![]() |
||
|
SNCF : LE PROGRES NE VAUT QUE S’IL EST PARTAGE Force est effectivement de constater que la stratégie
adoptée est particulièrement habile par rapport aux années précédentes,
qui laissaient plus une impression d’échec que de réussite. La CGT a bien
pris soin cette année de dissocier la question des salaires de celle du
pouvoir d’achat. En effet, ce dernier a malgré tout progressé de près
de 4 % entre 1996 et 1998 grâce à la baisse de l’inflation. A l’inverse,
les augmentations de salaires n’ont de leur côté cessé de se réduire.
On s’est donc battu sur les salaires. Vu l’ampleur de la mobilisation, la direction de la
SNCF a donc été contrainte de céder sur la grande majorité des revendications.
Le 5 octobre, Louis GALLOIS a exposé ses propositions : une augmentation
générale des salaires de 0,4 % au 1er novembre, venant s’ajouter
aux 0,4 % déjà octroyés en juillet ; une gratification exceptionnelle
de 1000 Francs versée à tous les agents, même aux emplois-jeunes, sur
les rémunérations d’octobre ; la revalorisation de 1 % du salaire
minimum d’embauche ; enfin, une augmentation du niveau des retraites.
Mais ce qui peut sembler beaucoup aux yeux de certains
n’est pas encore assez pour les organisations syndicales qui n’ont pas
l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Les mesures sont bien évidemment
jugées insuffisantes par la CGT qui motive sa prise de position en expliquant
que si la direction a accepté d’aller plus loin, alors qu’elle avait annoncé
les mesures précédentes comme définitives, c’est qu’elle peut faire encore
plus. On voit apparaître ici la grande idée dont les syndicats font leur
régal : nous avons signé des accords de modération avec les 35 heures
à un moment où les entreprises étaient en difficulté. Maintenant les mêmes
entreprises font des profits, il n’y a pas de raison pour qu’elles ne
les partagent pas avec les salariés. « Le progrès ne vaut que s’il
est partagé par tous » : ce slogan de la SCNF s’applique au
personnel aussi bien (et sinon mieux) qu’aux usagers. Les syndicats veulent
donc laisser la parole à la base, en affirmant que les cheminots sont
désormais « juges de ce qu’ils font bouger » et
de « ce qu’il reste à faire ».
Mais la position de la CGT est-elle cohérente ? Il y a peu, face
à certains accidents et problèmes de sécurité, la CGT reprochait à la
direction de sacrifier les investissements sur l’autel des profits. Voilà
qu’aujourd’hui, où la direction semblait avoir pris conscience de la nécessité
de freiner les salaires, pour pouvoir financer les investissements nécessaires,
la CGT renverse son analyse et réclame des hausses de salaires (auxquelles
les syndicats avaient pourtant renoncé en signant un accord de modération),
pénalisant ainsi la capacité de financement de l’investissement. En somme, les « grands pontes » syndicaux
demandent implicitement à leurs syndiqués de ne pas désamorcer un conflit
qui pourrait devenir à terme une vraie manne. S’ils n’envisagent pas pour
l’heure de relancer un mouvement de grève, ils souhaitent à présent se
tourner vers le gouvernement, perçu comme le mauvais élève de la classe. C’est la raison pour laquelle de la CFDT à la CGT en
passant par Sud Rail et FO, tout le monde cherche à embraser l’atmosphère
du secteur privé. Il est reconnu que « le nombre fait la force »
et le bonheur des syndicats. Or, il semble que les secrétaires généraux des organisations
syndicales aient omis un facteur de taille dans leurs implacables calculs :
les ménages du secteur privé sont aussi des contribuables qui paient ce
que les entreprises publiques et l’Etat offrent si généreusement. Il serait
alors plus juste de parler d’une revendication d’une hausse des salaires
d’une certaine catégorie, entraînant hausse des prélèvements et donc baisse
du pouvoir d’achat de l’autre. La redistribution, c’est voler l’un pour
gratifier l’autre. Il est cependant avéré que reconnaître l’évidence de
ce mécanisme reviendrait pour les syndicats à signer leur arrêt de mort.
Silence, on camoufle et on ment aux Français, en faisant croire que le
secteur privé peut faire comme le secteur public en matière de salaires.
Car le privé, lui, n’a personne pour payer la facture à sa place. Mots
clés : Redistribution,
Syndicat.
|