veulent donc laisser la parole à la base, en affirmant que les cheminots sont désormais « juges de ce qu’ils font bouger » et de « ce qu’il reste à faire ». Mais la position de la CGT est-elle cohérente ? Il y a peu, face à certains accidents et problèmes de sécurité, la CGT reprochait à la direction de sacrifier les investissements sur l’autel des profits. Voilà qu’aujourd’hui, où la direction semblait avoir pris conscience de la nécessité de freiner les salaires, pour pouvoir financer les investissements nécessaires, la CGT renverse son analyse et réclame des hausses de salaires (auxquelles les syndicats avaient pourtant renoncé en signant un accord de modération), pénalisant ainsi la capacité de financement de l’investissement.

En somme, les « grands pontes » syndicaux demandent implicitement à leurs syndiqués de ne pas désamorcer un conflit qui pourrait devenir à terme une vraie manne. S’ils n’envisagent pas pour l’heure de relancer un mouvement de grève, ils souhaitent à présent se tourner vers le gouvernement, perçu comme le mauvais élève de la classe.

C’est la raison pour laquelle de la CFDT à la CGT en passant par Sud Rail et FO, tout le monde cherche à embraser l’atmosphère du secteur privé. Il est reconnu que « le nombre fait la force » et le bonheur des syndicats.

Or, il semble que les secrétaires généraux des organisations syndicales aient omis un facteur de taille dans leurs implacables calculs : les ménages du secteur privé sont aussi des contribuables qui paient ce que les entreprises publiques et l’Etat offrent si généreusement. Il serait alors plus juste de parler d’une revendication d’une hausse des salaires d’une certaine catégorie, entraînant hausse des prélèvements et donc baisse du pouvoir d’achat de l’autre. La redistribution, c’est voler l’un pour gratifier l’autre. Il est cependant avéré que reconnaître l’évidence de ce mécanisme reviendrait pour les syndicats à signer leur arrêt de mort. Silence, on camoufle et on ment aux Français, en faisant croire que le secteur privé peut faire comme le secteur public en matière de salaires. Car le privé, lui, n’a personne pour payer la facture à sa place.

Mots clés : Redistribution, Syndicat.